Affaire Borrel : perquisition avortée à l'Elysée

le 02 mai 2007 à 11h07 , mis à jour le 02 mai 2007 à 15h48

Info LCI - Les deux magistrates souhaitaient savoir s'il y a eu des pressions sur la justice en marge de l'enquête sur la mort du juge à Djibouti en 1995.

TF1-LCI/DR Le juge Bernard BorrelLe juge Bernard Borrel © TF1-LCI/DR

Des juges d'instruction aux portes de l'Elysée, l'image n'est pas banale. La scène s'est pourtant déroulée mercredi matin. Fabienne Pous et Michèle Ganascia souhaitaient se rendre à la "cellule africaine" de la présidence. L'accès leur en a été refusé. Les deux magistrates enquêtent sur une question annexe à la mort suspecte du juge Bernard Borrel en 1995, à Djibouti. Elles cherchent à établir s'il y a eu d'éventuelles pressions sur la justice pour que cette affaire ne soit jamais éclaircie.

Après avoir requis en vain l'appui de la force auprès du gouverneur militaire de Paris, les juges d'instruction ont finalement rebroussé chemin à l'heure du déjeuner. L'Elysée a confirmé avoir refusé la perquisition, invoquant l'article 67 de la Constitution protégeant pénalement le chef de l'Etat. Le Garde des Sceaux, Pascal Clément, n'a pas souhaité faire de commentaires.

"Surprenant et inacceptable"

Les juges instruisent une plainte avec constitution de partie civile d'Elisabeth Borrel dénonçant "des pressions sur la justice" dans l'enquête sur le décès de son mari, après la publication d'un communiqué de presse par le Quai d'Orsay le 29 janvier 2005.

C'est la troisième opération de ce genre en moins de deux semaines. Les 19 et 20 avril dernier, les magistrates avaient déjà perquisitionné le Quai d'Orsay et le ministère de la Justice dans la même affaire, emportant de nombreux documents. A cette occasion déjà, la gendarmerie avait refusé de prêter son assistance et les magistrates s'étaient fait assister de la seule police judiciaire.

Elizabeth Borrel, veuve du juge Borrel, a estimé mercredi à Lille "justifié de faire ces perquisitions avant que les broyeuses se mettent en marche". Maintenant, a-t-elle poursuivi, "si les perquisitions deviennent possibles, elles risquent de ne rien donner". Le président de l'Union syndicale des magistrats, Bruno Thouzellier, a jugé "surprenant et inacceptable qu'on puisse  empêcher des juges d'instruction d'exercer leurs prérogatives" et a contesté qu'on puisse valablement invoquer l'article 67 "car ce n'est pas le président de la République qui est visé mais des services de  l'Elysée, qui ne bénéficient pas de l'immunité". "Toutes les perquisitions relèvent des mêmes dispositions du Code de  procédure pénale, il n'y a pas de disposition particulière relative à l'Elysée ou aux ministères", a estimé pour sa part le secrétaire générale du Syndicat de  la magistrature, qui y voit "une décision politique". Et le Syndicat de la magistrature (classé à gauche) a quelifié d'"entrave à l'action judiciaire pour gagner du temps" ce refus, d'autant que "ce n'est pas la personne du chef de l'Etat qui était visée par cette perquisition".

Une fonction protégée par la Constitution

Invoqué par l'Elysée mercredi, l'article 67 prévoit que "le Président de la République n'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité, sous réserve des dispositions des articles 53-2 et 68. Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite. Tout délai de prescription ou de forclusion est suspendu". Cet article stipule également que "les instances et procédures auxquelles il est ainsi fait obstacle peuvent être reprises ou engagées contre lui à l'expiration d'un délai d'un mois suivant la cessation des fonctions".


le 02 mai 2007 à 11:07
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38 Commentaires

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  • Carine, le 02/05/2007 à 15h59

    Laissons le temps de faire disparaître tout ce qui pourrait être compromettant. Et après ils nous disent qu'ils veulent l'indépendence de la justice.

  • Carvallheiro, le 02/05/2007 à 15h52

    Affaire BORREL... Bizarre, bizarre, vous avez-dit bizarre, comme c'est bizarre, a moins d'une semaine des élections présidentielle, ça sentirai un coup des socialistes que ça ne m'étonnerai pas !

  • Alain, le 02/05/2007 à 15h49

    Le justice n'est pas la même pour tout le monde suivant qu'on est de la France d'en haut ou de la France d'en bas.. Allez refuser une perquisition chez vous et vous serez immédiatement muselé et ligoté par les mêmes forces de polices qui refusent d'assister dans cette affaire des magistrats qui ne font que leur travail.. La France est devenu une véritable république bananière où tout fonctionne à deux vitesses suivant que vous avez du fric ou pas..

  • Denis, le 02/05/2007 à 15h48

    La gauche dévoile enfin son vrai visage. quand je pense qu'elle se permet de critiquer la droite, alors qu'en fait elle est pire quant - il s'agit de basse manoeuvre politicienne. Les français ne sont pas dupe et ils voteront en conséquence.

  • Danielle, le 02/05/2007 à 15h39

    C'est scandaleux,comme par hasard faire une perquisition à l'Elysée 3 jours avant le 2ème tour de l'élection présidentielle une fois de plus ce n'est qu'une manoeuvre politique.

  • Thibaut, le 02/05/2007 à 15h27

    Mais s'ils n'ont rien à cacher, pourquoi est ce qu'ils refusent la perquisition...??

  • Isabelle, le 02/05/2007 à 15h14

    Ces deux juges ne commencent pas leur enquête aujourd'hui (cf. le 19 et le 20/04) et l'affaire n'est pas peu importante. Qu'on leur refuse l'accés est contraire à la règle d'indépendance de la justice (que ca tombe bien ou mal). merci de publier

  • Chris, le 02/05/2007 à 15h09

    Bizarre, bizarre... a quelques jours des elections. Decidement, tous les coups bas sont bons, non? Il reste encore deux jours. Que va-t-on voir surgir d'autre en derniere minute?

  • Jacques, le 02/05/2007 à 14h58

    Bravo à ces deux femmes juges.Je pense que l'on découvrira bientot un tas d'affaires etouffées par le gouvernement Chirac dont faisait parti Mr Sarkozy.La droite a toujours démontré qu'elle se voulait au dessus des lois.Chirac aura bientot des comptes a rendre aux Francais.....

  • Emmanuel, le 02/05/2007 à 14h44

    N'aurait-il pas mieux valu, pour le bien de l'enquête, attendre la passation de pouvoir? Quel est l'objectif des ces juges d'instruction?

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