Assassinat du préfet Erignac © TF1/LCI| Le point sur place avec Hélène Lecomte |
Deux ans avant de mourir sur un trottoir d'Ajaccio, Claude Erignac n'avait accepté qu'avec réticence sa nomination en janvier 1996 en Corse. C'est ce qu'ont révélé vendredi deux lettres intimes, trouvées dans un coffre par son fils et lues pour la première fois devant la Cour d'assises spéciale de Paris, où se déroule le procès d'Yvan Colonna. "J'ai clairement conscience de partir vers une mission impossible, faite de contradictions éclatantes entre le discours public du gouvernement, les négociations plus ou moins secrètes, les intentions réelles des uns et des autres", écrivait-il. Ou encore : "Je m'accroche à l'idée que cela peut être pour 18 mois seulement, moyenne approximative de mes prédécesseurs".
C'est dans cet état d'esprit que Claude Erignac, décrit vendredi par ses proches comme un homme sportif, aimant la lecture, protestant non pratiquant attaché à sa Lozère, arriva dans l'île. L'époque était troublée, le gouvernement d'Alain Juppé était soupçonné de négocier en sous-main avec les nationalistes clandestins, tandis qu'une trêve temporaire était proclamée. "Exigeant avec ses collaborateurs", selon l'ancien secrétaire général de la préfecture d'Ajaccio, Didier Vinolas, le nouveau préfet s'attela à préparer "un retour à la légalité en 5 à 10 ans" en Corse.
"Je savais que ça finirait mal"
C'est Didier Vinolas qui dut apprendre à Dominique Erignac la mort de son mari, qui choisit avec elle le cercueil, le dernier costume et l'accompagna à la morgue au petit jour, après l'autopsie. Il la vit s'asseoir à côté du corps et s'exclamer : "on n'aurait pas dû venir. Je savais que ça finirait mal". Mais contrairement aux enquêteurs, quand il apprit l'assassinat de son patron, Didier Vinolas pensa aussitôt à la piste nationaliste, d'autant qu'il avait reçu des menaces de l'entourage de François Santoni quelques jours plus tôt. Pourtant, la piste ne fut pas explorée, a-t-il admis vendredi à l'audience, provoquant l'étonnement de la défense de Colonna.
Une défense qui avait paru marquer des points, la veille, lors de l'audition d'un médecin légiste pour qui l'assassin devait mesurer plus d'1,80 m, soit bien plus que l'accusé. Aussi, l'avocat général Yves Jannier a relancé le débat sur la balistique et le président Dominique Coujard a fait montrer vendredi les photos post-mortem du préfet : le corps gisant sur le trottoir, la tête baignant dans une mare de sang, le crâne percé de tiges en fer pour retracer les trajectoires des trois balles meurtrières. Pour cette projection, Dominique Erignac avait quitté la salle d'audience, n'y retournant que pour dire sa soif de "vérité" sur le meurtre de son mari.
"Depuis 10 ans, je suis seule et je veux connaître la vérité", a dit Dominique Erignac, en lisant une déclaration : "depuis cette date du 6 février 98, j'ai toujours du mal à rassembler et exprimer ce que je ressens. Depuis ce temps, je ne cesse de me poser cette question: pourquoi ?" Elle s'en est aussi prise aux complices présumés d'Yvan Colonna, déjà sous les verrous, dont quatre l'ont initialement désigné comme le tueur de son mari, avant de se rétracter, l'un d'entre eux s'accusant même plus tard du meurtre. "J'en ai assez de subir les attitudes des uns et des autres. Tous ces revirements font de ma vie une vie cahotique... (Ils) ne visent qu'à disculper l'un d'entre eux". A quoi Yvan Colonna a répliqué : "Je sais que vous avez droit à la vérité, et la vérité, je le dis depuis le début : ce n'est pas moi qui ai tué votre mari, votre père, votre frère. Croyez bien que je compatis à votre douleur et que je respecte votre deuil".
D'après agence
Retour MYTF1

Chargement en cours...




