L'USM à Dati : "Nous sommes magistrats, pas préfets" !

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 04 octobre 2007 à 16h55 , mis à jour le 04 octobre 2007 à 21h06

Bruno Thouzellier, président de l'USM, s'inquiète une nouvelle fois des pressions sur les magistrats. La Chancellerie insisiterait auprès du procureur d'Agen pour qu'il remplisse en urgence une demande de mutation.

TF1-LCI : Bruno Thouzellier, le président de l'Union syndicale des magistratsBruno Thouzellier, le président de l'Union syndicale des magistrats © TF1-LCI

Le point sur ce nouveau coup de froid
 

LCI.fr : Un nouveau conflit vient d'éclater entre Rachida Dati et un magistrat, en l'occurrence Bernard Blais, procureur d'Agen. Qu'en est-il exactement ?  
Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale de la magistrature (majoritaire) :
D'après ce que j'en sais, le procureur de la république d'Agen, qui est en poste depuis 13 ans et qui a fait de nombreuses demandes de mutation dans le passé, toutes refusées, qui a un très bon dossier, à qui on ne reproche rien, fait actuellement l'objet d'approches très insistantes de la part de la Chancellerie pour remplir une demande de mutation.
 
LCI.fr : Pour justifier cette mutation quelque peu forcée, le ministère de la justice argumente qu'après de longues années passées au même poste, il est de l'intérêt de la justice de donner à M. Blais d'autres fonctions. Comment l'interprétez-vous ?
B.T. :
Monsieur Blais va prendre sa retraite dans 8 mois. C'est un élément à prendre en compte. Où est l'urgence à le faire partir ? Comme il refuse d'obtempérer, il va donc falloir que la ministre le mute d'autorité, dans "l'intérêt du service". Monsieur Blais se retrouvera donc à un autre poste, qu'il n'aura pas souhaité, pour lequel il ne sera absolument pas préparé et auquel il n'aura pas le temps de s'adapter avant de prendre sa retraite. Où est l'intérêt ?
 
LCI.fr : c'est un couac supplémentaire dans les relations déjà compliquées entre les magistrats et la ministre ...
B.T. :
C'est même une tension inédite entre la haute hiérarchie judiciaire et la ministre. Que les procureurs généraux se trouvent ainsi dans le collimateur est une grande première. Ce qui nous inquiète à l'USM, c'est que l'on interprète cela comme un mouvement préfectoral pur et simple. C'est-à-dire que l'on dit aux gens "vous êtes à la disposition du gouvernement et vous allez là où on vous dit d'aller".Or, nous ne sommes pas des préfets.

Pour eux, être muté du jour au lendemain, ca fait partie des règles du jeu. Ils sont au service du gouvernement. Mais, nous, avec tout le respect qu'on leur doit, nous ne sommes pas des préfets, mais des magistrats. Ca veut dire que nous sommes garants des libertés publiques, que nous avons un rôle constitutionnel, que nous engageons des poursuites. Certes, les magistrats ont un lien hiérarchique, mais qui est bien délimité. Et là, on a l'impression que madame Dati a une conception totalement préfectorale de la fonction de magistrat du parquet.
 
LCI.fr : Vous allez demander une nouvel entretien à la ministre ?
B.T. : Ce n'est pas prévu. Nous allons voir comment les choses évoluent d'abord. Avant Agen, il y a eu l'affaire de Nancy. Juste avant la convocation du vice-procureur Nativel, nous avions prévenu Mme Dati que ce n'était pas une chose conforme aux principes qui gouvernent l'institution judiciaire. On lui a dit qu'il était encore temps d'avoir l'honnêteté d'arrêter au lieu d'aller droit dans le mur. Nativel a quand  même été convoqué, alors qui ils n'avaient rien à lui reprocher. Ca recommence, d'une autre façon, avec Blais. S'ils continuent comme cela, la situation ne pourra que continuer de se dégrader au sein de l'institution.
 
Ca dénote aussi une absence de volonté de la part de la ministre de considérer la justice et les magistrats comme bénéficiant d'un statut particulier. Ce n'est pourtant pas pour leur confort, mais c'est parce que ca correspond aux textes et ca correspond aux nécessités dans une démocratie d'avoir une justice préserver des pressions politiques. C'est comme cela qu'elle peut rendre des décisions justes, acceptées par les gens. Mais aujourd'hui, le parquet est considéré comme un organe d'exécution pure, qui doit rendre des statistiques, rendre pourquoi pas des réquisitions dans un sens ou dans l'autre, et avoir à en rendre compte en permanence. Cet état d'esprit devrait inquiéter tout le monde.

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET le 04 octobre 2007 à 16:55
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

10 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Bruno, le 04/10/2007 à 18h28

    Ces messieurs les magistrats feraient mieux de revenir sur les bancs de la fac de droit. Les magistrats du parquet ne sont que des fonctionnaires soumis au pouvoir hiérarchique de la chancellerie. En tout état de cause, ces gens n'ont aucune légitimité particulière si ce n'est celle qu'il retire du pouvoir politique qui lui est élu par le peuple. Ou alors, procédons comme aux USA où les magistrats sont élus...

  • Bttx86, le 04/10/2007 à 18h24

    C'est bien dommage que les magistrats aient une telle opinion de leur indépendance. Ils ne sont plus le troisième pouvoir, il veulent cumuler les trois ! Ils légifèrent à la place du législateur, ils refusent les instructions du pouvoir exécutif et ils se considèrent au dessus de la loi qu'ils sont sensés appliquer. Ce sont sans doute eux qui représentent le mieux la permanence des défauts de l'ancien régime !

  • Alain, le 04/10/2007 à 18h24

    Quelle honte cette Rachida, elle veut donner des ordres à des gens sur lesquels la loi lui donne autorité. Incroyable non?

  • Roussel, le 04/10/2007 à 18h22

    Une mutation pour huit mois est une insulte à l'efficacité,surtout chez un fonctionnaire! L'autoritarisme de cette femme m'indispose vraiment ! Après tout,elle n'est jamais que la collègue catapultée ministre de ce "subordonné" auquel elle cherche noise. Ce n'est pas parce qu'on a commencé au bas de l'échelle que cela dispense de d'humilité de la courtoisie la plus élémentaire ! C'est un comportement de despote !

  • Chiavazza georges, le 04/10/2007 à 18h18

    La ministre à raison. Trop de corporatisme chez les magistrats. C'est une caste il ne faut pas bouger. Madame la Ministre le peuple vous a élue et bien allez y. Et merci

  • Jimni, le 04/10/2007 à 18h09

    Voila 30 ans que les magistrats ont pris l'habitude de défendre plus les assasins que leurs victimes et on leur demande de changer. Normal qu'ils ralent !

  • Michel, le 04/10/2007 à 17h59

    Madame DATI courage vous avez raison de mettre un peu d'ordre dans notre magistrature si poussièreuse ces messieurs sont bien des fonctionnaires de l'Etat je crois.

  • Gerardclermont, le 04/10/2007 à 17h58

    Les juges se protegent entre eux et veulent continuer à avoir une imunité totale. Ils peuvent faire de graves erreurs sans risque de sanctions.(Outreau ..) Il serait utile que l'état français révise cela et modifie ces règles.

  • Meunier, le 04/10/2007 à 17h44

    Pauvre petit magistrat...

  • GIORGIO Fils maudit, le 04/10/2007 à 17h35

    Les procureurs ne sont-ils pas censés représenter le peuple français.Et qui représente le peuple français sinon la Garde des Sceaux ? Leurs états d'âme n'intéressent en rien les Français qui,à une large majorité,ont voté pour une forme de politique judiciaire.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience