Rachida Dati © TF1/LCIC'est une démarche inédite en France. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a envoyé vendredi une lettre à la ministre de la Justice, Rachida Dati, pour lui demander d'être reçu pour obtenir des explications sur la récente convocation à la Chancellerie du vice-procureur de Nancy pour des propos contestés sur les peines plancher. Rappelant que Rachida Dati s'en était déjà entretenue avec les organisations syndicales de magistrats, le porte-parole de la Chancellerie indique qu'elle recevra les membres du CSM "bien volontiers pour faire le point sur cette affaire".
Ce sont les organisations syndicales de magistrats qui avaient dénoncé "un procès en sorcellerie" puis saisi le CSM le 30 août, faisant bloc autour du vice-procureur de Nancy, Philippe Nativel, convoqué à Paris pour des propos critiques qui lui avaient été attribués sur la loi instituant les peines plancher. La Conférence nationale des procureurs avait elle aussi exprimé "sa vive émotion et sa particulière préoccupation devant ce qui pourrait constituer une atteinte gravissime à notre statut"."Un parquetier est sous l'autorité du garde des Sceaux, il n'a pas à faire des commentaires sur les lois. Il lui a été demandé de venir s'expliquer", avait répliqué la ministre.
"Atteintes aux statuts"
Interrogé par l'AFP, Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), a estimé qu'en demandant à "recueillir les observations de la ministre pour peut-être formuler les siennes", le CSM était "dans son rôle constitutionnel de défense de l'institution judiciaire".
Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la Magistrature (SM, gauche), a estimé que, le CSM ayant "toujours des réactions très tempérées, le fait de demander un entretien à Rachida Dati est très symbolique et manifeste, à notre sens, son inquiétude par rapport aux atteintes aux statuts". "On espère qu'à l'issue de cet entretien, le CSM prendra une position publique", a-t-elle ajouté.
Pas de suites disciplinaires
Philippe Nativel avait requis un an d'emprisonnement et non la peine plancher de quatre ans, prévue par la loi du 10 août contre la récidive, à l'encontre d'un prévenu pour trafic de stupéfiant déjà condamné dans le passé. La loi laisse aux magistrats la possibilité de déroger aux peines minimales dans certaines conditions, notamment si le prévenu présente d'exceptionnelles garanties de réinsertion.
Selon la presse locale, le vice-procureur de Nancy aurait déclaré que "les magistrats ne sont pas les instruments du pouvoir. Ce n'est pas parce qu'un texte sort qu'il doit être appliqué sans discernement". Celui-ci avait démenti ces propos et aucune suite disciplinaire n'a été donnée à cette affaire par la Chancellerie, dont le porte-parole avait assuré que M. Nativel avait "toute la confiance de Rachida Dati".
(D'après agence)
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