© AFP/Marine NationaleLes avocats du groupe pétrolier Total, prévenu vedette au procès du naufrage de l'Erika, représenté par trois personnes morales et une personne physique, ont plaidé mercredi la relaxe, devant le tribunal correctionnel de Paris. Lundi, le ministère public avait requis la condamnation pour pollution maritime de Total SA et ses deux filiales : Total Petroleum Services limited (TPS) et Total Transport Corporation (TTC). Il avait demandé l'amende maximale de 375.000 euros contre Total SA et TPS, laissant l'amende pour la deuxième filiale à l'appréciation du tribunal.
En revanche, conformément à ses réquisitions de non-lieu avant le renvoi devant le tribunal, le parquet avait demandé la relaxe de Bertrand Thouillin, directeur juridique et seule personne physique du groupe à faire l'objet de poursuites. La défense de Bertrand Thouillin a expliqué mercredi matin que celui-ci ne pouvait être considéré comme complice des délits de mise en danger d'autrui et de pollution, notamment parce que la responsabilité de la sécurité du navire incombait, selon eux, à la société de classification Rina.
"Aucun rôle opérationnel" de Bertrand Thouillin
Son avocat a insisté sur le fait que le "vetting", l'inspection des navires effectuée par les compagnies pétrolières elles-mêmes, ne relevait d'aucune obligation légale mais seulement d'une démarche volontaire. Aucune négligence ne pourrait donc être reprochée. "Le 'vetting' sert à pouvoir utiliser un navire certifié et adapté aux besoins du transport envisagé, ni plus ni moins. Il n'est pas une duplication ou un contrôle du travail des sociétés de classification", a affirmé l'avocat.
Il a souligné que Bertrand Thouillin n'avait "aucun rôle opérationnel, aucun rôle commercial" dans la marche de l'Erika, bateau dont il n'"a appris l'existence (que) le 11 décembre à 20h30" via un message d'alerte du capitaine Karun Mathur relayé par un responsable de la cellule de crise de Total. Le lendemain, le 12 décembre vers 8h10, le navire se brisera en deux, provoquant une immense marée noire souillant 400 km de côtes françaises.
Pour le compte de Bertrand Thouillin ou de la filiale TTC, d'autres avocats ont soutenu que Total, propriétaire de la cargaison de l'Erika, n'avait aucune responsabilité dans la pollution maritime. Il faudrait pour cela, ont-ils expliqué, "élargir le champ de la convention Marpol" (convention internationale pour prévenir la pollution en mer), ce que "la loi française ne permet pas".
"Vice caché"
Me Daniel Soulez-Larivière, dernier à plaider pour Total, a également évoqué la thèse de la "diabolisation" du géant pétrolier aux "deep pockets" (poches profondes). "Dans tout grand sinistre qui suscite l'émotion du public, il faut trouver un diable c'est Total", a dit l'avocat. Il a réaffirmé un des principaux axes de défense du groupe, selon lequel l'Erika était affecté d'un "vice caché" et que rien ne pouvait être fait pour sauver le navire après son départ de Dunkerque le 8 décembre au soir.
"Sur le plan juridique, il n'y a pas de responsabilité de l'affréteur, il n'est pas responsable du voyage", a ajouté Me Soulez-Larivière, en soulignant les "excès" de la juge d'instruction Dominique de Talancé, dont le travail ne serait plus qu'"un champ de ruines".
D'après agence
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