Le témoin traqué reçu au cabinet de Dati

Par , le 11 décembre 2007 à 15h31 , mis à jour le 11 décembre 2007 à 17h00

Amor Kaak, menacé de mort depuis qu'il a témoigné dans une affaire de règlement de comptes à Grenoble, a été reçu ce matin, avec son avocat, au ministère de la Justice.

place vendôme afp © INTERNE

"Même s'il faut rester prudent, nous avons l'impression que la Justice nous a enfin entendu", a déclaré en début d'après-midi à LCI.fr Dominique Chambon, l'avocat d'Amor Kaak. Il sortait tout juste du ministère de la Justice où il venait d'être reçu avec son client par plusieurs fonctionnaires du cabinet de Rachida Dati. La vie d'Amor, un tunisien de 37 ans, a basculé en 2003. Le jour où ce patron de snack a surpris une conversation entre des jeunes parlant de préparatifs d'expédition punitive contre un dénommé Lassad Lamiri. Apprenant peu de temps après la mort par balle de ce dernier à Fontaine, près de Grenoble, il accepte de témoigner à charge aux assises de l'Isère. Mais le 27 janvier 2007, faute de preuves formelles, les cinq jeunes sont acquittés. Un mois plus tard, l'un d'eux est abattu d'un coup de fusil.

Depuis, Amor Kaak, dit craindre lui aussi pour sa vie. Il y a deux mois, son avocat avait saisi la garde des Sceaux, Rachida Dati, d'une réclamation pour dommages et intérêts. Copie avait même été envoyée au Président de la République. Faute d'avancées dans ce dossier, le témoin et son avocat avaient décidé de forcer la porte en se rendant ce matin place Vendôme, avec l'espoir d'être reçu par la ministre de la Justice.

220 000 euros pour préjudice économique et moral

"On nous a confirmé qu'il y avait un vide juridique dans le droit français concernant les personnes comme mon client. Le service d'indemnisation des victimes a pris notre dossier et devrait se prononcer rapidement nous a-t-on dit", relate Maître Chambon. Pour son client il demande 220 000 euros pour préjudice économique et moral. "J'ai fait remarquer à quel point cette somme était raisonnable au regard des préjudices subis".
 
"Pour avoir accompli un geste citoyen, mon client se retrouve en danger de mort, expliquait lundi à LCI.fr maître Chambon. Il y a encore trois semaines, il y a eu d'autres morts à Grenoble dans des règlements de comptes similaires. D'après les gens qu'il connaît à Fontaine, il y a un contrat sur sa tête. Il ne peut pas rentrer chez lui, il vit comme un fugitif, il n'a plus d'argent, il s'est même retrouvé clochard. On lui a trouvé un toit provisoire dans un endroit tenu secret  mais sa vie est brisée depuis ce jour de 2003. Il n'est pas normal que la justice l'ait laissé tomber".

Alerter l'opinion sur une loi inefficace

 
A l'heure où les autorités lancent des appels à témoins à Villiers-le-Bel pour retrouver les délinquants qui ont tiré sur des policiers, maître Chambon veut alerter l'opinion sur la loi française qui ne permet pas de protéger et d'aider les témoins qui parlent pour effectuer leur devoir. "Si mon client est sorti de l'anonymat au cours de la procédure, c'est parce que le directeur de l'enquête criminelle le lui a demandé". Depuis, il en paie seul les conséquences.
 
"La loi Perben 2 a organisé un statut particulier de protection, incluant même un changement d'état civil, mais uniquement pour les repentis, confirme à LCI.fr Pierre-Marie Cuny, avocat général à la cour d'appel de l'Isère. Quand on est simple témoin, il n'existe actuellement aucune disposition pour assurer une protection spéciale. Le témoin ne peut faire l'objet que de mesures ponctuelles de protection policière". Concernant la garantie de l'anonymat que prévoit également la loi Perben 2, le magistrat reste prudent. "A partir du moment où l'on est le témoin proche d'une scène et que l'on dépose sous X, il y a toujours un risque d'identification, par déduction".
 
Procès en appel en janvier
 
Faute de réponse d'ici un mois et demi de la part des services de Rachida Dati, Maître Chambon saisira le tribunal administratif au motif de la "responsabilité sans faute de l'Etat". "Il y a une rupture de l'égalité des citoyens devant les charges publiques, explique l'avocat. Le principe de l'indemnisation doit dès lors être reconnu par cette juridiction". Le procès en appel des auteurs présumés du meurtre de Lassad Lamiri doit se dérouler en janvier prochain. Amor Kaak devra une nouvelle fois aller témoigner. Mais, cette fois-ci, avec la peur au ventre.

Par Alexandra Guillet le 11 décembre 2007 à 15:31
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3 Commentaires

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  • Yves, le 11/12/2007 à 17h42

    Il ne faut pas exagerer. Ce monsieur a fait son devoir et mérite certes une protection, quant à de l'argent ? Je n'en suis pas sûr...l'argent le protegerait il ? Si on rémunère ceux qui font des gestes citoyens, ces gestes ne sont plus citoyens ils ressortent du business

  • Plisson, le 11/12/2007 à 17h20

    Hélas la France devient comme l'Italie gangrénée par la mafia c'est comme la chanson de Guy Béart celui qui dit la vérité il doit etre éxécuté .

  • Sireled, le 11/12/2007 à 16h49

    En FRANCE tant que l' on ne fera pas comme aux U S A pour la protection des témoins il ne faut pas s étonner que personne veuille témoigner .beaucoup de témoins vivent dans la peur pour eux et leur famille d autres sont handicapés par représailles après leur témoignage.

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