Délits financiers : Dati retiendra la "quasi-totalité" du rapport

Par A.Gu. (avec agences), le 20 février 2008 à 06h00 , mis à jour le 20 février 2008 à 17h20

Le groupe d'experts chargé de réfléchir à la dépénalisation du droit des affaires a remis aujourd'hui son rapport à la garde des Sceaux.

TF1/LCI BourseBourse © TF1/LCI

"La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme", déclarait Nicolas Sarkozy le 30 août dernier devant l'université d'été du Medef. Les conclusions du rapport du groupe de travail mis en place à l'automne pour plancher sur ce sujet très controversé ont été remises cet après-midi à la garde des Sceaux Rachida Dati. Abus de bien social, prescription, droit boursier et class action, voici les principales mesures du rapport :
  
Abus de bien social : La commission Coulon, du nom de son président, qui a réuni des magistrats, avocats, chefs d'entreprise et universitaires, ne préconise aucune "dépénalisation" des principaux délits financiers. L'abus de bien social (ABS), l'abus de confiance, le faux en écritures comptables, l'escroquerie font partie du "socle du droit pénal des affaires" qui "doit être maintenu en l'état", lit-on dans le rapport.
  
Prescription :
Le groupe de travail préconise une refonte globale des délais de prescription. La prescription, période au-delà de laquelle la poursuite d'une infraction devient impossible, passerait de trois à cinq ans pour les délits punis de moins de trois ans d'emprisonnement, de trois à sept ans pour ceux punis d'au moins trois ans comme l'ABS, et de dix à quinze ans pour les crimes. Parallèlement, le rapport propose que le délai de prescription parte du moment de la commission des faits, comme c'est déjà la règle générale, et non plus de la découverte du délit, comme cela est le cas aujourd'hui en matière d'ABS.
 
Fin de la double peine en matière de droit boursier :
le groupe de travail préconise la fin de la juxtaposition des enquêtes pénales avec les investigations administratives de l'Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme de la Bourse. Alerté "au plus vite" par l'AMF au sujet d'une transaction boursière suspecte, le parquet s'adjoindrait celle-ci comme service d'enquête. Si le parquet décide de ne pas poursuivre, c'est l'AMF qui reprend le dossier et le traite. Lorsqu'une affaire financière arrive au tribunal, le rapport propose d'adjoindre aux trois juges de première instance ou d'appel deux assesseurs extérieurs, spécialistes en droit boursier.
 
"Class action"
: Le groupe de travail propose en outre la mise en place d'une action collective limitée dans un premier temps au droit de la consommation et à des associations agréées. Ces "class actions" à la française seraient instruites par des juridictions spécialisées, comme peuvent l'être actuellement les dossiers financiers, sanitaires ou terroristes.

Rachida Dati assure dans Les Echos qu'elle retiendra la "quasi-totalité" du rapport, puisqu'il contient des solutions "innovantes et équilibrées". "Le droit pénal des affaires doit permettre de réprimer efficacement les  infractions les plus graves, mais il ne doit pas décourager les entrepreneurs",  estime la ministre dans Les Echos.

"Une justice en catimi" pour les cols blancs

Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) a dénoncé mercredi le rapport sur la dépénalisation du droit des affaires qui préconise selon lui "une justice en catimini" pour "la délinquance en col blanc". "En matière économique et financière, on propose une justice en catimini et sur le plan procédural, il s'agit d'éviter aux entreprises des procédures trop rigoureuses", a réagi auprès de l'AFP la présidente du SM, Emmanuelle Perreux. Le syndicat vise notamment la proposition de dépénaliser une quarantaine d'infractions jugées redondantes ou désuètes, qui seraient remplacées par de simples injonctions. Rachida Dati a annoncé qu'elle comptait retenir "la quasi-totalité" des  propositions. Le SM craint pour cette raison de voir "enterrer" un certain nombre de délits fondés sur la "dissimulation" ou la "tromperie". Il s'attend aussi à "un traitement clément des entreprises récidivistes, exactement l'inverse de ce qui est mené au niveau gouvernemental pour la délinquance de droit commun", a estimé Mme Perreux.

Le président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), Bruno Thouzellier, a participé aux travaux du groupe sans prendre part au vote des propositions. Il réfute lui aussi toute dépénalisation des délits les plus graves mais émet des "réserves" sur "l'absence d'étude d'impact" du rallongement  des délais de prescription qui va "alourdir" la charge de travail déjà lourde des magistrats.

Par A.Gu. (avec agences) le 20 février 2008 à 06:00
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10 Commentaires

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  • Cey, le 20/02/2008 à 21h02

    Je pense qu'une loi devrait être votée de suite, dans la précipitation, afin de permettre aux délinquants dits "en cols blancs" de "s'auto amnistier" immédiatement. Et puis ça serait bien de faire remonter la prescription à cinq ans en arriére.

  • Laura, le 20/02/2008 à 16h02

    Vive le MEDEF, vive l'UMP, vive Sarko !

  • Jean Bonnot, le 20/02/2008 à 15h02

    Quand les lobbies se seront manifestés, Rachida fera comme tout le monde, elle cachera le rapport au fond d'un tiroir.

  • PIERRE, le 20/02/2008 à 12h22

    Bonjour , Si jai bien compris les propos de notre élégante et admirable garde des sceaux : Pour qu'un chef d'entreprise ne soit pas découragé , il faut lui laisser implicitement la possibilité de " magouiller un peu" sans, surtout lui chercher des poux dans la tête ? C'est beaux, c'est grand , c'est généreux la nouvelle justice ! C'est bien ça , non ?

  • Pascal, le 20/02/2008 à 11h47

    Là on touche du doigt le dossier qui sera pour longtemps la HONTE du quinquennat de Sarkozy. Les Français n'auront plus à donner des leçons sur Berlusconi, sur la corruption dans les pays d'Afrique... Le retour des escrocs des années 80-90.

  • Sophie, le 20/02/2008 à 10h54

    Mais c'est la révolution que ce gouvernement recherche........

  • Recha, le 20/02/2008 à 10h15

    Cette bonne blague !!! Si c'est pas lamentable de voir ça, un plan pour les p'tits copains qui feraient des bétises! Et nous, pauvres mortels, on sera jeter dans les douves pour avoir voler un morceau de pain !!

  • Polo, le 20/02/2008 à 10h02

    La voie de son MAITRE elle reprendra la quasi totalité du rapport .... ha ....ha....ha...ha du moment que cela va dans le bon sens pour la délinquance en col blanc c'est sur il faut IMPERATIVEMENT et RAPIDEMENT L'APPLIQUER

  • Calimero, le 20/02/2008 à 09h08

    D'un côté la repression toujours plus grande pour le citoyen de base, le petit, et pour les gens qui ont du pouvoir et de l'argent, la dépenalisation ! Les Francais se reveilleront-ils un jour ?

  • Carisa, le 20/02/2008 à 08h55

    Quelle force de travail .

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