L'infirmière Chantal Chanel (au 1er plan) et le docteur Laurence Tramois (derrière elle), jugées pour euthanasie © TF1/LCIAvant même son ouverture, ce lundi matin, le procès était contesté. Dans un courrier adressé vendredi par fax au président de la Cour d'assises de Périgueux, des médecins et intellectuels avaient demandé son renvoi "après les campagnes électorales", au prétexte que "la sérénité du débat judiciaire qui s'impose dans une affaire de cette nature apparaît d'ores et déjà gravement compromise". Et quelques heures à peine avant cette initiative, un manifeste signé par 2000 professionnels de santé en faveur de la dépénalisation de l'euthanasie avait été publié dans un hebdomadaire.
Le difficile débat sur l'euthanasie et l'ombre de l'affaire Humbert planent sur le procès de l'infirmière Chantal Chanel et du docteur Laurence Tramois, accusées d'avoir aidé à mourir une patiente atteinte d'un cancer. La mère du jeune tétraplégique qui avait écrit à Jacques Chirac pour réclamer le "droit de mourir", et le Dr Chaussoy, sont d'ailleurs appelés à témoigner à Périgueux. En janvier 2006, le parquet avait demandé le renvoi des deux femmes aux assises pour "empoisonnement" et "complicité" trois jours à peine après les réquisitions de non lieu du procureur de Boulogne dans l'affaire Vincent Humbert... Autre coïncidence lourde de sens, la décision du parquet de Périgueux avait été confirmée le 13 juin suivant par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux, alors que le lendemain, la cour d'assises du Maine-et-Loire acquittait un jeune Danois qui avait aidé à mourir sa femme atteinte d'un cancer généralisé...
Les accusées soutenues par la famille de la patiente
L'infirmière et le médecin avaient été mises en examen en novembre 2003, la première pour avoir administré à une patiente de 65 ans en phase terminale d'un cancer du pancréas une piqûre mortelle de potassium et la seconde, qui faisait partie de l'entourage familial, pour avoir ordonné ce geste par une note. Chantal Chanel et Laurence Tramois, soeur de la belle-fille de la victime, ont toujours bénéficié du soutien de la famille de Paulette Druais, admise dans l'unité de soins palliatifs de l'hôpital de Saint-Astier (Dordogne), tombée dans le coma le 23 août 2003 et décédée le 25 au soir, quelques minutes après l'injection létale. Le fils de Mme Druais, qui comme son père a refusé de se porter partie civile, se déclarait d'ailleurs en juin dernier "dégoûté et triste" de la décision de renvoyer les deux femmes devant une cour d'assises "comme des criminelles".
Laurence Tramois justifiait la prescription de cet acte d'euthanasie par son souci de "respecter l'intégrité physique" de sa patiente, victime "d'occlusions intestinales" et qui "pourrissait de l'intérieur". "C'était la fin, elle nous avait réunis pour nous faire ses adieux" peu de jours auparavant, confirmait d'ailleurs Laurent Druais. En l'absence de volonté familiale de poursuivre les deux accusées, c'est une cadre de l'hôpital, ayant eu vent de la situation, qui en avait informé le directeur de l'établissement, lequel avait saisi la justice. Condamnée par le Conseil de l'ordre des médecins, Laurence Tramois a été suspendue 23 mois, dont 22 avec sursis. "C'est un acte qui est de la responsabilité du médecin qui accompagne son patient jusqu'au bout", déclarait-elle au lendemain de son renvoi.
D'après agence
Retour MYTF1
Chargement en cours...




