Le Floch-Prigent : "j'ai signé mais je n'ai pas ordonné"

Par D.H. (avec agence), le 08 mars 2007 à 21h59 , mis à jour le 08 mars 2007 à 22h03

Au premier jour du procès en correctionnelle, l'ancien PDG d'Elf s'est défendu d'avoir été "au courant" des "emplois fictifs" du groupe pétrolier.

Loïc Le Floch-Prigent, poursuivi dans l'affaire ElfLoïc Le Floch-Prigent, poursuivi dans l'affaire Elf © TF1/LCI

Loïc Le Floch-Prigent, PDG d'Elf et prévenu dans l'affaire des "emplois fictifs" du groupe pétrolier, s'est défendu jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris d'avoir été "au courant" des activités de la filiale Elf-Aquitaine International (EAI) qui rémunérait leurs bénéficiaires. L'ex-PDG fait partie des 20 prévenus poursuivis dans ce dossier qui vise EAI, filiale suisse du groupe, installée à Genève et dirigée à partir de 1990 par Alfred Sirven, que les enquêteurs soupçonnent d'avoir abrité plusieurs emplois fictifs.

"Mon métier, c'était la stratégie, les grands équilibres du groupe, je ne me suis jamais occupé d'EAI, à aucun moment", a martelé M. Le Floch-Prigent, 63 ans, questionné par le président de la 11e chambre du tribunal correctionnel, Noël Miniconi. "Comment pouvais-je être au courant d'EAI ? EAI, je ne contrôle pas, je ne regarde pas", a-t-il affirmé au sujet d'une des "200 à 250 filiales de service" du groupe Elf.

"J'en ai marre"

L'accusation estime pourtant que M. Le Floch-Prigent peut être tenu pour responsable de la politique d'emplois fictifs du groupe, car sa signature a été retrouvée au bas d'un document portant sur le versement par le groupe d'une subvention équilibrant les comptes de sa filiale EAI. "Est-ce que j'ai signé ? Oui, j'ai signé mais je n'ai pas ordonné. Au bout de la procédure budgétaire, le PDG paraphe mais je suis obligé de faire confiance au directeur financier", a expliqué M. Le Floch-Prigent. "Cet acte d'accusation ne sait pas comment fonctionne une société de 96.000 personnes. Dans une société comme celle-là, je ne peux pas savoir comment les gens ont été recrutés et combien ils gagnent, ça ne peut pas être mon problème", a-t-il affirmé avec véhémence.

Costume bleu sur chemise rayée sans cravate, l'ancien PDG, proche de François Mitterrand, a qualifié d'"indigne de la République française" le traitement qu'on lui faisait subir "depuis dix ans" dans le cadre des procédures liées à l'ancienne gestion du groupe pétrolier. "J'en ai marre qu'on me traite comme ça", a-t-il lancé, jugeant la logique suivie par l'un des magistrats instructeurs de ce dossier, Renaud Van Ruymbecke, totalement infondée.

"Ils sont où mes obligés?"

"On me dit que j'aurais eu un intérêt personnel à embaucher des gens pour m'en faire des obligés... J'ai travaillé 20 ans avec Mitterrand, en quoi aurais-je eu besoin d'obligés?", a ironisé M. Le Floch-Prigent. "D'ailleurs dès qu'il est mort, je vais en taule. Et là, ils sont où mes obligés?", a-t-il poursuivi, faisant allusion à son incarcération dans un autre volet de l'affaire Elf.

Parmi les prévenus renvoyés devant le tribunal correctionnel, 18 ont été des bénéficiaires présumés de ces emplois et auraient indûment perçu un total d'environ 2 millions d'euros. Ces "salariés" se voyaient confier des missions extrêmement vagues, comme par exemple, de conduire "toute réflexion ou toute étude" sur "les problèmes internationaux", "les questions en relation avec les affaires culturelles", "les problèmes d'ordre médical en Asie", rapporte une source judiciaire. Aucune étude réelle ni même le début d'une prestation effective n'ont, semble-t-il, été retrouvés au cours de l'enquête. Parmi les bénéficiaires de ces emplois de complaisance, se trouvaient des proches de François Mitterrand, de l'ex-ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, ou de l'homme d'affaires corse et ami de M. Sirven, Mathieu Valentini. Le procès doit durer jusqu'au 30 mars.

Par D.H. (avec agence) le 08 mars 2007 à 21:59
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