Karen Montet-Toutain, l'enseignante agressée en décembre 2005 au lycée Louis-Blériot d'Etampes © TF1/LCI![]() |
| Le récit de la première journée d'audience |
Lycée Louis-Bleriot, à Etampes, dans l'Essonne, le 16 décembre 2005. Kévani Wansale est élève en BEP-vente. Ce jour là, il se trouve au premier rang de la classe. Son professeur d'arts appliqués, Karen Montet-Toutain, lui demande de retirer son blouson et son bonnet. Le ton monte, l'élève lui reproche d'avoir dit "n'importe quoi" à sa mère sur son comportement, se lève et lui porte plusieurs coups de couteau, dont l'un la blesse très grièvement au ventre. Après son geste, l'élève prend la fuite en escaladant le mur d'enceinte du lycée, avant de se rendre en RER à Grigny, où il se débarrasse de son couteau en le jetant dans un lac. Après avoir passé la nuit chez un ami, il se rend finalement le lendemain vers au commissariat d'Etampes, où il aurait reconnu les faits. Le jeune homme de 20 ans comparaît à partir d'aujourd'hui devant les assises d'Evry.
Qualifiant les faits de tentative d'homicide volontaire avec préméditation, passibles de la réclusion criminelle à perpétuité, l'accusation s'appuie sur différents témoignages de camarades de l'accusé accréditant la thèse d'un geste préparé. Propos en partie contestés, sur lesquels il s'expliquera à l'audience, selon son avocat Me Damien Brossier.
Un "procès compliqué" pour "des faits simples"
Peu avant les faits, Kévani Wansale avait été exclu une semaine en raison d'une altercation avec un enseignant. Après avoir été convoquée la veille des faits par Mme Montet-Toutain, professeure principale, la mère du lycéen l'avait réprimandé, en lui indiquant qu'un conseil de discipline était envisagé, et qu'il risquait d'être exclu définitivement de son lycée professionnel. Il a expliqué s'être rendu au lycée avec un couteau dans l'intention de s'ouvrir les veines, avant de se raviser. Il avait affirmé avoir voulu impressionner son enseignante en sortant son arme, et que le premier coup était parti tout seul.
Sans casier judiciaire, Kévani Wansale a connu une enfance difficile, des changements de domicile fréquents. Il s'était jusque-là fait remarquer pour des problèmes de discipline, mais pas pour des faits de violences. Me Brossier prédit un "procès compliqué" pour des "faits simples", insistant sur la dimension psychologique et la part d'irrationnel de cet acte, commis devant de nombreux témoins.
L'Education nationale, grande absente du procès
Le conseil de l'enseignante, Me Koffi Senah, déplore quant à lui l'absence de l'Education nationale au procès, que sa cliente avait mise en cause, et le fait qu'un rapport de l'Inspection générale, qui concluait à l'absence de faute de la part de la hiérarchie, n'ait pas été versé au dossier. "Il y a un pan des débats qui sera altéré", juge-t-il. "Elle se sentait en difficulté, il y avait des menaces. Les appels au secours n'ont jamais reçu de réponse", selon lui. Dans un courrier électronique adressé à l'inspection académique 10 jours avant les faits, Mme Montet-Toutain écrivait notamment qu'elle ne se sentait plus en sécurité.
Actuellement en arrêt maladie pour six mois, elle est toujours titulaire et a formulé le voeu de reprendre l'enseignement, mais sa hiérarchie n'a pas donné suite, selon Me Senah. Après son agression, une incapacité totale de travail (ITT) de quatre mois lui avait été délivrée. Une expertise psychiatrique fait état d'une "réaction névrotique anxio-dépressive majeure".
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