Un meurtrier schizophrène peut-il être jugé ?

le 07 novembre 2007 à 05h35 , mis à jour le 07 novembre 2007 à 14h28

La question se repose avec l'examen en appel du cas Romain Dupuy, qui avait tué deux aides soignantes en 2004 dans un hôpital de Pau.

Palais de justice tribunal cour d'appel cassation © LCI

Le non-lieu "psychiatrique" dont a bénéficié Romain Dupuy, l'auteur présumé du double meurtre perpétré en 2004 dans un hôpital de Pau, est examiné en appel à partir d'aujoud'hui par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau. Un dispositif exceptionnel a d'ailleurs été mis en place mercredi : tandis que des dizaines de policiers veillaient sur les abords du palais de justice, protégé par des barrières mobiles, les accès à la cour d'appel étaient strictement filtrés pour l'audience qui devait s'ouvrir dans l'après-midi et se poursuivre jusqu'à vendredi. La comparution de l'auteur présumé, limitée à mercredi, a été rendue possible par un avis médical favorable émis par l'établissement psychiatrique de Cadillac, où il est hospitalisé d'office. Il comparaîtra "libre" de toute "contrainte judiciaire" du fait du non-lieu prononcé, souligne-t-on à la cour d'appel.
 
Chantal Klimaszewski et Lucette Gariod, infirmière et aide-soignante de  l'hôpital psychiatrique de Pau, y avaient été tuées à l'arme blanche, l'une d'entre elles ayant été décapitée. Une longue instruction s'était soldée par le non-lieu "psychiatrique" prononcé  par le juge d'instruction de Pau en faveur de l'accusé, le 28 août, au vu de multiples expertises et contre-expertises. La décision a été contestée en appel par les avocats des parties civiles qui espèrent encore un renvoi de l'affaire devant une cour d'assises.
 
Débat sur la responsabilité des malades mentaux
 
"Tous les experts n'étaient pas du même avis sur son état mental", a rappelé la partie civile, qui espère fait prévaloir l'idée que "seule une cour d'assises peut valablement se prononcer sur la responsabilité pénale" de l'accusé. L'un des experts consultés avait notamment conclu qu'il y avait "altération" et non pas "abolition" du discernement de Romain Dupuy au moment  des faits, une conclusion qui rendait théoriquement possible un procès en cour d'assises.
 
Cette audience qui doit se dérouler sur trois jours intervient alors que s'est ouvert un débat sur la responsabilité pénale des malades mentaux. Faisant suite à une demande de Nicolas Sarkozy, la ministre de la  Justice avait annoncé en août l'ouverture d'une "réflexion" sur la création d'une audience spécifique, à l'issue de la procédure d'instruction, dans les cas où les mis en cause sont déclarés pénalement irresponsables. Rachida Dati avait ajouté que ces audiences offriraient aux victimes "la possibilité de faire leur deuil et de reconnaître leur préjudice".
 
Les magistrats de la cour d'appel de Pau soulignent que la procédure d'appel qui s'engage mercredi n'équivaut aucunement à l'ouverture d'un procès sur le fond, puisqu'il ne s'agit que de juger du bien-fondé du non-lieu psychiatrique prononcé. L'audience pourrait conduire à une confirmation du non-lieu psychiatrique ou  à une décision de renvoi de Romain Dupuy devant une cour d'assises. La cour  pourrait également faire une demande de complément d'information.

Le gouvernement veut créer une "culpabilité civile"

Conformément au souhait du président Nicolas Sarkozy, la Chancellerie a rédigé un projet de loi, qui insère dans le Code de procédure pénale la possibilité pour les juridictions de prononcer "des décisions de culpabilité civile" à l'encontre des "personnes pénalement irresponsables en raison d'un trouble mental". Cette nouvelle notion, qui revient à dire que la personne a bien commis les faits mais est pénalement irresponsable, remplace l'actuel non-lieu pour irresponsabilité pénale. Lorsque le magistrat instructeur a rendu une ordonnance d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental, la chambre de l'instruction de la cour d'appel est saisie et siège en audience publique et contradictoire en présence de la personne mise en examen "si l'état de santé de cette dernière le permet". Après avoir entendu toutes les parties ainsi que les experts, la chambre de l'instruction rend son arrêt. "Si elle estime les charges suffisantes contre la personne mise en examen" mais que celle-ci doit être déclarée irresponsable pénalement "en raison d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes au moment des faits", elle "rend un arrêt de constatation de la culpabilité civile".

D'après agence

le 07 novembre 2007 à 05:35
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7 Commentaires

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  • Viviane, le 07/11/2007 à 11h50

    En tout cas, si ce monsieur ne peut pas être jugé, vu qu'il commet des actes qu'il ne controle pas, vautdrait mieux le garder sous cloche....question sécurité... non?

  • Tony, le 07/11/2007 à 10h59

    Je reste persuadé qu'on ne juge pas les fous ... par contre, et même si c'est malheureux, il faut les isoler une bonne fois pour toute de la société !

  • Pascal, le 07/11/2007 à 09h38

    Débat sur la responsabilité ou pas, la loi doit s'applique pour cette personne comme elle est actuellement. La justice n'ets pas faite pour soulager les victimes, elle est faite pour appliquer la loi. C'est quoi ce pays où l'on change la loi au fil des faits divers, du pathos et des émotions? C'est tout le contraire de la logique de la justice.

  • Nrv, le 07/11/2007 à 09h18

    Moi c'est les psychiatres qui ont laissés un malade dangereux en liberté que je jugerais!!!!Toutes mes pensées pour les familles des 2 victimes ,qui doivent vivre avec l'idée que le bourreau de leur proches est en liberté!Combien de drames doit il y avoir pour que l'état se rende compte à quel point la psychatrie est malade!j'ai moimeme un membre de ma famille atteint de schizophrénie,et qui a déjà essayé d'étrangler sa mère plus d'une fois, et que font les médecins ....rien ....malade trop difficile....

  • Eric, le 07/11/2007 à 09h08

    N'appelons pas cela un palais de justice!

  • JGH, le 07/11/2007 à 08h36

    L'irresponsabilité pénale avec " dédouanement" du crime commis ne devrait pas exister sous cette forme. Toue personne devrait être, en fonction de ses capacités d'apréciation, mis en face de ses responsabilités, devant un tribunal, lorsqu'elle a commis un meurtre et faire l'objet d'une peine assortis ou non de soins, le tout adapté à sa situation personelle ...

  • Tschumperlé, le 07/11/2007 à 06h56

    Le déni de justice existe : il va être confirmé. Tout un chacun qui se fait passer pour idiot auprès d'un "expert" a le droit de tuer qui il veut !

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