Coup d'envoi d'un procès géant de blanchissement

le 04 février 2008 à 20h10 , mis à jour le 04 février 2008 à 23h11

Lundi s'est ouvert à Paris le procès Sentier II, qui vise un vaste réseau présumé de blanchiment d'argent entre France et Israël de 1996 à 2001.

procès justice tribunal © TF1-LCI

Le plus grand procès en correctionnelle jamais organisé à Paris s'est ouvert lundi à Paris. Dans le box des accusés, 142 prévenus, dont la Société Générale et son PDG Daniel Bouton. Déjà ébranlé par la perte de 6,9 milliards d'euros imputée à un trader et à la crise des  "subprimes", Daniel Bouton, poursuivi comme sa société pour "blanchiment aggravé" de capitaux, s'est fait discret au tribunal, évitant les caméras et se refusant à toute déclaration. Il ne sera interrogé que les 28 et 29 mai dans ce procès prévu pour durer jusqu'au 3 juillet, où il risque en théorie dix ans de prison ferme. Sa banque encourt des sanctions financières et des mesures telles qu'un placement sous surveillance judiciaire, des fermetures d'établissements, ou encore une exclusion des marchés publics.

Parmi les autres prévenus, des entrepreneurs du quartier parisien du Sentier, plusieurs rabbins en tenue traditionnellle, ainsi que 170 avocats de la défense, journalistes du monde entier, proches des prévenus et badauds. L'affaire vise un circuit de chèques entre la France et Israël qui aurait servi à blanchir des fonds détournés d'entreprises, le produit de fraudes fiscales ou de vols. Les prévenus auraient le plus souvent procédé à des transactions fictives entre sociétés du Sentier et sociétés-écran, permettant d'émettre des chèques, qui étaient encaissés en Israël dans des bureaux de change. Les banques israéliennes envoyaient ensuite les chèques français à leurs correspondants français pour compensation.

Des chèques à destination de M. Urssafian

L'argent revenait alors en espèces aux entrepreneurs émetteurs des chèques, avec commission aux intermédiaires. Auraient aussi été encaissés en Israël des chèques volés à des particuliers, à des administrations et des entreprises, avec une facilité de la législation locale permettant d'en changer le bénéficiaire par une mention manuscrite. Parfois, le destinataire changeait subtilement, comme les chèques à l'Ursaaf qui profitait à M. "Ursaafian".

Dans ce dossier ouvert en juillet 1998, sont jugées trois autres banques comme personnes morales, la Société Marseillaise de Crédit, la Banque Nationale du Pakistan et la Barclays, qui se voient imputer respectivement un blanchiment de 2,6 millions d'euros pour les deux premières, et 24 millions d'euros pour la dernière. Il est reproché aux banques d'avoir connu le mécanisme de blanchiment sans le dénoncer ou prendre aucune mesure. La Société Générale aurait ainsi attendu quatre ans, de 1998 à 2001. Or, une note envoyée au conseil d'administration de la banque en novembre 2000, saisie et versée au dossier, est intitulée "affaire du Sentier, risque de mise en examen de la Société Générale pour blanchiment". Daniel Bouton et la Société Générale nient tout délit. Ils expliquent qu'ils n'avaient pas connaissance du circuit frauduleux et que le contrôle des chèques était impossible.

(D'après agence)

le 04 février 2008 à 20:10
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