Nathalie Gettliffe © A.Ga./LCILCI.fr : Vous sortez un ouvrage intitulé Mère interdite (1). Il y a quelques mois vous aviez déjà publié vos lettres écrites en prison ? Pourquoi ce nouveau livre ?
Nathalie Gettliffe : Parce qu'ayant plaidé coupable, je n'ai jamais pu m'expliquer devant la justice canadienne. Je tenais à raconter mon histoire et nommer expressément les personnes qui ont dérapé, les dysfonctionnements institutionnels. Je pense notamment au ministre français de la Justice de l'époque Pascal Clément, aux Renseignements généraux, à l'ambassadeur du Canada en France...
J'ai également écrit ce livre en pensant à toutes ces 'mères interdites', toutes ces femmes qui, à cause d'une décision de justice, sont privées de leur enfant. Je voulais enfin que les gens réalisent que ces violences que subissent les enfants dans tout ça. Mon histoire c'est, un Outreau pour les enfants. Des adultes innocents ont été envoyés en prison à cause des dysfonctionnements de la Justice. Là ce sont quatre enfants innocents qui ont souffert et souffrent encore.
LCI.fr : Vous êtes en liberté conditionnelle en France depuis janvier. Vous habitez depuis en Ardèche avec votre compagnon Francis Gruzelle avec qui vous avez eu deux bébés, comment ça se passe pour vous ?
N.G. : Je m'occupe de mes deux petits, je tente de les 'rattraper'. Jean-Philippe, 21 mois, a été séparé de moi pendant 9 mois. Martin est né en prison au Canada. Aujourd'hui, il a des problèmes de poids, il a peur des autres, notamment des hommes, il n'a vécu qu'avec des femmes en prison.
Mes deux autres enfants, Joséphine et Maximilien, vivent au Canada avec leur père Scott Grant. Ils sont séquestrés par ce pays. Je n'ai le droit de les appeler qu'une fois par semaine, le samedi généralement. On ne peut pas s'écrire. Ni lettre, ni mail. On se parle 20 minutes, en anglais obligatoirement. Bien souvent, ils pleurent. Leur père contrôle notre conversation. On parle de mon quotidien. Ils comprennent beaucoup de chose sur ce qu'il se passe et ils en souffrent beaucoup. Ils savent ce que leur mère subit. Ils vivent dans une secte (2) et c'est d'autant plus dur qu'ils connaissent la vie 'normale'. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Joséphine. Elle a 12 ans et je ne peux pas lui souhaiter...
LCI.fr : Savez-vous quand vous allez pouvoir les revoir ?
N.G. : Pas du tout ! Je suis en liberté conditionnelle en France jusqu'en avril 2008 ce qui signifie que je ne peux pas sortir du territoire. Mais après, si je souhaite me rendre au Canada, je ne pourrais pas en ressortir car là-bas je suis sous contrôle judiciaire jusqu'en 2010. Et puis si je prononce le mot secte devant mes enfants ou si je leur parle de rentrer en France, c'est direction la prison. J'aimerais que la justice canadienne assigne un avocat pour mes enfants mais elle refuse. Vous voyez la situation est très compliquée.
LCI.fr : Francis Gruzelle, votre compagnon, a été mis en examen mardi pour complicité de soustraction d'enfants. Son avocat dénonce l'acharnement judiciaire dont est victime votre famille. Pourquoi ?
N.G. : Tout simplement parce que cela ne s'arrêtera jamais ! Ma mère a également été mise en examen l'an dernier tout comme ma marraine. En mars, mes sœurs ont été placées en garde à vue, arrachées à leurs enfants. Elles ont même subi un test ADN et un prélèvement d'empreintes génétiques tout ça pour une audition. On a voulu leur faire dire que mon compagnon battait les enfants. Tout cela pour justifier le déploiement hallucinant des autorités en juillet dernier pour me prendre les enfants. Les autoroutes avaient été barrées, les hélicoptères tournaient dans le ciel, 120 gendarmes avaient été déployés... A ce moment là, j'étais en prison. Ma famille s'occupait juste de mes enfants. Ils n'étaient en aucun cas séquestrés !
LCI.fr : Vous tenez des propos très graves sur un lien entre la Justice et les sectes
N.G. : Oui et je le redis, pour moi la Justice protège les sectes. J'ai voulu sauver mes enfants de l'emprise de la secte de mon ancien compagnon, et j'ai terminé en prison. Mon compagnon actuel a lui aussi tenter de récupérer son fils de 17 ans dont la mère est membre de l'Ordre du Temple solaire, il n'a jamais pu et j'ai des centaines d'autres exemples comme ceux là.
Nathalie Gettliffe était l'invitée de Valérie Expert dans On en parle mercredi 23 mai. Poursuivez le débat sur le blog de l'émission en cliquant ici.
(1) "Mère interdite" aux éditions Michel Lafon.
(2) Son ancien mari Scott Grant appartient à l'Eglise internationale du Christ. Ce mouvement est considéré comme une secte en France mais il est légal au Canada.
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