Rachid Ramda © TF1/LCIRachid Ramda, jugé depuis lundi devant une cour exclusivement composée de magistrats et qui encourt la perpétuité, a demandé pour la première fois la parole mardi matin alors que les débats se focalisaient sur un incident de procédure. "A propos de cet attentat horrible (celui de la station RER Saint-Michel, qui a fait 8 morts et environ 150 blessés le 25 juillet 1995, ndlr), j'ai entendu dire des choses contre moi, j'aimerais bien m'exprimer", a dit l'accusé en français, sans recourir à son interprète.
Venu à l'audience avec le très épais acte d'accusation sous le bras, il en extrait alors des descriptions détaillées sur les blessures mortelles infligées par l'explosion, cite le nom de certains morts, et déclare que jamais il ne supporterait qu'on inflige cela à un membre de sa famille. Face à un tel scénario, "je pense que ma réaction serait un peu extrême, je demanderais la peine de mort pour les gens qui ont fait ça", ajoute Ramda. L'accusé décrit à ce moment-là "un corps entièrement brûlé", parle d'"une boule de feu" traversant un wagon.
Ramda s'estime "diabolisé"
Une femme partie civile fond alors en larmes et, ne pouvant contenir ses sanglots, quitte la salle en se bouchant les deux oreilles. Mais, malgré les tentatives du président pour l'interrompre, Rachid Ramda poursuit sur sa lancée en s'estimant "diabolisé" dans ce procès.
S'il est dans le box, c'est uniquement "parce qu'on n'a pas trouvé de coupable", affirme-t-il, oubliant la double condamnation à la prison à vie infligée en 2002 aux poseurs de bombe Boualem Bensaïd et Smain Aït Ali Belkacem. "Je vous rappelle l'affaire d'Outreau, toute la France voulait la tête de ces gens-là (...) ils ont été innocentés!", lance-t-il.
"On ne veut pas de ton soutien ! "
Dans la salle, les protestations se font encore plus vives quand Ramda exprime son "soutien moral et spirituel" aux victimes. Une réplique fuse : "on n'en veut pas de ton soutien!" Lors d'une suspension d'audience (à l'issue de laquelle la cour rejettera une requête en nullité des poursuites déposée lundi par la défense), Françoise Rudetzki, présidente de SOS Attentats, confie que "les victimes sont en état de choc" après l'intervention de l'accusé. "Il nous dit qu'il a aussi un père, une mère, des frères, des soeurs, qu'il est compatissant, c'est se moquer du monde, je ne peux pas entendre ça !", renchérit Annick Brocheriou, qui a perdu sa fille Véronique, alors âgée de 27 ans, dans l'attentat de Saint-Michel.
Rachid Ramda, qui nie les accusations, est soupçonné d'avoir assuré pour le compte du GIA algérien (Groupe islamique armé) le financement de l'attentat de Saint-Michel et de ceux des stations Maison Blanche et Musée d'Orsay, qui avaient fait des dizaines de blessés également en 1995. Le GIA, qui a revendiqué ces actions, accusait notamment Paris de soutenir le pouvoir en place en Algérie dans sa lutte contre les islamistes. Le procès doit durer tout le mois d'octobre.
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