© LCILCI.fr : Comment réagissez vous à la décision de Nicolas Sarkozy de ne pas accorder de grâces collectives le 14 juillet prochain ?
Christophe Marquès, secrétaire général de FO pénitentiaire : C'est l'occasion pour nous, professionnels de l'univers carcéral de l'interpeller sur la situation intenable des détenus en France, pays des Droits de l'homme. Il y a actuellement plus de 60.000 personnes incarcérées pour 50.000 places. Elles vivent dans des conditions intolérables, souvent dans des maisons d'arrêt qui datent d'avant la Seconde Guerre mondiale : entassées à 3 ou 4 dans des cellules de 9 mètres carré, dans la promiscuité, dans la chaleur et surtout dans un climat de tensions quotidiennes...
LCI.fr : L'an dernier, 3 500 détenus avaient pu bénéficier de sortie anticipée après remise de peine. 3 500 libérations sur 60 000 détenus, c'est une goutte d'eau, non ?
C.M. : Oui, ce n'est pas la libération de 3.500 détenus qui améliore les conditions de détentions de tous les autres et pour cela, c'est une mesure plus symbolique qu'autre chose. Mais c'est une goutte d'eau qui constitue un petit plus durant trois mois. Une grâce collective représente une soupape saisonnière à l'engorgement des prisons. En octobre voire novembre, la situation revient à l'identique puisque 3.500 nouveaux détenus sont arrivés.
LCI.fr : Comment la population carcérale a-t-elle réagi en apprenant qu'il n'y aurait pas de grâce collective cette année ?
C.M. : Au-delà d'une déception que l'on imagine, les détenus n'ont pas eu de réaction particulière car cela fait longtemps qu'ils sont sous tension. A mon sens, cette absence de grâce ne va faire qu'attiser une situation intenable qui perdure depuis des années. Grâce ou pas, leur quotidien va rester le même dans un environnement surpeuplé avec des mouvements collectifs réduits : moins de douches, moins des promenades quotidiennes, moins d'activités etc.
LCI.fr : Puisque les grâces collectives ne semblent pas être la panacée, quelles seraient les solutions à étudier ?
C.M. : Il faut développer davantage les peines alternatives à l'incarcération. Beaucoup de détenus sont condamnés à des peines de moins d'un an. Ces gens-là seraient beaucoup plus utiles à la société en effectuant un travail d'intérêt général qu'en tournant en rond dans leur cellule. Il faudrait pouvoir les faire travailler à l'extérieur avec un suivi judiciaire mais il faudrait pour cela que le conseil général et le juge d'application des peines aient confiance. Il faudrait également développer le bracelet électronique et la liberté conditionnelle.
LCI.fr : Justement, la ministre de la Justice a promis samedi soir "une politique ambitieuse en faveur des aménagements de peine", c'est une bonne chose, non ?
C.M. : Bien évidemment mais beaucoup de ministres l'ont déjà promis sans qu'on puisse en voir les effets. Le problème, c'est il y a eu pas mal de cas de récidive et aujourd'hui, les magistrats rechignent à libérer les détenus. On les comprend. C'est pour cela qu'il faudrait aussi mieux préparer le détenu à la sortie pour augmenter le taux de réinsertion. Qu'il soit en libération conditionnelle ou en travail d'intérêt général, il faut que le détenu puisse être suivi. Pour cela, il faut former du personnel. Nous reparlerons de tout ça avec la ministre de la Justice mercredi prochain lors du Comité d'orientation sur le projet de loi pénitentiaire.
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