Enfants du Darfour/image d'archives © TF1L'opération des neuf Français, arrêtés jeudi alors qu'ils s'apprêtaient à quitter le Tchad par avion en compagnie de 103 enfants africains dans le but de les faire adopter, était prévue depuis longtemps. Selon France Info, l'association l'Arche de Zoé, avait même annoncé son opération dite "humanitaire" dès le 28 avril dans un communiqué publié sur son site Internet. L'Arche de Zoé proposait à des "familles d'accueil qui le souhaitent de venir en aide et de prendre en charge dans leur foyer un enfant orphelin de moins de cinq ans, réfugié de la guerre au Darfour". En juin dernier, Médecins du Monde dénonçait un projet dangereux.
Selon des informations LCI, dès le 9 juillet le ministère de la Justice avait envoyé un courrier au parquet de Paris. Le 25 juillet, une enquête préliminaire était ouverte pour "exercice malgré l'interdiction de l'activité d'intermédiaire en vue de l'adoption de mineurs de 15 ans". Mardi, soit deux jours avant l'arrestation, le dossier avait été transmis au parquet des mineurs.
"Les enlever comme cela est - de mon point de vue - illégal et irresponsable", déclare ce matin dans Le Parisien la secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'Homme. Rama Yade précise que "dès le 22 juillet, toutes les ONG travaillant au Darfour que j'avais réunies ont été unanimes pour condamner cette opération". Selon la secrétaire d'Etat, "on ne sait rien des conditions de regroupement de ces enfants. On ne connait rien de leurs origines, de leur nationalité et de la réalité de leur situation familiale et communautaire".
6000 euros
Le président tchadien Idriss Deby Itno a déclaré vendredi que les responsables de l'opération seraient "sévèrement sanctionnés". Il s'est rendu vendredi matin auprès des 103 enfants "récupérés" la veille par les autorités tchadiennes et a qualifié l'opération de cette association d'"inhumaine", "impensable" et "inadmissible". De son côté, Rama Yade a indiqué que "les responsables de cette association devront rendre des comptes", rappelant qu'elle avait saisi la justice jeudi matin pour "déterminer toutes les responsabilités de cette opération". Le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, a de son côté catégoriquement démenti que l'Elysée ou Cécilia Sarkozy ait apporté un quelconque soutien à l'association. Un membre de l'association qui a monté l'opération affirme pour sa part que l'arrestation des neuf Français est due à un "revirement des autorités tchadiennes".
La police tchadienne a arrêté jeudi dans l'est du Tchad neuf Français, accusés d'avoir "enlevé" une centaine d'enfants originaires de ce pays et du Darfour, région soudanaise frontalière en proie à une guerre civile, pour les faire "accueillir" en France moyennant finances. Deux journalistes de France 3 et de Capa, ainsi qu'un membre d'un collectif photo, figurent parmi les Français arrêtés jeudi.
Selon une source diplomatique, quelque 300 familles, principalement françaises, ont versé entre 2.800 et 6.000 euros pour recevoir un enfant. Une centaine d'entre elles étaient rassemblées depuis jeudi à l'aéroport de Vatry (Marne) pour attendre l'avion. Elles ont passé la nuit dans le hall de l'aérogare, laissé ouvert sur autorisation du préfet. "Nous voulons démentir tout ce qui a été dit sur cette affaire. Il s'agit d'une action humanitaire d'urgence, et non de trafic d'enfants" a déclaré Christophe Letien, bénévole de l'association à l'origine de l'opération. Elles ont en outre lancé un appel à un "rassemblement de soutien" devant l'ambassade du Tchad à Paris ce vendredi à 18h.
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