Villepin lors de son audition le 11 octobre 2007 © TF1![]() |
| La déclaration de Villepin jeudi soir |
L'ex-Premier ministre a été entendu jeudi pendant onze heures les juges qui l'ont mis en examen fin juillet dans l'affaire Clearstream. Les juges le soupçonnent en effet d'avoir participé à une manipulation consistant à dénoncer la présence de personnalités, dont Nicolas Sarkozy, par le biais d'un faux listing bancaire de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream.
Costume gris anthracite, cravate bleue, il s'est adressé aux journalistes avant d'entrer dans le pôle financier : "J'ai indiqué aux juges lors de ma première audition qu'il ne s'agissait pas d'une affaire politique mais d'une affaire internationale et industrielle. Je vais leur expliquer que la réponse de l'Etat a été la meilleure possible", a-t-il ajouté. A sa sortie, l'ex-ministre a déclaré que le dossier avait été géré de façon "irréprochable" par l'Etat. "A aucun moment, on en saurait m'impliquer dans une affaire de dénonciation calomnieuse", a-t-il déclaré, ajoutant à l'issue de son audition avoir "souhaité répondre à l'ensemble des questions des juges". Il a "expliqué aux magistrats la façon dont l'Etat a été amené à gérer cette affaire à partir du mois de juillet (2004)", quand l'affaire a été révélée dans la presse.
La DST saisie dès juillet 2004
A la veille de cette audition, Dominique de Villepin a une nouvelle fois écrit aux juges, une note que l'AFP a pu consulter. Dans ce texte de 19 pages, accompagné d'une vingtaine d'annexes, l'ancien chef du gouvernement présente sa ligne de défense et s'attache surtout à montrer qu'il a agi en toute transparence. Il dit notamment avoir saisi la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) dès la révélation de l'affaire en juillet 2004, lorsqu'il était alors ministre de l'Intérieur, pour éviter les risques "d'amalgames, de dérapages et de manipulations".
Cette saisie faisait suite aux révélations de l'hebdomadaire Le Point selon lesquelles les noms d'anciens ministres français, d'anciens préfets, patrons et membres des services secrets figuraient sur ces listings, dont le caractère contrefait n'avait à l'époque pas encore été démontré. "J'évoque le dossier avec le Premier ministre (Jean-Pierre Raffarin) et le président de la République (Jacques Chirac) dès les premiers jours de juillet, la saisine de la DST s'impose à tous", écrit-il dans sa note aux juges, transmise aux parties civiles. C'est la première fois que Dominique de Villepin implique dans l'affaire les deux têtes de l'éxécutif de 2004. Jean-Pierre Raffarin, déjà entendu comme témoin l'année dernière par les juges, a déclaré avoir été tenu à l'écart de ce dossier. Jacques Chirac a dit aux juges qu'il refusait de témoigner en invoquant la Constitution.
Pas d'enquête parallèle
M. de Villepin se défend également de tout cloisonnement ou d'enquête parallèle. La "mission d'évaluation" qu'il a confiée le 9 janvier 2004 au général Philippe Rondot, et dont il dit ne pas avoir été tenu informé, a cessé dès la saisine de la DST, affirme-t-il. "Je lui ai fait valoir le 19 juillet et à nouveau le 27 juillet que, s'il disposait d'éléments particuliers, il devait les adresser à la DST", raconte-t-il dans sa note.
Avant juillet, Dominique de Villepin rappelle avoir informé "en termes généraux le président de la République" de la mission du général Rondot. Une fois l'affaire révélée et la DST saisie, le Premier ministre et le président ont été "tenus informés des développements du dossier". L'enquête administrative de la DST s'est orientée "très vite", selon lui, vers "l'hypothèse d'un 'montage' complet ou partiel, mais sans être en mesure d'en décrire le mécanisme". "Les doutes émis par la DST, comme par le général Rondot (sur la véracité des listings, ndlr), indiquant qu'il y avait sans doute 'du vrai et du faux', n'ont été étayés que plus tard", ajoute-t-il.
Dominique de Villepin revient également dans sa note sur la "tension" avec Nicolas Sarkozy, qui avait affirmé à la fin de l'été 2004 qu'un "rapport d'enquête de la DST l'innocentant avait été occulté". Démentant à nouveau cette information, M. de Villepin estime dans sa note que "s'il n'y a pas eu d'inspiration politique au moment des faits, force est de constater qu'il y a eu par contre exploitation politique de ce dossier à partir du mois de juillet quand on a voulu désigner le président de la République et moi-même comme boucs émissaires".
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