Envers et contre tous, Dati mute un magistrat

le 30 octobre 2007 à 09h52 , mis à jour le 30 octobre 2007 à 14h25

Malgré l'avis défavorable du CSM, et les réticences de l'intéressé, elle maintient son projet de muter le procureur général d'Agen à la Cour de cassation.

ministre Justice Rachida Dati AngoulêmeLa ministre de la Justice, Rachida Dati, le 5 octobre 2007 à Angoulême © Abacapress.com

 

"Nous sommes magistrats, pas préfets"
Interview avec Bruno Thouzellier, président de l'USM

C'est dit, et pour ainsi dire acté : Rachida Dati va muter le procureur général d'Agen, Bernard Blais, à la Cour de cassation. Malgré l'avis défavorable du Conseil supérieur de la magistrature, l'opposition de l'intéressé et des syndicats de magistrats. "Il est important que les procureurs généraux se renouvellent. Moi, je ne connais pas personnellement ce procureur général, il était là-bas depuis plus de 14 ans. Mais il est important de renouveler les postes de haute responsabilité et puis de féminiser", a justifié ce mardi la ministre sur Europe 1. "Les syndicats ne vont pas en rester là", a rétorqué la déléguée régionale de l'Union syndicale des magistrats, Christine Khaznadar. "Nous continuons de soutenir le procureur général d'Agen. Nous en faisons une question de principe".

Depuis la première annonce de cette possible mutation, l'affaire Blais avait suscité un nouveau coup de froid entre Rachida Dati et le monde de la magistrature. Les syndicats de magistrats jugent le dossier absurde puisque Bernard Blais, à Agen depuis 1994, s'était vu refuser auparavant plusieurs demandes de mutation spontanées, et sera en retraite l'été prochain. Les syndicats condamnent aussi la procédure de mutation discrétionnaire, irrégulière, selon eux, au regard du statut de la magistrature. Outre l'indépendance du corps judiciaire garantie par la Constitution, ils estiment que tout changement de poste doit être motivé.

Rajeunir et féminiser... au risque de heurter

Les magistrats et les fonctionnaires de la cour d'appel d'Agen avaient dans un premier temps adopté des motions de soutien à leur procureur pour demander le réexamen de la décision. Puis le premier président de la cour d'appel d'Agen, René Salomon, avait décidé de saisir le Conseil supérieur de la magistrature, organe constitutionnel chargé de gérer la carrière des magistrats. Lequel s'est prononcé lundi contre la mutation, en estimant qu'il n'existait "aucun intérêt du service à nommer Bernard Blais en surnombre, à quelques mois de la retraite et contre son gré, à la Cour de cassation".

Mais la ministre a le pouvoir de passer outre aux avis négatifs du CSM, concernant les procureurs généraux. Et pour le ministère de la Justice, cette mutation participe du projet de réorganisation du corps des procureurs généraux, voulu par la ministre, qui souhaite le féminiser - seuls deux procureurs généraux sur 35 sont actuellement des femmes - et le rajeunir. Le ministère entend nommer systématiquement des femmes à la moitié des postes qui changent de titulaires.  

Dati se défend d'avoir falsifié son CV

Sur Europe 1 mardi matin, Rachida Dati s'est défendu d'avoir fait état d'un diplôme qu'elle n'avait pas pour entrer en 1996 à l'Ecole nationale de la magistrature. Un rapport officiel d'intégration daté du 18 novembre 1996, rédigé par des magistrats du parquet de Versailles qui avaient réalisé les entretiens préalables en vue de son admission à l'Ecole, fait mention d'un MBA européen du groupe HEC-ISA, que l'actuelle ministre n'a jamais obtenu. Le cabinet de la ministre, entrée ainsi à l'ENM sans passer le concours d'entrée, par une forme de "seconde voie" qui vise à recruter des candidats au profil différent, ne nie pas ce problème avec le dossier de Rachida Dati, mais soutient implicitement la thèse d'une erreur administrative. "Rachida Dati n'a jamais prétendu être titulaire d'un MBA européen, elle est ancienne élève de l'ISA", précise le porte-parole du ministère. Rachida Dati possède notamment une maîtrise de sciences économiques et une maîtrise de droit, ainsi que quatre années d'activité professionnelle, le minimum requis pour postuler à l'entrée de l'ENM dans cette deuxième voie. Le MBA fournissait le "plus" souhaitable dans cette procédure. La Garde des Sceaux va publier un livre intitulé Je vous fais juge où elle dément cette accusation.


D'après agences
le 30 octobre 2007 à 09:52
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

13 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • James, le 30/10/2007 à 11h45

    Bernard Blais a demandé sa mutation à plusieurs reprises, et on la lui a refusée. Là, il ne demande rien et on le mute... Y a pas un probleme? Et il est à 6 mois de la retraite... Y a pas un gros probleme? Madame Dati veut se faire remarquer?

  • Pierre, le 30/10/2007 à 11h43

    Muté quelqu'un à la veille de sa retraite ( un an ) , effectivement c'est intellignent ...

  • RV16, le 30/10/2007 à 11h40

    Primo, j'ai du mal à saisir l'intérêt de muter qqu'un à 6 mois de son départ en retraite et secundo pourquoi s'imposer de nommer autant d'hommes que de femmes ??? cela signifie que l'on peut refuser un poste à un homme compétent...parce qu'il est un homme !!! c'est ca ?

  • Cricri, le 30/10/2007 à 11h38

    Mme Dati a la possibilité de faire des grandes choses, mais elle va trop vite; un peu plus de diplomatie serait un gage de durée dans le temps: Rachida, du calme!......

  • Roger Frey, le 30/10/2007 à 11h34

    Je suis à 100% derrière Rachida Dati. Marre des corporatismes. Il faut savoir dépoussirer.

  • Marduck, le 30/10/2007 à 11h34

    C'est ridicule de vouloir a tout prix faire un equilibre homme et femme. Ce qui est important c'est que la personne nommé soit competente. C'est la seule chose qui devrait compter.

  • Gilles, le 30/10/2007 à 11h20

    @ Y-en-a marre de CERGY : L'indépendance de la Justice est inscrite dans la Constitution, ne vous en déplaise .

  • David, le 30/10/2007 à 11h12

    Aberrant, on a refusé à ce magistrat toutes ses demandes de mutations antérieurs et maintenant on l'oblige à partir.. Ce ministre ne va pas faire long feu au gouvernement, elle prends aucune décision rationnelle et logique. La plupart de ses collaborateurs ont déjà démissionné et ce n'est pas fini......

  • Patrick GILLES, le 30/10/2007 à 10h37

    Vous avez dit réactionnaire ? Cet esprit de corps est exaspérant. Je ne suis pas Sarkozyste, mais il a la légitimité de l'élection. Il n'a pas à se soumettre à l'immobilisme d'une société sclérosée. Courage Rachida, le peuple est avec vous.

  • Un magistrat, le 30/10/2007 à 10h36

    Courage Madame Dati, il y a fort à faire pour réformer la Justice!

Lire tous les commentaires

      logAudience