© TF1-LCI"Un double ou une réincarnation mais pas moi". Badr ne se reconnaît décidément pas sur les photos de la vidéosurveillance. Cet homme de 46 ans, qui ne se départit jamais de ses lèvres pincées, nient les faits qui lui sont reprochés : des vols avec dégradation ou destruction. Celui d'un ordinateur au Crédit foncier de France; d'un autre à la SNCF, le tout en forçant des armoires dans la nuit du 29 au 30 octobre 2007, à Paris. Déjà condamné pour des faits similaires, il est en état de récidive. "Mais ce n'est pas vous sur ces photos ?" interroge le président les documents sous les yeux. "Mais non, ce n'est pas moi, s'énerve Badr derrière la vitre de son box. Y a une légère ressemblance mais ce n'est pas moi, je suis un bouc émissaire". "J'ai enlevé mes lunettes, et je vous reconnais toujours", insiste le magistrat. "Et moi, j'ai cru que c'était mon oncle Hervé", lance l'avocat de Badr, ironique à la cour.
Badr se défend corps et âme : "Cet individu me ressemble mais ce n'est pas moi. Faudrait regarder la photo avec un spectromètre." "Ah, vous, vous regardez les Experts", note le président. Badr : "Non, je suis électricien. Je ne connais pas ces endroits. Je n'ai jamais mis les pieds là-bas. Ni pour intervenir, ni pour y déposer un CV!" Le président poursuit son étude des clichés accusateurs : "Là, sous les yeux, j'ai une arrivée triomphale. Celle d'un homme qui a un peu la tête baissée, comme vous aujourd'hui, qui a les mêmes lunettes..." "Vous les voyez mes lunettes ?" le coupe énervé Badr. "Chut, chut", le calme un gendarme derrière lui. Imperturbable, le président poursuit : "Donc, ce n'est pas vous, c'est juste une extraordinaire ressemblance". Regard désabusé de Badr derrière ses verres à petite monture.
"Un crâne plus chauve que celui de mon client"
"Ce matin, vous aviez bien un manteau quand je vous ai vu", l'interroge le procureur. "Oui, une parka, je l'ai laissée, il fait très chaud ici", soupire Badr. "Et c'est sans aucun rapport avec sa ressemblance avec celle portée par l'homme sur la vidéosurveillance", questionne d'une fausse naïveté le parquetier. Badr hausse les épaules : "C'est pas exceptionnel, y en a des milliers..." Faisant fi de cette remarque, le procureur continue : "Vous connaissez sans doute la chanson de Barbara 'Si la photo est bonne'. Le prévenu dira ce qu'il veut, on a dans cette procédure, des clichés qui, quand on les compare à l'original, si je puis dire, ne laissent aucune place au doute". Il requiert une peine de deux ans de prison dont un avec sursis assortie d'une mise à l'épreuve, d'une obligation de soins et de l'indemnisations les deux sociétés.
"Dans cette affaire, on se fie à des photos d'une qualité exécrable. Sur ces clichés, on a un individu avec un crâne beaucoup plus chauve que celui de mon client, se lance l'avocat de Badr, très en verve. Ces photos, c'est Yann Arthus-Bertrand, c'est un dossier vu d'avion. On n'envoie pas quelqu'un en prison avec des photos prises à quatre mètres ! Ce n'est pas parce que quelqu'un a été condamné quatre fois qu'il doit être condamné cinq fois. On n'est pas en Russie". Il plaide la relaxe. Badr, lui, martèle une dernière fois un "je ne suis pas coupable, ce n'est pas moi". Il est condamné à deux ans de prison, dont un an de mise à l'épreuve, et placé sous mandat de dépot. Charge à lui également de verser des dommages à la SNCF, partie civile dans l'affaire.
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