Claude Duviau : "Le geste pour moi est inexcusable"

le 05 mars 2007 à 19h36 , mis à jour le 05 mars 2007 à 19h53

Lundi, au 1er jour de son procès, l'agriculteur jugé pour avoir tué deux inspecteurs du travail a décrit ses phases dépressives, sans se dédouaner.

TF1/LCI - Claude Duviau, l'agriculteur jugé pour le meurtre de deux inspecteurs du travail, le 5 mars 2007Claude Duviau, l'agriculteur jugé pour le meurtre de deux inspecteurs du travail, le 5 mars 2007 © TF1/LCI

Le premier jour du procès d'assises de Claude Duviau, l'agriculteur qui avait tué en septembre 2004 deux contrôleurs du travail, a été consacré lundi à Périgueux à son examen de personnalité, le présentant comme un homme "droit et honnête ayant sombré dans la dépression". L'accusé, qui répond du chef d'homicides volontaires sur personnes chargées d'une mission de service public, a décliné son identité avec émotion : "Je suis fils de Angèle Duviau, je ne connais pas mon père", a-t-il dit, expliquant avec émotion avoir souffert dans l'enfance d'être "un peu le bâtard".

Le bas du visage fendu par une large cicatrice après avoir tenté de se suicider en plaçant le canon d'un fusil sous son menton le jour du drame, Claude Duviau a déroulé son existence, d'une voix claire, avec un fort accent du Sud-Ouest. "Dès l'âge de neuf ans, je travaillais à la ferme avant d'aller à l'école", détaille-t-il. Apprenant à l'adolescence que l'exploitation de son beau-père ne lui revient pas, il s'engage par dépit dans l'armée de l'air, où il restera 15 ans.

En 1982, il devient agent d'assurances, une fonction qu'il occupe pendant 20 ans. "Je me sentais très bien dans ce métier, j'avais un rôle utile", raconte-t-il. D'anciens collègues le décrivent comme un homme "droit, honnête, respectueux des autres mais pouvant se mettre en colère."

"Une insulte d'avoir des dettes"

Cette "vie banale", selon les termes du président Jean-Alain Nollen, se fracture brutalement en 2003. La liaison amoureuse entre sa fille et son associé, de "25 ans son aîné", les difficultés financières, puis sa condamnation pour travail saisonnier illégal entraînent Duviau dans une spirale de dépression. L'accusé avoue avoir très mal supporté l'assignation reçue pour l'embauche d'un Marocain dont il avait lui-même signalé la situation irrégulière. "Me retrouver au tribunal, être considéré comme un voyou, c'est quelque chose qui m'a asphyxié". Il fait une première tentative de suicide en 2003, mais sa femme lui enlève le fusil des mains.

Il confie à un proche avoir l'intention de se suicider un samedi matin devant le Crédit agricole, considérant comme "une insulte d'avoir des dettes". Son entourage remarque des changements dans son comportement : il ne se rase plus, n'a plus son raisonnement habituel.

"Le ministère partie civile"

Excédée par le portrait "élogieux" dressé par les témoins cités et l'enquêteur de personnalité, l'accusation a regretté l'absence d'évocation des victimes. Pour la première fois, l'accusé a répondu en faisant mention de son double meurtre : "Je ne cherche pas à justifier mon geste. Le geste pour moi est inexcusable", a-t-il lâché.

Le ministre de l'Agriculture, Dominique Bussereau, a "réaffirmé son total soutien" aux agents de son ministère dans un communiqué, rappelant "que le ministère est lui-même partie civile". 

Le 2 septembre 2004, l'exploitant avait tiré avec son fusil de chasse sur Daniel Buffière, 47 ans, contrôleur de la Mutualité sociale agricole (MSA), et Sylvie Trémouille, 40 ans, contrôleur du travail à l'Inspection du travail, de l'emploi et de la prévention sociale agricole (ITEPSA). Les deux contrôleurs venaient de lui notifier la présence irrégulière de salariés extérieurs à son exploitation. Le verdict est attendu vendredi.

D'après agence

le 05 mars 2007 à 19:36
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