Dominique de Villepin, le 6 juillet 2007 © TF1-LCI"Je viens de vivre des moments qui, comme vous l'imaginez, ne sont pas agréables mais je sais que la vérité apparaîtra." Voici l'unique commentaire qu'a fait Dominique de Villepin vendredi soir, en quittant son bureau parisien de l'avenue Kléber (XVIe arrondissement). Un bureau, prêté par le ministère des Affaires étrangères, qui venait d'être perquisitionné durant plus de 6 heures par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons qui enquêtent sur l'affaire Clearstream. En partant, les policiers qui les accompagnaient emportaient avec eux un gros carton et une grosse valise.
La veille déjà, les deux juges avaient passé au peigne fin pendant, là encore pendant plus de 6 heures, le domicile de l'ancien Premier ministre (lire notre article). Et selon le Monde, ils y auraient saisi deux dossiers classés "secret défense", dont ils auront à obtenir auprès du ministre de la Défense la déclassification. Contrairement à vendredi, l'ancien Premier ministre, qui fut également ministre des Affaires étrangères de 2002 jusqu'à fin mars 2004, était absent jeudi lors de la perquisition de son domicile. Dominique de Villepin, parti en vacances mercredi, était rentré "jeudi soir", certainement dans l'urgence en apprenant la nouvelle, avait indiqué vendredi matin l'entourage de l'ancien Premier ministre.
Lahoud dément
"Désormais, les deux juges sont en situation de poursuivre l'ex-chef du gouvernement", expliquait dès mercredi soir une source proche du dossier. Selon plusieurs autres sources proches du dossier, l'interrogatoire pourrait avoir lieu "cet été". Ces deux journées de perquisition sont en tous cas la "suite logique", selon une source proche du dossier, des dernières trouvailles des juges sur l'ordinateur du général Philippe Rondot, l'un des personnages centraux du dossier. L'ordinateur a révélé plusieurs notes consignées par l'ancien militaire, ex-conseiller spécial du ministre de la Défense, et mettant en cause directement l'ancien chef du gouvernement de Jacques Chirac.
Cette expertise, rendue le 27 juin, a remis sur le devant de la scène le nom de Dominique de Villepin. Mais les juges ne devraient pas, selon toute vraisemblance, le convoquer avant d'avoir entendu les deux acteurs cités dans cette note, Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d'EADS et Imad Lahoud, ex-cadre du géant aéronautique, respectivement les 18 et 19 juillet. D'après les notes inédites du général Rondot mises au jour par cette expertise, Dominique de Villepin serait à l'origine de la dénonciation à la justice de toute une série de personnalités, dont Nicolas Sarkozy, prétendument corrompues.
D'après les documents datés de mai-juin 2004, si M. Gergorin, le "corbeau", a envoyé à la justice les lettres de dénonciation, c'est qu'il tenait cette idée de Villepin. "Lors d'un entretien avec Jean-Louis Gergorin, le 4 mai 2004, j'ai appris que, après avoir, selon lui, reçu des instructions de Dominique de Villepin, huit jours auparavant il avait été décidé de ‘parler au juge van Ruymbeke'", lit-on dans une des notes. L'objectif, dans des propos prêtés à Imad Lahoud par le général Rondot, étant de "balancer Nicolas Sarkozy", dit explicitement une autre note. "Je dément catégoriquement ces propos", a assuré vendredi soir Imad Lahoud dans un entretien à l'AFP. L'ancien cadre d'EADS a affirmé qu'il n'avait jamais prononcé les propos que lui prête le général Philippe Rondot dans ses notes car il ne "connaît pas" Dominique de Villepin.
| Villepin: "Je n'accepterais pas d'être un bouc-émissaire" |
Dominique de Villepin dément "formellement" avoir pris une quelconque initiative en direction du juge Renaud van Ruymbeke ou en faveur d'Imad Lahoud dans le cadre de l'affaire Clearstream, dans un entretien à L'Est républicain publié samedi. "Je suis stupéfait et indigné de voir qu'on peut instruire le procès de quelqu'un dans les médias alors qu'il n'a même pas accès au dossier", affirme-t-il. "Je ne réclame aucun traitement particulier", se défend-il, "seulement le respect des droits élémentaires de tout citoyen. Or ces derniers jours, ces droits on été bafoués". "On veut à tout prix présenter cette affaire comme un règlement de comptes politique. Mais je le redis: à aucun moment de n'ai demandé à qui que ce soit d'enquêter sur des personnalités politiques, encore moins de les compromettre", poursuit-il. "Je suis tout à fait serein sur ce dossier. Je vais bien évidemment me battre pour la vérité. Je n'accepterais pas d'être un bouc-émissaire, ce serait trop facile", conclut-il. |
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