Romain Dupuy entouré de policiers © dupuy pau meurtreQuel était exactement l'état mental de Romain Dupuy lorsqu'il a égorgé et décapité une infirmière et une aide-soignante de l'hôpital psychiatrique de Pau ? Quelle place la schizophrénie a-t-elle eue dans son comportement - et dans quelle mesure affectait-elle son jugement ? Ce jeudi, les psychologues et psychiatres qui sont intervenus tout au long de l'instruction de l'affaire du double meurtre de Pau se sont succédé devant la chambre de l'instruction, qui doit décider de la validité du non-lieu psychiatrique prononcé le 28 août en faveur de Romain Dupuy - un non lieu synonyme d'irresponsabilité pénale pour maladie mentale.
Romain Dupuy avait raconté la veille, avec précision et sans émotion apparente, les circonstances qui l'avaient conduit à tuer, dans la nuit du 17 au 18 décembre 2004. Une majorité des psychiatres consultés, parmi lesquels Jean-Louis Senon, Jean-Paul Lhuillier et Michel Lubec, tous trois auditionnés jeudi, ont exprimé leur certitude que la schizophrénie de Romain Dupuy s'était traduite par "l'abolition de son discernement" au moment des faits, circonstance qui justifie le non-lieu.
"Idées délirantes" et "représentation terrifiante du monde"
Jean-Louis Senon a notamment souligné la présence "d'idées délirantes" et des signes pathologiques qui caractérisent la schizophrénie, tout au long de la vie de Romain Dupuy, aujourd'hui âgé de 24 ans. Sa très forte addiction au cannabis est à la fois un "révélateur" de la maladie et un "accélérateur" de ses effets, a-t-il dit. Ce praticien, comme ses collègues favorables à la thèse de l'irresponsabilité pénale du double meurtrier, ont souligné la "représentation terrifiante du monde" propre aux schizophrènes, et le "délire paranoïde de persécution" qui aurait poussé Romain Dupuy à ses "vengeances" criminelles à l'encontre du personnel soignant. Son attitude de "froideur" et "d'indifférence", y compris lors de sa comparution à l'ouverture de l'audience mercredi, seule séance à laquelle il ait participé, est en cohérence avec cette maladie, ont-ils expliqué.
Un seul psychiatre, Jean-Claude Chanseau, s'est clairement opposé à cette thèse. Non pas pour rejeter complètement le diagnostic psychiatrique, mais pour estimer que la schizophrénie de Romain Dupuy n'empêchait pas qu'il ait eu une part de lucidité au moment de ses actes criminels.
Cette analyse, retenue pour les meurtres de l'hôpital psychiatrique comme pour les tentatives de meurtres de policiers lors de l'arrestation de Dupuy en janvier 2005, a conduit le psychiatre à conclure non pas à "l'abolition" mais à une simple "altération" de son discernement, soit un état compatible légalement avec un procès en cour d'assises. Jean-Claude Chanseau, longuement interrogé par les magistrats et les avocats, en présence des membres des familles des victimes comme de la mère de Romain Dupuy, a dit son souci de faire la part entre la maladie mentale du jeune homme et une "pharmaco-psychose" liée à sa consommation de cannabis "aux effets dévastateurs".
D'après agence
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