Gettliffe : "Mon histoire est un Outreau pour les enfants"

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 23 mai 2007 à 13h15 , mis à jour le 23 mai 2007 à 17h50

Interview - Elle avait été condamnée au Canada pour avoir enlevé ses deux enfants de leur père. Elle publie aujourd'hui son récit.

Nathalie GettliffeNathalie Gettliffe © A.Ga./LCI

LCI.fr : Vous sortez un ouvrage intitulé Mère interdite (1). Il y a quelques mois vous aviez déjà publié vos lettres écrites en prison ? Pourquoi ce nouveau livre ?

Nathalie Gettliffe : Parce qu'ayant plaidé coupable, je n'ai jamais pu m'expliquer devant la justice canadienne. Je tenais à raconter mon histoire et nommer expressément les personnes qui ont dérapé, les dysfonctionnements institutionnels. Je pense notamment au ministre français de la Justice de l'époque Pascal Clément, aux Renseignements généraux, à l'ambassadeur du Canada en France...

J'ai également écrit ce livre en pensant à toutes ces 'mères interdites', toutes ces femmes qui, à cause d'une décision de justice, sont privées de leur enfant. Je voulais enfin que les gens réalisent que ces violences que subissent les enfants dans tout ça. Mon histoire c'est, un Outreau pour les enfants. Des adultes innocents ont été envoyés en prison à cause des dysfonctionnements de la Justice. Là ce sont quatre enfants innocents qui ont souffert et souffrent encore.

LCI.fr : Vous êtes en liberté conditionnelle en France depuis janvier. Vous habitez depuis en Ardèche avec votre compagnon Francis Gruzelle avec qui vous avez eu deux bébés, comment ça se passe pour vous ?

N.G. : Je m'occupe de mes deux petits, je tente de les 'rattraper'. Jean-Philippe, 21 mois, a été séparé de moi pendant 9 mois. Martin est né en prison au Canada. Aujourd'hui, il a des problèmes de poids, il a peur des autres, notamment des hommes, il n'a vécu qu'avec des femmes en prison.

Mes deux autres enfants, Joséphine et Maximilien, vivent au Canada avec leur père Scott Grant. Ils sont séquestrés par ce pays. Je n'ai le droit de les appeler qu'une fois par semaine, le samedi généralement. On ne peut pas s'écrire. Ni lettre, ni mail. On se parle 20 minutes, en anglais obligatoirement. Bien souvent, ils pleurent. Leur père contrôle notre conversation. On parle de mon quotidien. Ils comprennent beaucoup de chose sur ce qu'il se passe et ils en souffrent beaucoup. Ils savent ce que leur mère subit. Ils vivent dans une secte (2) et c'est d'autant plus dur qu'ils connaissent la vie 'normale'. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Joséphine. Elle a 12 ans et je ne peux pas lui souhaiter...

LCI.fr : Savez-vous quand vous allez pouvoir les revoir ?

N.G. : Pas du tout ! Je suis en liberté conditionnelle en France jusqu'en avril 2008 ce qui signifie que je ne peux pas sortir du territoire. Mais après, si je souhaite me rendre au Canada, je ne pourrais pas en ressortir car là-bas je suis sous contrôle judiciaire jusqu'en 2010. Et puis si je prononce le mot secte devant mes enfants ou si je leur parle de rentrer en France, c'est direction la prison. J'aimerais que la justice canadienne assigne un avocat pour mes enfants mais elle refuse. Vous voyez la situation est très compliquée.

LCI.fr : Francis Gruzelle, votre compagnon, a été mis en examen mardi pour complicité de soustraction d'enfants. Son avocat dénonce l'acharnement judiciaire dont est victime votre famille. Pourquoi ?

N.G. : Tout simplement parce que cela ne s'arrêtera jamais ! Ma mère a également été mise en examen l'an dernier tout comme ma marraine. En mars, mes sœurs ont été placées en garde à vue, arrachées à leurs enfants. Elles ont même subi un test ADN et un prélèvement d'empreintes génétiques tout ça pour une audition. On a voulu leur faire dire que mon compagnon battait les enfants. Tout cela pour justifier le déploiement hallucinant des autorités en juillet dernier pour me prendre les enfants. Les autoroutes avaient été barrées, les hélicoptères tournaient dans le ciel, 120 gendarmes avaient été déployés... A ce moment là, j'étais en prison. Ma famille s'occupait juste de mes enfants. Ils n'étaient en aucun cas séquestrés !

LCI.fr : Vous tenez des propos très graves sur un lien entre la Justice et les sectes

N.G. : Oui et je le redis, pour moi la Justice protège les sectes. J'ai voulu sauver mes enfants de l'emprise de la secte de mon ancien compagnon, et j'ai terminé en prison. Mon compagnon actuel a lui aussi tenter de récupérer son fils de 17 ans dont la mère est membre de l'Ordre du Temple solaire, il n'a jamais pu et j'ai des centaines d'autres exemples comme ceux là.

Nathalie Gettliffe était l'invitée de Valérie Expert dans On en parle mercredi 23 mai. Poursuivez le débat sur le blog de l'émission en cliquant ici.

(1) "Mère interdite" aux éditions Michel Lafon.
(2) Son ancien mari Scott Grant appartient à l'Eglise internationale du Christ. Ce mouvement est considéré comme une secte en France mais il est légal au Canada.

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 23 mai 2007 à 13:15
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33 Commentaires

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  • SCHNEIDER Fabienne, le 25/05/2007 à 09h45

    Je suis maman de huit enfants et je vous plains de tout mon coeur et vous souhaite beaucoup de courage dans cette épreuve. On a souvent l'impression d'être le pot de terre contre le pot de fer mais tenez bon et sachez qu'un jour vous reverrez vos enfants. Leurs geoliers ne pourront pas les garder toute leur vie. Courage !

  • A. Nonyme, le 24/05/2007 à 14h57

    Si mes souvenirs sont exacts, Mmme Getliffe a volontairement quitté le Canada avec ses enfants, alors que la justice de ce pays lui avait interdit, alors qu'on ne vienne pas me parler de victime

  • Lambert, le 24/05/2007 à 10h40

    Quel culot comparer son cas a l affaire d outreau .et tous les peres qui sont prives de leurs enfants en france parce que les magistrats francais ne respectent pas la loi,eux aussi aimeraient avoir une couverture mediatique dont beneficie cette dame.

  • Albert, le 24/05/2007 à 09h47

    Visiblement les mères de famille qui écrivent ici ont dû mal à faire la part des choses entre la justice, les faits, et le transfert qu'elles font de cette histoire sur leur vie de mère. Le père est évidemment un monstre, sectaire en plus...et la justice canadienne lui donne raison. Bizzare non ?

  • GilÒ, le 24/05/2007 à 03h36

    Moi qui suis canadien je peux vous dire que l'histoire que nous avons vécue au Canada est assez loin de ce que cette femme raconte revenue en France. Cette dame a surtout voulu faire payer son conjoint canadien pour leur séparation en retournant en France et en refusant que ses enfants apprennent l'anglais. De cette façon l'ex conjoint était supprimé du paysage sans possibilité pour lui de communiquer avec ses enfants qui auraient été francophones unilingues. L'histoire de la secte est une farce que les juges n'ont pas retenue après avoit fait expertiser le mode de vie du conjoint. La justice canadienne est aussi juste que la Française. Nous partageons essentiellement le même code criminel que tous les pays dit civilisés. Ce qui nous choque au Canada c'est que cette Dame soit déjà en dehors de la prison après tous les actes criminels qu'elle a commis sur notre territoire. Elle connaissait parfaitement les risques qu'elle courrait en agissant ainsi surtout en étant enceinte. Notre point de vue c'est qu'elle porte seule la responsabilité de ses actes et qu'elle doit s'en prendre à elle seule si ses jeunes enfants ont des troubles du comportement depuis. C'est malheureux mais ce n'est pas en se victimisant qu'elle changera l'histoire qui a été la sienne et qui a été jugée dans mon pays. Désolé Madame !

  • Pierre, le 24/05/2007 à 03h11

    J'ai plusieurs amis francais qui sont dans une situation similaire mais pas aussi grave que celle de Ms Gettliffe. J'ai moi meme ete mariee a une Canadienne. En tant que conjoint surtout quand il y a des enfants, les canadiens sont a fuire.... comme la peste. Chaque fois la justice canadienne a tranche contre le francais. Que voulez vous, les francais ne sont pas WASPE.

  • Karina, le 23/05/2007 à 20h28

    Tous mon soutiens pour cette maman qui est oblige de vivre separe de ses enfants sachant qu ils peuvent etre en danger! BRAVO!!! et pour tous ceux qui ne lui donne pas leur soutiens j' espere que rien de pareil ou de pire ne leur arrivera car on as pas le droit de souffrir meme si on est idiot. merci

  • Mimi, le 23/05/2007 à 18h36

    Sans me permettre de juger, je me demande pourquoi cette dame est revenue au Canada, sachant très bien qu'elle pouvait être arrêtée. Néanmoins, je pense à tout ce qu'elle a enduré et endure encore. Il va falloit que les sectes soient TRES surveillées, peu importe le pays ou elles se trouvent. Beaucoup sont dangereuses.

  • Claude LHORTY, le 23/05/2007 à 18h34

    Des informations anciennes sur cette affaire soulignaient la connivence entre l'ex-mari et les autorités de "justice" Canadiennes. Il semble que depuis des mois cette information n'est plus développée. Elle pourrait cependant expliquer l'incroyable attitude de la justice d'un pays généralement estimé démocratique. Mais peut-être est-ce un nouvel effet néfaste de la tendresse canadienne pour les sectes (Cf. Temple solaire). En tout cas cette affaire a très sévèrement fait chuter le niveau de grande amitié que je portais au Canada.

  • Olivier, le 23/05/2007 à 17h32

    Toute cette pub autour de cette femme est plus que dérangeant, c'est une criminelle aux yeux de la loi Canadienne qui est pourtant très très en faveur des femmes et des mères d'une part et très respectueuse des droits de l'Homme et des principes démocratiques d'autre part. Sachant cela il y a vraiment de quoi se poser des questions sur les dire de cette personne pour rester correct.

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