"La justice n'est pas une organisation militaire"

Par , le 04 septembre 2007 à 22h24 , mis à jour le 05 septembre 2007 à 12h08

Depuis plusieurs semaines le ton monte entre magistrats d'un côté, Rachida Dati et Nicolas Sarkozy, de l'autre. Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale de la magistrature, revient pour lci.fr sur les différentes réformes ou propositions qui cristallisent les tensions.

TF1-LCI : Bruno Thouzellier, le président de l'Union syndicale des magistratsBruno Thouzellier, le président de l'Union syndicale des magistrats © TF1-LCI
LCI.fr : Depuis plusieurs semaines le ton monte entre magistrats d'un côté, Rachida Dati et Nicolas Sarkozy, de l'autre. Les tensions remontent-elles à la loi sur la récidive des délinquants votée cet été ?
Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale de la magistrature (majoritaire, modéré) : C'est le point central de nos accrochages. Ce que nous dénonçons depuis le début, c'est le double langage gouvernemental. Il a été dit à l'opinion publique que des peines planchers seraient automatiquement appliquées pour les délinquants récidivistes. Or, le texte prévoit que les magistrats puissent déroger à ce principe. En communiquant de la sorte, l'Exécutif met inutilement la pression sur la justice. Nous ne sommes pas là pour remettre en cause le Parlement mais le texte doit être expliqué honnêtement à l'opinion publique.  Et lorsqu'un magistrat donne une peine inférieure aux peines planchers, il ne doit pas faire l'objet de critiques infondées, puisqu'il respecte la loi.

"Un politique n'a
pas à reprocher
à un magistrat la
peine qu'il choisit"

Bruno Thouzellier

LCI.fr : Vous faites référence à la convocation à la Chancellerie la semaine dernière du vice-procureur de Nancy, Philippe Nativel, sommé de s'expliquer sur des propos qu'il aurait  tenus sur les nouvelles peines planchers ?

B.T. : Une parlementaire, Nadine Morano, s'est permis de dire que ce magistrat avait violé la loi sur la récidive car il n'avait pas demandé de peine plancher dans une affaire de récidive. C'est faux ! D'ailleurs, le tribunal a prononcé une peine encore inférieure à celle qu'il avait requise. Au-delà des propos que ce procureur aurait pu tenir en audience et qui lui ont valu une convocation - du reste inacceptable -, un politique n'a pas à reprocher à un magistrat la peine qu'il choisit de requérir. Les magistrats se retrouvent aujourd'hui coincés dans une situation totalement inconfortable.

LCI.fr : Rachida Dati a estimé lundi sur Canal + que les critiques dont elle fait l'objet au sein du monde judiciaire sont liées au fait qu'elle "bouscule quelques corporatismes".
B.T. :
Il n'est pas question de corporatisme, il faut savoir réformer à bon escient. Sur Canal+, elle a déclaré être "chef du parquet", "chef des procureurs". Cela n'est dit dans aucun texte légal. Il y a là un vrai problème de fond. Quelle idée Madame Dati se fait-elle de son rôle ? Un chef de parquet est un magistrat protégé par son statut. La garde des Sceaux peut impulser une politique pénale. Personne ne lui dénie ce rôle. Elle peut également donner des instructions écrites. Mais nous ne sommes pas dans une organisation militaire où les magistrats, en bons soldats, répondent aux ordres. Pour être crédible, l'équilibre des institutions doit être respecté. Il faut bien comprendre que nous ne défendons pas nos prérogatives mais l'institution judiciaire.

"Abolir le principe
d'irresponsabilité
pénale nous mettrait
au ban judiciaire
de l'Europe"

Bruno Thouzellier

LCI.fr : Etes-vous favorable à l'hospitalisation obligatoire des délinquants sexuels en fin de peine ?
B.T. :
Il existe des délinquants sexuels qui, peine de prison ou pas, ne peuvent pas s'amender psychologiquement ou physiquement. Les gens qui sortent du champ judiciaire, mais restent dangereux, ne doivent pas rester seuls. Il faudra déléguer soit à la justice soit à l'autorité préfectorale la décision de les faire interner de manière médicale à leur sortie de prison. Mais le premier hôpital-prison n'est prévu que pour 2009. Par ailleurs, notre situation budgétaire est tellement précaire et les investissements nécessaires tellement énormes, que nous restons un peu perplexes sur la capacité du gouvernement à dégager tous les fonds. Nous verrons s'il s'agit d'un effet d'annonce.

LCI.fr : Que pensez-vous de la proposition de Nicolas Sarkozy de traduire devant un tribunal les auteurs de crime déclarés irresponsables pénalement ?
B.T. : Dans un Etat de droit, où il y a des lois, des principes fondamentaux, une personne considérée comme irresponsable ne peut pas comparaître devant un tribunal. Abolir ce principe nous mettrait au ban judiciaire de l'Europe. Même les Etats-Unis n'oseraient pas le faire. Quant à l'idée de tenir une "audience publique" pour aider les victimes ou leurs familles à faire leur deuil, je ne la comprends pas. On ne tient pas une audience sans perspective judiciaire. Nous préconisons plus de pédagogie auprès des victimes qui subissent un non-lieu pour qu'elles comprennent la situation et pourquoi leur agresseur ne va pas en prison mais en unité de soin spécialisé.

LCI.fr : Autre projet évoqué par Nicolas Sarkozy et que vous contestez : la dépénalisation du droit des affaires.
B.T. :
Très peu d'affaires mettant en cause le fonctionnement d'une entreprise sont aujourd'hui instruites par le pôle financier à Paris. En France, le droit  des affaires n'est absolument pas sous une contrainte permanente, la pénalisation est déjà très faible. La vraie régulation se fait d'ailleurs par l'autorité des marchés financiers et le droit de la concurrence, pas par le droit des affaires. Dans tout pays, il existe une régulation pénale des affaires. Il est nécessaire de la maintenir.

LCI.fr : Deux conseillers viennent de quitter le cabinet de Rachida Dati (lire encadré), ce qui porte à 7 le nombre de départs depuis son arrivée à la Chancellerie. Cela vous inquiète-il ?
B.T. :
Sept départs en quatre mois, cela fait beaucoup. Nous n'avons pas de jugement à porter sur cette situation. Nous craignons juste que cela finisse par nuire au bon fonctionnement de son équipe et de l'institution.
Le nouveau cabinet de Dati

Le ministère de la Justice a rendu publique mercredi la nouvelle composition du cabinet de la garde des Sceaux,  touché par de nombreux départs en quelques mois. Le nouveau cabinet comporte toujours 18 membres, avec à sa tête Patrick Gérard, nommé le 8 juillet après le  départ de M. Dobkine officiellement pour raisons personnelles. Parmi les arrivées figurent de nouveaux conseillers en charge du monde pénitentiaire, des relations parlementaires, du budget et des relations sociales. Un inspecteur général de l'Education nationale, Jean-Michel Quenet, sera  chargé de s'occuper des futures classes préparatoires à la justice, souhaitées par Mme Dati pour diversifier le recrutement des magistrats. Cette recomposition intervient après un total de sept départs consécutifs à  la démission de M. Dobkine et dans une atmosphère décrite comme "tendue" au sein  du cabinet de Rachida Dati

Par Alexandra Guillet le 04 septembre 2007 à 22:24
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30 Commentaires

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  • Jeanpierre, le 05/09/2007 à 11h31

    Dur de contester les institutions !

  • Reponse, le 05/09/2007 à 11h28

    Il peut baragouiner ce qu'il veut ! de toutes facon l'opinion public soutient nicolas et rachida ! ce magistrat devrait faire attention a son plan de carriere car il risque detre un petit peu chamboulé !! il est la sur ordre de la chencellerie et du president ce n'est pas son role de ocntester ce que le president de la republique souhaite sinon aucun interet detre president si il na pas de pouvoir ! il est grand temps oui de faire une reorganisation complete de la justice et ceux qui ne veulent pas s'y plier montrent que ces gens ont ete responsable d'une faillite du systeme depuis 30a ce sont eux les responsables !!!

  • Dumont, le 05/09/2007 à 11h25

    Bravo, Certes la Justice à montrer parfois ses faiblesses, mais delà à laisser le pouvoir politique s'interférer celà est contraire son esprit d'indépendance. Il est surprenant de la part de spécialistes comme Mme Dati et Mr Sarkosy de tenir de tels propos. A noter que celui-ci lors de sa campagne présidentielle a insisté sur l'indépendance de la Justice, propos également tenus par ses prédécesseurs, mais jamais respectés.

  • Bob, le 05/09/2007 à 11h24

    Sarko et Dati n'ont aucun respect pour les Institutions de ce pays, il est d'autres démocraties où leur comportement aurait conduit au minimum à un rappel à l'ordre, voire à un appel à la démission. Mais bon, on n'en est plus là, la démocratie est devenue plus un concept qu'un fait chez nous...

  • Wanda, le 05/09/2007 à 11h17

    L'élection de ce Sarkozy est une tragédie, et nous n'en sommes qu'au premier acte... Il lui reste 3729 jours pour nuire, et il ne va pas se gêner. A son départ la France sera dans le même état que l'Angleterre après la période Thatcher: exsangue.

  • Tristesse, le 05/09/2007 à 11h07

    "La justice n'est pas une organisation militaire". Après la perte du dossier "Diana", qui peut encore dire que la justice est une "organisation"? Par quelle pirouette Madame Dati va-t-elle sauver son administration du naufrage ? Il est temps de dissoudre ce machin et de le refonder, comme on dit au PS !

  • OLIVIER, le 05/09/2007 à 11h07

    Il est grand temps que quelq'un mette de l'ordre dans la justice.Pour être indépendant,il ne faut pas appartenir a un syndicat.Il y a des Lois il faut les respecter et les faire respecter ce que fait le garde des sceaux.

  • Dominique, le 05/09/2007 à 11h02

    Le président de la république et la ministre de la justice sont en train de donner un magistral coup de pied, dans une institution qui sommeille depuis trop longtemps. Si les magistrats étaient confrontés dans leur vie de tous les jours aux problèmes de délinquence, (voir brie de glace sur leur véhicule, vols à l'arraché du sac de leur épouse) ils seraient peut être un peu moins enclin à l'indulgence de certains voyous. Alors qu'ils se réveillent et appliquent les nouvelles lois pour tout le monde. J'espère que cette fois je serais publiée.

  • Preselle, le 05/09/2007 à 10h47

    Il va falloir expliquer 2 ou 3 choses à ce monsieur: La loi permet effectivement de déroger aux peines plancher mais cela engage la responsabilité du magistrat. Si un magistrat n'applique jamais les peines-plancher et que les voyous très peu sanctionnés récidivent, il est normal que ce magistrat répondent des conséquences de ses décisions et qu'il puisse être sanctionné si besoin. Les magistrats ne sont ni au-dessus des lois (et de l'esprit des lois), ni au-dessus de l'exigence de responsabilité. Ce monsieur ne cherche même plus à cacher sa volonté de réécrire le droit à sa façon au mépris des lois établies par les représentants du peuple. Les seules personnes dans ce pays qui insultent le principe de séparation des pouvoirs sont les magistrats politisés dont ce monsieur fait partie. Il faut que ce monsieur sache que la révolte du peuple français commence à gronder très sérieusement à l'encontre des magistrats de son espèce et que l'irresponsabilité de la magistrature devient de plus en plus insupportable.

  • RAS LE BOL DU LAXISME, le 05/09/2007 à 10h16

    Je me suis fait casser ma voiture en 2004, puis elle a brulé pendant les émeutes de 2005. ma femme s'est faite gazée au lacrymogène et volée son sac à la sortie du RER B la même année, ma fille s'est faite frappé dans le bus 152 l'année dernière, suite à une bagarre entre bandes...et à chaque fois, même quand la police retrouve les auteurs, ces derniers sont condamnés à des amendes avec sursis ou alors à rien car ils sont mineurs.ALORS QU'ILS ARRETENT DE PLEURER ET QU'ILS SE BOUGENT UN PEU PLUS LE CUL DANS LES TRIBUNAUX.

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