Erika : peine maximale requise contre Total

Par D.H. (avec agence), le 04 juin 2007 à 07h37 , mis à jour le 05 juin 2007 à 08h49

Le parquet a requis lundi la relaxe des secours mais des peines maximales d'amendes et de prison contre Total, le propriétaire et le gestionnaire.

[Expiré] [Expiré] Naufrage de l'Erika © AFP/Marine Nationale

Après 4 mois de procès, la journée était attendue par les victimes. Et finalement après 5 heures de réquisitoire, le parquet de Paris a rendu lundi soir devant le tribunal correctionnel ses réquisitions dans le procès du naufrage en 1999 de l'Erika, qui avait souillé quelque 400 kilomètres de côtes françaises. Fait rare : le parquet s'est prononcé sur les dommages et intérêts, qu'il évalue entre 500 millions et un milliard d'euros, à se partager entre les sept coupables. Il a suggéré au tribunal de "faire jurisprudence" en matière de réparations civiles, qui en principe ne sont pas de sa compétence. Voici le détail des réquisitions puis les raisons invoquées par le ministère public.

  • Condamnation pour "pollution" maritime "par imprudence et négligence" et amende maximum de 375.000 euros requises contre la société Total SA. Mais relaxe du groupe et de ses filiales pour l'autre chef de "complicité de mise en danger de la vie d'autrui".
  • Condamnation pour "pollution" et amende maximum de 375.000 euros requises contre la filiale Total transport.
  • Condamnation pour "pollution" et amende d'un montant laissé à l'appréciation du tribunal requise pour la filiale Total petroleum services.
  • Condamnation pour "pollution" et "mise en danger de la vie d'autrui" et amende de 375.000 euros requises contre la société de classification italienne Rina, chargée notamment d'inspecter les travaux effectués sur le bateau.
  • Condamnation pour "pollution" et "mise en danger de la vie d'autrui" et peine d'un an de prison, avec possibilité de sursis, et amende de 75.000 euros requises contre Giuseppe Savarese, propriétaire de l'Erika (armateur) et contre Antonio Pollara, le gestionnaire de l'Erika.
  • Condamnation pour "pollution" et amende de 10.000 euros requises contre l'Indien Karun Mathur, capitaine de l'Erika. Mais relaxe pour "mise en danger de la vie d'autrui".
  • Relaxe requise à l'encontre des quatre responsables des secours poursuivis pour abstention volontaire de combattre un sinistre.
  • Relaxe requise pour Bertrand Thouillin, la seule personne physique de Total poursuivie, et pour Gianpiero Ponasso, l'un des responsables du Rina.
  • Relaxe pour les propriétaires de Selmont, coquille vide qui a affrété l'Erika pour six mois et auprès de laquelle Total a affrété à son tour le navire pour un seul voyage, et pour les affréteurs Mauro Clemente et Alessandro Ducci, auprès de qui Total a à son tour loué le navire pour un voyage.

Le procès doit durer jusqu'au 13 juin.

"Désinvolture"

Par ces réquisitoins, le ministère public a voulu dénoncer l'enchaînement des "comportements désinvoltes" qui ont abouti au naufrage du pétrolier, prélude à une marée noire. Le ministère public a eu la dent dure contre Total, lui reprochant de nier ses responsabilités alors que le groupe "supervisait partiellement la marche même du navire". Quant au vetting, cette inspection du bateau par les compagnies pétrolières, elle engage la "responsabilité" du groupe, a-t-il assuré, jugeant "pour le moins douteux" que la société n'en ait pas eu conscience.

Même sévérité avec les autres acteurs du drame, à commencer par l'armateur et le gestionnaire qui, a-t-il dit, ne pouvaient ignorer "le risque particulièrement grave de pollution" causé par "la corrosion manifeste, généralisée et ravageuse" de ce bateau proche de 25 ans. Et avoir remplacé les tôles "avec des pièces de rechange moins épaisses..., c'est incompatible avec les obligations de prudence", a-t-il lancé, dénonçant le "comportement désinvolte" des deux hommes. Quant à la société Rina, elle "s'est contentée, par complaisance pour son client (Giuseppe Savarese) de prescrire de nouvelles mesures d'épaisseur" de la coque, sans suspendre les certificats de navigabilité.

"Difficultés techniques"

Le procureur balaie de la main les théories des prévenus pour expliquer le naufrage. L'oscillation violente du pétrole dans les cuves ? Impossible, dit-il, car elles étaient pleines à ras bord, et un tel phénomène fait "un boucan d'enfer" que l'équipage n'a pas remarqué. Une lésion cachée provoquée par un choc ? Tout juste "un scénario ad hoc dont on se garde bien de décrire l'exact mécanisme". Quant au capitaine indien Karun Mathur, resté dans son pays, "il peut lui être reproché d'avoir appareillé à bord d'un navire aux infrastructures manifestement dangereuses (puisqu'il) avait inspecté les cuves de ballast et constaté des anomalies".

Pour la relaxe des secours, le parquet a notamment mis en avant le matériel vétuste et les "difficultés techniques" du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross) d'Etel et du Centre opérationnel de la marine (COM), soulignant que le jour du naufrage, en pleine "tempête", ils étaient débordés par "d'autres événements urgents".

Par D.H. (avec agence) le 04 juin 2007 à 07:37
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13 Commentaires

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  • Gerard, le 04/06/2007 à 22h23

    Roulez tous à vélo!!! comme cela TOTAL fait faillite et la nature va mieux!!!!

  • Pierre, le 04/06/2007 à 21h27

    Question à tous les râleurs qui tempêtent contre TOTAL : demain, vous déménagez, et votre déménageur crée un accident. Serez-vous d'accord pour payer les dégats ? Il faut réfléchir un peu, de temps en temps...

  • Ll, le 04/06/2007 à 20h47

    Préjudice largement sous-estimé !!!

  • Lisalef, le 04/06/2007 à 19h39

    Ajoutons qu on ne parle plus de ces poubelles et qu on semble avoir oublié les bateaux a double coque ....qu en est il???

  • Stephane, le 04/06/2007 à 18h21

    C'est honteux,elle est ou la justice ? Encore une fois on se fiche de la nature,merci pour nos petits enfants...

  • Albert, le 04/06/2007 à 18h19

    Plutôt que de critiquer Total comme savent si bien le faire les français (Total étant la société française ayant le plus gagné d'argent en 2006), il vaudrait mieux ne plus aller dans leur station service. Mais ça, les français ne savent pas faire...en fait on ne sait faire que râler, quand il faut agir, il n'y a plus grand monde. Moi je ne vais plus chez Total, ni même par hazard.

  • Plisson, le 04/06/2007 à 18h15

    Le procés de l'erika à voir les bénéfices de total 11 milliards cela devrait bien se passer pour le pétrolier c'est une goutte d'essence dans son budget.

  • Erwan, le 04/06/2007 à 18h11

    Arretez de dire que c est de la faute de total car les personnes coupables sont l armateur et les personnes qui laissent naviguer les bateaux poubelles!!mais vu que total a d e l argent c'est lui qui doit payer!!

  • Fx, le 04/06/2007 à 17h51

    "les sommes investies pour combattre la marée noire n'ont toujours pas été totalement remboursées par le Fipol, ce fonds international d'indemnisation abondé par les compagnies pétrolières" j'ai du mal a comprendre la...qu'entendez-vous par abonde dans ce cas precis? (le petit robert donne trois possibilite, et aucune ne parait satisfaisantes). Au cas ou je me permets de signaler que le FIPOL n'a rien a voir avec les groupes petroliers car il s'agit d'un fond inter-gouvernemental qui sert de complement jusqu'a une certaine limite au montant maximal (cumule entre tous les deommagements) que peut verser une compagnie petroliere . Et la lenteur des remboursements par le FIPOL s'expliquent par le fait que ceux ci ne sont effectues que quand les differents partis sont arrives a un accord sur le montant de l'indemnisation (sachant qu'il faut deja faire une epurationd es dossiers dresses par des profiteurs en tout genre pour pouvoir indemniser au mieux possibles les vrais victimes)

  • Michel, le 04/06/2007 à 17h09

    C'est le pot de terre contre le baril de pétrole.

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