Rindy Sam jugée pour avoir embrassé une toile de Twombly © TF1/LCILe procès pour "dégradation d'oeuvre d'art" d'une jeune femme qui avait posé un baiser sur une toile du peintre américain Cy Twombly lors d'une exposition en juillet, s'est tenu mardi devant le tribunal correctionnel d'Avignon. Fin juillet, lors de l'exposition "Blooming" consacrée à Twombly par la Collection Lambert, Rindy Sam, 30 ans, avait posé ses lèvres ourlées de rouge à lèvres sur une toile d'une blancheur immaculée, partie d'un triptyque intitulé "Phaedrus" de l'artiste. L'ensemble est évalué à deux millions d'euros par la Collection Lambert.
Le vice-procureur d'Avignon Yves Micolet a requis mardi une amende de 4 500 euros à l'encontre de Rindy Sam. Estimant que son geste s'apparente à "une sorte de cannibalisme ou de parasitisme", le représentant du parquet a également demandé au tribunal correctionnel d'Avignon, comme peine complémentaire, qu'elle soit condamnée à un stage de citoyenneté.
Relaxe
"Il faut rappeler la loi mais aussi éduquer la prévenue", selon Yves Micolet qui a rappelé que l'affaire faisait appel à deux impératifs: "la nécessité de préserver le patrimoine commun, comme le rappelle ce qui s'est passé au musée d'Orsay (ndlr: un tableau de Monet dégradé dans la nuit de samedi à dimanche) et celle de protéger Rindy Sam qui n'a visiblement pas conscience de ce qu'elle a fait". "J'ai fait juste un bisou", a déclaré mardi matin la prévenue à l'audience, ajoutant : "c'est un geste d'amour, quand je l'ai embrassé, je n'ai pas réfléchi, je pensais que l'artiste, il aurait compris..."
Ses avocats, Mes Patrick Gontard et Jean-Michel Ambrosino, ont plaidé la relaxe : "Si on donne un coup de marteau sur un urinoir (ndlr: comme cela a été le cas sur l'urinoir de Marcel Duchamps), si on donne un coup de poing sur une toile, on sait qu'on va le détruire. Ce n'est pas la même chose avec un baiser", a souligné Me Gontard.
"Un acte artistique"
Inquiète de voir son geste assimilé à celui commis à Paris, Mlle Sam avait veillé à faire diffuser un communiqué précisant sa position, par le biais de celui qui se présente comme son agent artistique, Patrick Levieux. "D'un côté, un acte de cruauté d'une bestialité répugnante, de l'autre un acte d'amour d'une intense pureté. Le geste de Rindy était un acte artistique provoqué par le pouvoir de l'art", avait déclaré M. Levieux dans un communiqué.
"Je n'ai pas la même conception de l'amour. Pour moi, en amour, il faut être deux et consentants", avait alors répondu Me Tricoire, avocate des parties civiles, en arrivant au tribunal, estimant que le geste de Rindy Sam était "autant agressif qu'un coup de poing". "C'est aussi difficile de restaurer un coup de poing qu'un baiser", avait-elle expliqué.
(D'après agence)
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