© AFP - M. FedouachCesare Battisti, ex-activiste italien d'extrême gauche, en fuite depuis 2004, a été arrêté dimanche au Brésil. Il a été interpellé par la police brésilienne sur des informations et en présence de la police judiciaire française. En fuite pour échapper à son extradition de la France vers l'Italie, Battisti avait trouvé refuge à Rio de Janeiro.
Cesare Battisti a été arrêté sur le front de mer de Copacabana alors qu'il rencontrait une Française, Lucie Geneviève Olès, venue lui remettre de l'argent. La jeune femme qui était entrée légalement au Brésil avec 9000 euros a été relâchée, a précisé la police. "Elle a été le vecteur qui a permis de le repérer", a indiqué le chef des opérations et de la coopération internationale de la police fédérale brésilienne Glorivan Bernardo de Oliveira.
Depuis plus de deux ans, la police française traquait l'ex-activiste condamné à perpétuité en 1993 en Italie pour quatre "homicides aggravés" commis en 1978-1979. Réfugié en France pendant une quinzaine d'années, il y avait entamé une carrière d'auteur de romans policiers et travaillait comme gardien d'immeuble dans le IXe arrondissement de Paris.
Impliqué dans quatre meurtres
L'épopée judiciaire de Cesare Battisti commence tôt. Dès 1968, il entre en contact avec la contestation étudiante. A 20 ans, il est arrêté et condamné à six ans de prison pour vol à main armée. En prison, il entre en contact avec des militants d'extrême-gauche. Libéré puis poursuivi à nouveau en 1976, il rejoint la clandestinité et choisit la lutte armée dans le cadre du groupuscule Prolétaires armés pour le communisme (PAC).
Il est arrêté le 26 juin 1979 et condamné en 1981 pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et recel d'armes. Le 4 octobre 1981, des membres de PAC organisent son évasion ; il rejoint la France, puis le Mexique en 1982.
Pietro Mutti, un des chefs des PAC et recherché pour le meurtre d'un gardien de prison, est arrêté en 1982 ; suite à ses déclarations, Cesare Battisti est impliqué par la justice italienne dans les quatre meurtres commis par les PAC. Le procès de Cesare Battisti est donc réouvert en 1987, et il sera condamné par contumace en 1988 pour double meurtre et deux complicités d'assassinat.
Jurisprudence Mitterrand
En 1985, le président François Mitterrand s'engage à ne pas extrader les anciens activistes italiens ayant rompu avec la violence et non poursuivis pour crimes de sang. C'est la jurisprudence Mitterrand. Sur la base de cet engagement, Cesare Battisti revient en France en 1990, où il est arrêté à la demande de l'Italie (en 1991). Il passe cinq mois à la prison de Fresnes. La chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris rejette la demande d'extradition le 29 mai 1991.
À l'époque, la France estime que les lois spéciales adoptées en Italie lors des années de plomb "allaient à l'encontre de la conception française du droit". Entre autres car la législation française interdit d'extrader une personne condamnée par contumace et qui ne sera pas rejugée. Il s'installe alors à Paris.
En Italie, il est condamné définitivement à la prison à perpétuité en 1995 pour deux assassinats et complicité d'assassinat. Le 10 février 2004, il est à nouveau arrêté à Paris en vue d'une extradition, suite à une nouvelle demande de l'Italie. C'est le début de l'"affaire Battisti". Artistes, écrivains et personnalités politiques de la gauche et de l'extrême-gauche s'engagent à ses côtés. Cesare Battisti est libéré et mis en liberté surveillée le 3 mars 2004. Le 30 juin 2004, la Cour d'appel de Paris rend un avis favorable à son extradition. Le 21 août 2004, l'ancien activiste se soustrait au contrôle judiciaire et reprend la clandestinité.
D'après agences
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