Le chemin de croix des parents de François tué parce qu'homosexuel © DRDe longs silences sur des plans fixes, des notes de violon, de piano et des questions. Beaucoup de questions. "Pourquoi se sont-ils acharnés sur son visage ?", "à quelle heure précise est-il mort ?", "qui étaient les agresseurs ?"...
Le 10 septembre 2002, François Chenu est frappé à mort par trois skinheads dans un parc de Reims. Ces jeunes extrémistes, fortement alcoolisés, voulaient à la base "casser de l'Arabe". Après plus d'une heure de "chasse" infructueuse dans les rues de la ville, ils ont changé leur fusil d'épaule : ils ont "cassé du PD" : François, gérant d'un fast-food de Sedan, dans les Ardennes. Son corps sera retrouvé dans le lac, noyé. "Quand ils l'ont sorti de l'eau, je n'ai pas reconnu François, j'ai reconnu son implantation de cheveux", raconte Isabelle, l'une des sœurs de la victime.
Humain, très humain
730 jours après le meurtre de leur fils, Jean-Paul et Marie-Cécile Chenu ont accepté de se livrer à la caméra, celle du réalisateur Olivier Meyrou. Le film Au-delà de la haine, dans les salles depuis mercredi, détaille le processus de reconstruction d'une famille, qui veut comprendre pourquoi, qui cherche à dépasser sa douleur, loin du désir de vengeance initial. Décrypter cette logique de haine, cet engrenage aux conséquences dramatiques pour s'engager dans un combat en faveur de la tolérance et du respect de l'autre. Les interrogations sont omniprésentes. De celles que se posent les personnes qui reviennent des camps d'extermination nazis et qui veulent comprendre comment l'homme a pu engendrer une telle barbarie.
Au-delà de la haine explore aussi la dimension humaine du processus judiciaire. "J'ai surtout voulu m'attarder sur le processus de reconstruction, raconte Olivier Meyrou. A travers la famille de François, la prise de conscience des accusés, le travail des avocats, le film cherche à montrer comment l'intelligence collective peut être réparatrice".
Deux des néonazis seront condamnés à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de la Marne, le troisième, mineur, à 15 ans. "Nous souhaitons que tous les citoyens se sentent concernés sur ce qu'ils pourraient faire pour qu'un tel crime ou de telles agressions ne se reproduisent pas", espère la famille. Six mois après, Jean-Paul et Marie-Cécile Chenu envoient une lettre aux meurtriers de leur fils, sans désir de vengeance : "Il fallait que justice soit rendue, pour vous, pour vous rendre votre dignité d'être humain, dignité que vous avez perdue en tuant François. C'est dans l'épreuve que vous allez devenir des hommes."
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