Que reste-t-il de la réforme d'Outreau ?

le 02 mars 2007 à 06h54 , mis à jour le 02 mars 2007 à 07h18

Deux des dispositions emblématiques qui figuraient dans la réforme lancée après le scandale d'Outreau ont été rejetées par le Conseil constitutionnel.

TF1/LCI : Conseil constitutionnelConseil constitutionnel © TF1/LCI

Elle ne faisait déjà pas l'unanimité, accusée à la fois par l'opposition et par le monde judiciaire de manquer d'ambition. Désormais, la réforme de la justice censée tirer les leçons du désastre d'Outreau est de plus amputée de deux de ses dispositions phares. Saisi par les socialistes, le Conseil constitutionnel a rejeté jeudi la création d'une faute disciplinaire des magistrats, prévoyant une sanction en cas de "violation grave et délibérée d'une règle de procédure constituant une garantie essentielle du droit des parties." Et au nom du "principe de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance de l'autorité judiciaire", les Sages ont refusé "la possibilité pour un justiciable de saisir le Médiateur de la République" qui aurait ensuite pu alerter le garde des Sceaux afin qu'il sollicite le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Cette décision du Conseil, qui a aussi censuré deux points plus techniques, "montre la difficulté qu'il y a à réformer en ce domaine", a commenté le garde des Sceaux, Pascal Clément, jugeant que les points censurés "ne constituaient qu'une partie de la réforme de la justice" qui offre toujours "des réponses immédiates et concrètes aux principaux dysfonctionnements constatés" à Outreau.

Le Syndicat de la magistrature applaudit la décision

L'ancien rapporteur UMP de la commission d'Outreau, Philippe Houillon, a nénamoins dénoncé "une victoire du corporatisme" des juges. "J'avais dit au garde des Sceaux dès juin de surseoir à sa réforme bâclée, il n'a pas voulu m'entendre et on voit le résultat", a déploré pour sa part le socialiste André Vallini, ancien président de la commission. Plus sévère, Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal, a vu dans cette décision une "sanction de l'amateurisme et de l'impéritie d'une équipe incompétente". Un point de vue que partage Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), qui évoque "une défaite de l'impréparation technique et politique", tandis qu'Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche), s'est félicité de voir écarté tout risque "d'organiser un contrôle de la décision juridictionnelle". 

La principale mesure subsistant instaure l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires en garde à vue dans les affaires criminelles, pour lever toute suspicion d'extorsion d'aveux. Micros et caméras font aussi leur apparition chez le juge, et deviennent obligatoires pour les dépositions de mineurs victimes, dont les accusations se sont révélées mensongères dans l'affaire de pédophilie d'Outreau. Contre la solitude du magistrat, source d'erreurs, la loi prévoit la possibilité de cosaisine dans les affaires criminelles ou complexes, et pour que cela soit possible dans les petites juridictions, des "pôles de l'instruction" seront créés. Afin d'éviter que, comme à Outreau, des innocents passent des années en détention provisoire, un réexamen de la situation sera obligatoire au bout de trois mois d'incarcération, puis tous les six mois.

D'après agence

le 02 mars 2007 à 06:54
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16 Commentaires

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  • Richard, le 02/03/2007 à 16h20

    Un directeur d'hopital condamné pour des infections nosocomiales... un juge responsable de plusieurs emprisonnements abusifs qui est quasiment blanchi... çà y est nous sommes dans une république bananière!!!

  • Hervé, le 02/03/2007 à 15h29

    1)Il est faux de dire que les magistrats sont irresponsables (ils connaissent la responsabilité civile, pénale et DISCIPLINAIRE: les textes existent déjà depuis longtemps). 2)Il faut arrêter de croire que la justice peut être parfaite: tant que c'est une affaire d'hommes elle sera nécessairement imparfaite. Aucune réforme ne peut pallier à cela. 3) Il ne faut pas oublier que les magistrats ne sont pas une profession libérale comme les avocats, médécins, etc. Ils appartiennent au corps de l'Etat. Leurs décisions sont rendues au nom du peuple français et non pas en leur nom. 4) Il faudrait de critiquer la décisions du Conseil connstitutionnel quand on ne comprend rien au droit.

  • Bidou, le 02/03/2007 à 14h01

    "Que reste-t-il de la réforme d'Outreau ?" Rien !

  • Paris, le 02/03/2007 à 11h11

    Le plus grand danger qui menace la démocratie, c'est d'arriver dans une situation de "gouvernement des juges" ne répondant de rien devant personne et n'étant soumis à aucun contrôle du peuple. Il serait finalement beaucoup plus démocratique de remettre en cause l'indépendance de la justice car le pouvoir exécutif est élu et contrôlé par le peuple contrairement aux magistrats... J'ai perdu confiance dans la justice française; elle condamne des innocent et amnistie les délinquants; ça suffit...

  • Rémi, le 02/03/2007 à 10h04

    En fait il faut aussi réformer le conseil constitutionnel. La tache était immense elle devient titanesque. Mais à coeur révolutionnaire rien d'impossible.

  • Guy, le 02/03/2007 à 09h59

    La seule profession sans responsabilité ou plutot l'encouragement à l'irresponsabilité. Un comble pour un juge ! la défense du justiciable est oublié pour la protection d'une caste.

  • Schopfer, le 02/03/2007 à 09h48

    Il n'y a hélas que le pauvre citoyen qui doit payer pour ses fautes, quelle injustice en france

  • Fab, le 02/03/2007 à 09h44

    Voilà on y est, intouchables ils sont intouchables ils restent, les juges vont pouvoir continuer a faire n'importe quoi !!!et des innocents continueront a dormir en prison !

  • Alain, le 02/03/2007 à 09h18

    Bonne nouvelle (pour les juges) : La chasse aux innocents, fermée un moment, est maintenant réouverte. Ils peuvent faire n'importe quoi sans RIEN risquer. Ceci dit merci aux "sages" du conseil constitutionnel (dont un ancien président de cour de cassation) d'avoir montré quel sont les réformes de la Constitution à faire voter (au besoin par référendum - y aura au moins 90% de oui)pour que ce qui était prévu par cette loi devienne constitutionnel (au fait, un tel privilège d'irresponsabilité, n'est -il pas contraire au principe d'égalité des citoyens prévu par la même constitution ? En attendant on peut toujour faire voter dans la loi de finances le principe de la confusion du budgegt des primes au mérite des juges et des indemnités versées aux victimes d'erreur judiciaires !

  • ALPA, le 02/03/2007 à 09h00

    L'impunité dans la magistrature est toujours de rigueur!. Inadmissible! que l'on pense aux personnes qui sont victimes de leurs erreurs, Outreau n'a pas suffi???

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