Villepin, Gergorin et Rondot © TF1/LCIUn ancien Premier ministre, un ex-grand patron et un général. Deux mis en examen et un témoin assisté. Le casting est prestigieux pour cette nouvelle confrontation organisée ce mardi au pôle financier du tribunal de Paris. En mettant face à face Dominique de Villepin, Jean-Louis Gergorin et le général Rondot, les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons espèrent déterminer avec précision à quand remonte l'implication de l'ex-Premier ministre dans l'affaire Clearstream.
Les juges le soupçonnent en effet d'avoir participé à une tentative de déstabilisation de Nicolas Sarkozy. Son implication présumée dans cette affaire de dénonciation calomnieuse daterait du 9 janvier 2004, jour où s'est tenue une réunion au Quai d'Orsay dans le bureau du ministre des Affaires étrangères qu'était alors Dominique de Villepin.
A chacun sa version
Quelques jours auparavant, Jean-Louis Gergorin aurait remis au général Rondot un listing bancaire de la chambre de compensation Clearstream pouvant compromettre une série de personnalités, dont Nicolas Sarkozy, et s'en serait ouvert auprès de M. de Villepin. Ce listing et ceux qui suivront se révèleront faux.
Ce dernier convoque alors le 9 janvier les deux hommes. Dominique de Villepin assure avoir alors chargé le général Rondot, qui enquêtait déjà sur ces listings pour le ministère de la Défense, d'une "mission d'évaluation pour éclairer les aspects internationaux" de cette affaire. Il dit n'avoir "à aucun moment demandé d'enquête sur des personnalités politiques" ni "participé à une quelconque manoeuvre".
Dans une note écrite dans les jours qui suivent et saisie par les juges, le général Rondot mentionne que le nom de Nicolas Sarkozy a été évoqué au cours de la réunion. Il affirme depuis qu'il n'a pas reçu l'ordre de "cibler Sarkozy". Jean-Louis Gergorin soutient lui que Dominique de Villepin "a fait état d'instructions" de Jacques Chirac mais que le nom de Nicolas Sarkozy n'a été évoqué que dans le cadre de la tension qui l'opposait à Jacques Chirac.
Qui a décidé de saisir le juge van Ruymbeke ?
Au cours de cette confrontation, les juges devraient également interroger les trois hommes sur la remise au juge Renaud van Ruymbeke des faux listings Clearstream au printemps 2004. M. Gergorin a reconnu avoir transmis de manière anonyme le fameux listing au magistrat, affirmant l'avoir fait à la demande de M. de Villepin.
Dans une note exhumée de son ordinateur, le général Rondot évoque quant à lui une conversation avec Jean-Louis Gergorin le 4 mai 2004: "J'ai appris que, après avoir selon lui reçu des instructions de Dominique de Villepin huit jours auparavant, il avait été décidé de 'parler au juge van Ruymbeke'", écrit-il. L'ancien Premier ministre nie pour sa part avoir demandé à Jean-Louis Gergorin de saisir le juge.
Acte ultime de l'instruction
Cette confrontation, "c'est l'acte d'instruction ultime", estime sous couvert d'anonymat l'avocat de l'un des protagonistes, qui doute cependant de son intérêt car "chacun va rester sur sa position". Pour le conseil d'un autre participant, "ce type de confrontation indispensable pour la procédure a surtout pour vocation de boucler le dossier".
Les juges d'Huy et Pons ont entamé les confrontations à la mi-novembre. Ils ont à nouveau convoqué Dominique de Villepin et le général Rondot pour une nouvelle confrontation mercredi. Selon plusieurs sources proches du dossier, les deux magistrats tentent de boucler leur enquête avant février, date du possible départ du juge Pons pour la Banque mondiale à Washington.
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