Image d'archives © TF1Deux hommes, deux histoires et deux applications de la nouvelle loi instaurant des peines planchers pour les récidivistes. Toutes se sont déroulées dans des tribunaux de l'Est cette semaine. La première concerne un commercial de 27 ans, jugé lundi par le tribunal de Nancy pour avoir été pris en flagrant délit de trafic de stupéfiants. Il y a deux ans, il avait été condamné à deux ans de prison pour les mêmes faits. C'est un récidiviste. En vertu de la loi adoptée cet été (Les détails du texte, en cliquant ici), il risque quatre ans de prison ferme.
Récidive : MAM veut durcir le suivi des délinquants sexuels
Les députés examinent mardi le projet de loi sur la récidive, ressorti des cartons après le récent meurtre d'une joggeuse et qui vise à sanctionner les délinquants sexuels qui refusent de se soigner.
Publié le 17/11/2009
La seconde histoire est celle de Claude G., un marginal de 41 ans, jugé mardi pour port d'arme - un couteau Laguiole - et des petits vols - paquets de cigarettes, portefeuilles, flacons de parfum. Avec 26 condamnations à son actif, l'homme est un multirécidiviste. Tout comme le commercial, il risquait quatre ans de prison ferme.
Quand deux œufs valent deux boeufs
Et c'est ce dont il a écopé. Le premier, le commercial, a lui, été sanctionné de huit mois de prison. Dans son cas, le juge a pu, comme le permet la loi, motiver sa décision par "les circonstances de l'infraction, la personnalité de son auteur ou de ses garanties d'insertion ou de réinsertion". Le jeune prévenu disait avoir recommencé à dealer - mais sans prendre de commission - pour rembourser son ancien fournisseur qui menaçait sa famille.
Aujourd'hui, l'avocat de Claude G. dénonce l'aberration de cette loi des peines planchers. "Son application a des effets pervers, explique Me Alain Zbaczyniak. Il y aura toujours deux types de justice. Celle pour des gens qui sont des 'nantis', celle pour ceux qui ne le sont pas", comparant la situation du jeune commercial à celle de son client, un sans domicile. Et d'argumenter par ce dicton revisité : "Vous volez deux fois un oeuf, vous serez condamné de la même manière que si vous volez deux fois un bœuf."
Condamné en février pour divers vols, il avait passé six mois derrière les barreaux. Le 11 août, il était libéré. Ironie du sort, ce jour même, était publiée au Journal officiel la nouvelle loi contre la récidive. Qu'il s'est vu appliquer quelques jours après.
| Le magistrat de Nancy convoqué par Dati |
Le vice-procureur de Nancy, qui avait requis lundi un an de prison - contre quatre ans prévus par défaut par la loi des peines planchers - à l'égard du commercial de 27 ans, est convoqué à la Chancellerie. Cette dernière souhaite des explications sur les propos qu'il aurait tenus lors des réquisitions : "Je ne requerrais pas cette peine plancher de quatre ans car les magistrats ne sont pas les instruments du pouvoir. Ce n'est pas parce qu'un texte sort qu'il doit être appliqué sans discernement", avait souligné Philippe Nativel lors de ses réquisitions. La convocation a suscité une vague d'indignation chez les magistrats de Nancy. Elle relève d'"un processus d'intimidation inacceptable" portant "gravement atteinte à l'indépendance de la justice", ont-ils dénoncé. Et de rappeler le "principe fondamental de la liberté de parole à l'audience des magistrats du parquet". Le ministère de la Justice assure qu'il n'est pas question pour l'instant de poursuites disciplinaires. Voir la vidéo |
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