Le juge Philippe Courroye, en avril 2005 © TF1-LCIC'est une nomination polémique qui va être prononcée. Une semaine après l'avis défavorable du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), le Garde des Sceaux, Pascal Clément, a décidé de passer outre. Il a signé le décret de nomination du juge d'instruction Philippe Courroye au poste de procureur de la République de Nanterre, selon des sources judiciaires. Le décret, incluant la nomination de nombreux autres magistrats, doit encore être signé par Jacques Chirac avant sa publication au Journal officiel qui n'est qu'une "question de jours".
Le CSM s'était prononcé contre la nomination du juge du pôle financier à Paris, âgé de 48 ans, à la tête du parquet de Nanterre, l'un des plus importants de France, en raison de son manque d'expérience. Ce n'est pas la première fois qu'un ministre de la Justice va à l'encontre de l'avis consultatif du CSM depuis que Jacques Chirac est à l'Elysée.
"Un verrouillage par la droite des postes stratégiques"
Mais la décision provoque déjà les critiques. Car il y a une autre raison pour laquelle certains syndicats de magistrats voient d'un mauvais oeil cette nomination : le juge Courroye est considéré comme proche du pouvoir actuel et de Nicolas Sarkozy. Sa nomination à Nanterre, chef-lieu des Hauts-de-Seine, fief du candidat de l'UMP, est donc vue comme un geste politique par certains juges. C'est aussi là qu'est instruit le dossier des emplois fictifs du RPR, dans lequel Jacques Chirac est mis en cause.
Ce n'est donc pas "la probité ou la qualité de Philippe Courroye" qui est remise en cause, précisent unanimement les syndicats. Mais cela leur "pose un vrai problème de transparence et donne une image très dégradée de la manière dont la justice fonctionne". Et ils dénoncent "un verrouillage par la droite des postes stratégiques". "En matière d'indépendance, je n'ai de leçon à recevoir de personne", avait par avance réagi Philippe Courroye, dans une déclaration au quotidien Le Monde du 2 mars.
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