Jacques Chirac s'exprimant au deuxième et dernier jour du 24e sommet Afrique-France, à Cannes (16 fevrier 2007) © TF1/LCIUn premier pas vers un procès ? Peut-être. Selon des sources judiciaires citées par l'AFP, Jacques Chirac devrait être entendu mi-juin dans le dossier des emplois fictifs du RPR à la mairie de Paris, dont il a été le premier magistrat de 1977 à 1995. Il pourrait être convoqué comme témoin assisté. Son entourage dit n'avoir "aucun commentaire" à faire, le parquet de Nanterre dément, mais ces nouvelles informations remettent sur le tapis le sujet d'un éventuel procès Chirac, menacé d'une action judiciaire dans plusieurs affaires.
Cette épée de Damoclès était en effet impossible tant qu'il bénéficiait de l'immunité pénale consentie au chef de l'Etat. Or, le soir du 6 mai, un nouveau président prendra ses quartiers à L'Elysée, et l'ancien locataire, Jacques Chirac, pliera bagage redevenant ainsi, un citoyen comme les autres. Un homme comme tout le monde, ou presque. Un homme soumis au droit commun.
"Des hommes clefs aux postes clefs"
Officiellement cette immunité prendra vraiment fin un mois après l'arrivée du nouveau président. "La révision constitutionnelle du mois de février laisse un délai de un mois entre la sortie du mandat du président et la fin de la prescription, c'est-à-dire de l'interruption des procédures judiciaires qui ont été entamées ou qui pourraient être entamées contre lui", précise le constitutionnaliste Didier Maus.
Cette probable prochaine audition semble remettre en cause l'opinion de certains qui dénonçaient les récentes nominations de personnes réputées proches de Chirac à des postes-clefs. Et ce à Nanterre et Paris, deux juridictions où ont été ouverts les dossiers des affaires concernant Chirac. Laurent Le Mesle, conseiller à l'Elysée a été désigné en septembre dernier procureur général de Paris, le juge Courroye va devenir procureur de... Nanterre.
"C'est sûr qu'on a mis les hommes clefs aux postes clefs, constatait ironique Emmanuelle Perreux, la présidente du syndicat de la magistrature, avant l'annonce d'une éventuelle convocation de Jacques Chirac. Il est évident que de telles nominations malgré un avis négatif du Conseil supérieur de la magistrature, créent une suspicion. Mais j'espère que les magistrats joueront leur rôle en toute indépendance..."
"Je pense qu'il a du prévoir ses arrières"
Pour certains, ces magistrats ont été placés là pour amortir ou annuler l'impact des scandales sur le président sortant, en tout cas freiner une éventuelle mise en examen... De quoi tenir jusqu'à une éventuelle amnistie. "On ne peut pas savoir s'il y aura ou non une amnistie, tempère Didier Maus. On ne peut pas savoir quand elle interviendra, ni même si elle comportera un contenu relatif aux infractions en relation avec les financements politiques. Ce n'est donc pas un argument". "On ne peut pas exclure une amnistie si Sarkozy est élu, estime pour sa part, l'avocat Pierre-François Divier, un familier des dossiers visant Chirac. Ce sera beaucoup plus difficile si Bayrou passe. En ce qui concerne Royal, je ne sais pas mais je n'oublie pas que, selon les révélations du Canard Enchaîné, elle s'est entretenue avec Pinault, un proche de Chirac..."
L'accession de Jacques Chirac à la tête d'une institution internationale pourrait également empêcher le déroulement des procédures. Car cela lui offrirait par la même occasion une immunité diplomatique. Le journal Le Monde évoquait ainsi la possibilité d'un poste dans une nouvelle institution de l'Onu chargée de l'environnement. Une information non confirmée. "On peut toujours accumuler les hypothèses les unes derrières les autres, constate Didier Maus, mais pour le moment rien n'est fait et dès qu'il quittera l'Elysée, Jacques Chirac redeviendra un citoyen de droit commun." Me Divier : ""Connaissant le personnage, je pense qu'il a du prévoir ses arrières". A moins que Jacques Chirac décide tout simplement de se rendre aux demandes des juges. Réponse fin juin ?
Les candidats réagissent |
Le candidat UDF à la présidentielle François Bayrou a estimé qu'une audition par la justice de Jacques Chirac après la fin de son mandat montrerait "que la justice est indépendante", tout en exprimant "des sentiments de réserve très grande" à l'égard d'une telle éventualité. Nicolas Sarkozy a déclaré jeudi n'avoir "aucun commentaire". "A chaque fois que je fais un commentaire vous me rappelez au devoir du respect et de l'indépendance de la justice et voilà que maintenant vous êtes déchaînés pour que j'en fasse", a déclaré à la presse le candidat UMP, en marge d'un déplacement à Saint-Nazaire. Jean-Marie Le Pen "croise les doigts" pour que Jacques Chirac soit entendu par la justice mais doute que "justice soit faite." "Je l'attends, mais je n'y crois pas trop parce qu'on ne se dévore pas dans ce monde là", a déclaré le président du Front national sur i-Télé et France info. "J'imagine que Jacques Chirac, qui a déjà fait porter le chapeau à ses collaborateurs, mais tous condamnés avec sursis, quand même, Dieu merci, eh bien ça m'étonnerait qu'il portât le sien", a-t-il ajouté. Ségolène Royal a affirmé qu'elle n'était pas "par nature quelqu'un qui avait envie de s'acharner" (sur France 2 lors de l'émission "A vous de juger"). "Je pense que le respect aussi pour la fonction présidentielle aurait mérité un certain délai", a-t-elle ajouté. |
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