Le lord a été retrouvé dans un ravin, cinq mois après sa disparition © DRL'affaire est digne d'un roman d'Agatha Christie. Hercule Poirot en moins, le sexe en plus. L'histoire est celle de Sir Anthony Ashley-Cooper, un lord anglais excentrique venu s'encanailler sur la Côte d'Azur et retrouvé mort en avril 2005 au fond d'un ravin, offert aux rongeurs de tous poils, à une vingtaine de kilomètres des palaces où il menait grand train.
Retour sur l'intrigue. Depuis ses deux mariages et autant de divorces, Sir Anthony Ashley-Cooper, dixième comte de Shaftesbury partage son temps entre son domaine cossu du Dorset et les hôtels luxueux de la Côte d'Azur ; entre les brumes anglaises et le soleil provençal, troquant son beau tweed pour un blue-jean. Des allers- retours entre la sphère de la haute société british guindée et celle des bars à hôtesses décadents.
Un comte au cœur d'artichaut
Dans les bars huppés de la Riviera, le lord excentrique et volage claque l'argent de son considérable héritage auprès des femmes qu'il aime. Et ces dernières le lui rendent bien, alcool et billets aidant. "Il brûlait la vie par les deux bouts", racontera sa sœur Frances. Un jour de 2002, il rencontre Jamila M'Barek, une séduisante hollandaise d'origine tunisienne. Coup de foudre et mariage : ça jase. Il a la soixantaine passée, elle la trentaine, les mauvaises langues évoquent, dans les tabloïds britanniques, le démon de midi. Le lord n'en a cure. "Jamila était une séductrice, une féline mais avec elle il donnait le sentiment d'avoir trouvé le bonheur", se rappellera sa sœur.
A sa belle, le comte achète un appartement à Cannes, lègue un moulin dans le Gers, et verse chaque mois la somme de 7000 euros. Le conte de fée commence pour Jamila, l'hôtesse de bar devient lady. Mais une fois devenue princesse, la Cendrillon intéresse moins le comte qui aime à jouer le rôle de rédempteur auprès des filles perdues. Anthony Ashley-Cooper est un comte au cœur d'artichaut. Il s'amourache de Nadia une autre jeune serveuse. Le lord veut divorcer.
"Une bagarre qui aurait mal tourné"
Le 3 novembre 2004, il effectue un énième voyage outre-Manche. L'ultime. Il ne passe pas la nuit du 6 novembre dans la chambre d'un palace cannois qu'il avait pourtant réservée. Et ne donne plus signe de vie. Quatre mois après sa soudaine disparition qui ira jusqu'à mobiliser Scotland Yard, Jamila craque. La jeune femme raconte avoir été témoin d'un clash entre son mari et son frère, chez elle, dans son appartement cannois. Une "bagarre d'ivrogne" qui tourne mal. Le frère de Jamila reconnaît avoir tué le comte mais sans le vouloir. Le lord est mort étranglé. "Affolé, j'ai transporté son corps dans ma voiture et je m'en suis débarrassé dans la campagne", dira-t-il aux enquêteurs. Sa sœur qui accable son frère lors de ses déclarations réfute la machination, la préméditation.
Depuis mardi matin, la veuve du lord et le frère de celle-ci sont jugés par la cour d'assises des Alpes-Maritimes pour l'assassinat de cet homme de 66 ans. Mohammed M'Barek, 45 ans, comparait pour "assassinat" ; sa sœur Jamila M'Barek, 43 ans, l'épouse pour "complicité d'assassinat". Dès le début de l'audience, Mohamed M'Barek a lancé à la cour : "Je suis innocent, ma soeur est innocente. C'est juste un accident". L'élimination d'Anthony Ashley-Cooper aurait pu avoir pour but de l'empêcher d'annuler une donation, à son épouse dont il souhaitait se séparer.
"Mon client était quelqu'un de bon vivant"
Interrogé par LCI.fr, l'avocat de la famille parle d'un "assassinat au motif crapuleux". Pour Me Philippe Soussi, l'argent est au cœur de cette sordide histoire. "Ma cliente n'avait aucun intérêt à ce que son époux décède, conteste Me Franck de Vita, le défenseur de Jamila M'Barek qui plaidera l'acquittement.
Au contraire, sa mort lui coûte beaucoup plus cher. Elle a dû assumer tous les impôts pendant trois ans, sans parler des redressements fiscaux auxquels elle a dû faire face". Pour témoigner de la bonne foi de sa cliente, Me de Vita va faire cité l'ex-joueur de tennis Björn Borg, un ancien amant de Jamila. "Mon client était quelqu'un de bon vivant, c'était un épicurien qui aura été perdu par sa générosité", constate Me Soussi. Epilogue le 25 mai, lors du verdict.
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