© TF1C'est l'histoire d'un "coup d'un soir" qui se termine par bien des déboires. Celle d'un homme et d'une femme qui se donnent rendez-vous via les petites annonces. Appelons les Alain et Chantal. On imagine qu'ils se plaisent, ils passent la nuit ensemble. Sans protection aucune. Un spermatozoïde se fraye un chemin. La femme tombe enceinte. Un miracle pour elle, un cauchemar pour lui.
Quinze ans après, ils ne se retrouvent plus dans un lit mais devant la cour de cassation. Beaucoup moins sexy. Alain attaque Chantal pour "faute" prétextant qu'elle lui a fait un enfant dans le dos. Il dit l'avoir vue une fois ; elle, parle de "plusieurs semaines" et évoque la fuite d'Alain une fois la grossesse connue. Quinze ans après donc, les ébats se transforment en débats : "Un homme peut-il attaquer en justice une femme qui a gardé un enfant dont il ne voulait pas ?", s'interroge l'article de Libération qui relate toute l'affaire dans son édition de mercredi. "Oui, répond Me Béatrice Ghelber, spécialiste du droit de la famille. Le tout est de prouver que la femme a commis une faute. En l'occurrence, qu'elle ait certifié au père qu'elle prenait la pilule alors que ce n'était pas le cas. Pas évident".
"Le droit de disposer de sa vie familiale"
Cette avocate a dû traiter plusieurs affaires similaires. "Elles sont plus fréquentes qu'on ne le croit mais on en parle peu, les hommes se sentant toujours un peu idiots..." Dans Libération, Alain raconte "qu'il n'avait aucun doute qu'elle utilisait un moyen de contraception". Et de se sentir "piégé" de son côté.
Deux ans après la naissance du bébé, un garçon, Chantal assigne Alain en justice pour une reconnaissance en paternité. "Pour le principe, pas pour l'argent", justifie en substance Chantal. Malgré maints refus et moult procédures, il est officiellement père, doit verser une pension alimentaire mais continue son combat pour ne pas être appelé papa.
"Le sida, ça existe toujours"
"Même si la faute est prouvée, la jurisprudence -qui est assez réactionnaire-, dit qu'avoir un enfant n'est pas un dommage... même si on ne le voulait pas", explique Me Ghelber. Pour justifier sa plainte, Alain invoque "le droit de disposer de sa vie familiale". "C'est effectivement sa liberté de ne pas avoir d'enfant, constate Me Ghelber. Mais je ne vois pas comment cela pourrait être opposé à la mère sachant qu'il a pris un risque. Quand on ne veut pas d'enfant, on met des préservatifs ou on prend la pilule pour homme..."
"Dans cette histoire, dès le début, les deux ont commis une faute", résume Alain Cazenave, le président de l'association SOS Papa. Pilule ou non, l'homme aurait dû mettre un préservatif, le sida ça existe toujours. Les précautions de l'un n'empêchent pas les précautions de l'autre." Encore une histoire où, au final, c'est encore l'enfant qui risque de broyer du noir.
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