C'est une extradition sous haute sécurité qui débute samedi matin sur le tarmac de l'aéroport d'Abidjan. Alors que les autorités françaises et ivoiriennes viennent de régler, dans les salons de l'aéroport, les derniers détails de procédure... © DRIlan Halimi, jeune vendeur juif dans un magasin de téléphonie à Paris, avait été découvert le 13 février 2006 au matin, nu, bâillonné, menotté et portant des traces de tortures et de brûlures, agonisant à proximité de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois, dans la grande banlieue parisienne. Il était décédé peu après. Son calvaire et sa mort au bout de trois semaines de captivité avaient soulevé l'indignation dans toute la France et donné le signal d'une chasse à l'homme pour retrouver ses ravisseurs, autoproclamés "gang des Barbares", qui avait conduit les enquêteurs jusqu'en Côte d'Ivoire.
Depuis son retour en France, le meneur des "Barbares", Youssouf Fofana, a peu varié dans ses déclarations face aux juges Corinne Goetzmann et Baudoin Thouvenot. Il est poursuivi pour enlèvement et assassinat, avec les circonstances aggravantes de crime raciste, d'actes de torture ou de barbarie, avec demande de rançon et en bande organisée. Il a aussi été mis en examen pour au moins sept autres tentatives d'enlèvement et est également poursuivi pour des menaces de mort sur la petite amie d'Ilan Halimi. La plupart de ses victimes faisaient partie de la communauté juive. S'il a toujours cherché, maladroitement, à évacuer la dimension antisémite de son crime (il affirmait avoir "enlevé un Juif" pour obtenir une rançon car "les Juifs ont de l'argent"), les experts qui l'ont examiné ont des conclusions bien différentes. Elles ont été révélées jeudi par Le Parisien.
Fofana, "moudjahidin" autoproclamé
Concernant tout d'abord la question primordiale à laquelle devaient répondre les psychiatres Michel Dubec et Franz Prosper, à savoir celle de la responsabilité pénale de Youssouf Fofana, leur conclusion est claire : "S'il s'est rendu coupable des faits incriminés, on ne peut évoquer aucun trouble d'ordre psychique ou neuropsychique qui, à aucun moment du déroulement de ces faits, aurait altéré son discernement". Le meneur des "Barbares" étant donc "accessible à la sanction pénale", il devrait logiquement comparaître avec ses complices devant une cour d'assises.
Concernant l'aspect antisémite du crime, les experts dressent aussi le portrait d'un accusé "inquiet de nos accointances ou liens de subordination avec la communauté juive qui, dit-il, souhaiterait le tuer". Un accusé qui prend aussi de plus en plus une posture islamisante, se définissant comme un "moudjahidin" et appelant les "jihadistes" à détruire Israël. En somme, son antisémitisme semble devenu obsessionnel. Un proche du dossier soupçonne néanmoins que cette attitude pourrait n'être "peut-être qu'une simulation visant à atténuer sa propre responsabilité pénale".
Dernier aspect de la psychologie de Fofana : lors de ses entretiens avec les experts psychiatres, il s'est montré tantôt hostile, tantôt détendu, mais avec toujours la même attitude générale, définie par Michel Dubec et Franz Prosper comme une "volonté de maîtrise sur la situation d'examen". Une "position critique" qui pourrait bien se résumer à un "Je vous emmerde tous", concluent les experts, qui voient dans cette volonté de provocation permanente un "mauvais pronostic quant aux possibilités de réinsertion du sujet".
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