Rachida Dati, ministre de la Justice © TF1/LCILa colère et la consternation des magistrats |
Après l'agression d'un juge mardi au tribunal de grande instance de Metz (lire notre article), le président de l'USM Bruno Thouzellier s'interrogeait sur LCI : "Est-ce qu'il faudra des morts pour qu'enfin le gouvernement prenne les décisions qui s'imposent ?" Peut-être pas.
Exprimant son "profond soutien" à Jacques Noris, le magistrat poignardé alors qu'il présidait une audience d'assistance éducative, le président Nicolas Sarkozy a demandé à la ministre de la Justice Rachida Dati de lui présenter des mesures pour améliorer "la sécurité des juridictions". Partie sur place dans l'après-midi pour "rencontrer l'ensemble des magistrats et fonctionnaires du tribunal pour leur faire part de sa solidarité face à cette agression", le Garde des Sceaux a aussitôt annoncé avoir "lancé" une "mission" pour un "plan de sécurisation des enceintes judiciaires" dont elle rendra les conclusions "dans un mois". Le Premier ministre François Fillon apour sa part promis de "tout faire pour améliorer les conditions de sécurité dans les tribunaux" afin d'éviter un nouveau drame. Il "veillera à ce que la justice puisse travailler dans des conditions de sécurité qui garantissent sa sérénité".
L'émotion du personnel du TGI de Metz
Rachida Dati, qui a rencontré des magistrats, fonctionnaires et greffiers "très inquiets", a dit "comprendre leur colère". "Il est inacceptable d'accepter une banalisation de la violence", a affirmé la ministre, regrettant qu'il soit dans de telles conditions "impossible de rendre la justice de manière sereine".
Sans attendre la venue de leur ministre, environ 200 magistrats, avocats et personnels judiciaires s'étaient rassemblés sur le parvis du Palais de justice de Metz pour exprimer leur émotion. Les manifestants entendaient également dénoncer l'insécurité qui règne selon eux dans les juridictions.
Détecteurs de métaux et policiers
Dans un tract distribué lors de la manifestation, l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a dénoncé cette défaillance "malgré un Livre blanc sur la sécurité dans les juridictions réalisé par l'USM il y a plusieurs années". Interrogé par LCI.fr, le président de l'USM s'est dit consterné et révolté par cette situation "que nous malheureusement dénonçons depuis des années en terme de sécurité et qui était malheureusement tout à fait prévisible". Le syndicat demande des détecteurs de métaux et des policiers à l'entrée des tribunaux de façon à ce que les gens ne puissent pas rentrer armés dans un tribunal "ce qui n'est pas le cas dans tous les tribunaux de France." A défaut, l'USM appellera les magistrats à exercer leur droit de retrait, partout ou les conditions de sécurité ne seront pas remplies", déclare le syndicat.
Bruno Thouzellier rappelle qu'il ne s'agit que de la suite d'une série d'affaires similaires. Et de citer notamment l'agression subie le 31 mai 2007 par une juge des enfants du tribunal de Montargis (Loiret), molestée et insultée dans son bureau, ou encore l'agression d'une greffière du tribunal de Rouen, brûlée vive dans son bureau en septembre 2005. Pour les syndicats de magistrats, cette situation est révélatrice de la misère de la justice française, qui avec un budget de 6,271 milliards d'euros pour 2007 (2,34% du budget de l'Etat), est à un des plus bas niveaux de l'Europe des 27. "C'est bien de se rendre sur place de la part d'un ministre, mais ce qu'il faut maintenant c'est agir", a estimé mardi midi Bruno Thouzellier en référence à la venue de Rachida Dati.
Royal accuse
"Ce drame résulte exclusivement du manque de moyens donnés à la Justice pour assurer la sécurité de ses personnels", a pour sa part déclaré le procureur de Metz, Joël Guitton, par ailleurs président de la Conférence nationale des procureurs, une association regroupant 62 des 180 procureurs en exercice en France. M. Guitton a expliqué que seulement l'une des trois entrées du TGI était équipée d'un sas de sécurité et que celui-ci ne fonctionnait pas parce qu'il n'y avait "personne à mettre derrière".
L'Association française des magistrats instructeurs (AFMI) a "exigé" mardi soir que "des mesures concrètes et efficaces en vue de la sécurisation de l'ensemble des tribunaux soient prises sans attendre". Ségolène Royal a pour sa part estimé que l'annonce de Rachida Dati d'une mission "n'est pas à la hauteur du problème". "La ministre de la Justice donne le sentiment de découvrir ce problème, alors que depuis plusieurs années des syndicats de magistrats tirent la sonnette d'alarme", a-t-elle souligné sur France-info.
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