Image d'archives © TF1Son épi l'a trahi. Maladroit, pas très assuré. Un coup sur la chaussée, un autre sur la route. La laborieuse manœuvre a intrigué les gendarmes. Ce 7 février à une heure du matin, Gilles, un électricien de 33 ans est interpellé au volant de sa Peugeot 106 sur un parking de Saint-Baldoph, une commune située à 7 kilomètres de Chambéry. Gilles titube. Gilles a du mal à parler. Dans son sang, 0,95 grammes d'alcool. Il est en état de récidive, sous le coup d'une suspension de permis.
Aux forces de l'ordre, Gilles explique qu'il vient de rentrer de Chambéry où il a passé la soirée avec des amis dans les bars de la ville. Sa voiture, "non", "non", il ne l'avait pas prise. La journée, il l'avait prêtée à un ami. Et puis, en arrivant près de chez lui, il l'a vue, garée sur le parking. Alors, Gilles a simplement voulu la déplacer devant son domicile, "juste à 50 mètres". "Durant ces explications, vous êtes resté dans un flou artistique complet", relève la présidente. Dans son box, Gilles a le regard d'un petit garçon en train de se faire gronder. Il adresse un sourire gêné à ses deux sœurs et son beau-frère, le seul public présent.
"Je me sens un peu mal"
Le nez penché sur le dossier du prévenu, la présidente tente de comprendre. "Mais vous êtes rentré comment de Chambéry ?". Gilles lève la tête et répond, presque fièrement : "J'ai marché, ça fait 55 minutes". Vêtu d'un anorak, il fait de grands gestes pour expliquer au tribunal l'itinéraire qu'il a emprunté. Rue, rond-point, église. "Ok, ok", répond la présidente à celui qui s'improvise guide de la capitale de la Savoie. Ce qui intéresse la magistrate c'est de comprendre pourquoi Gilles a décidé de déplacer sa voiture sachant qu'il n'a plus le permis. Et ce en pleine nuit. Comme une évidence, il répond : "Mais parce que je ne voulais pas qu'on me la vandalise plus que ça !" "Mais vous vous trimballez toujours avec vos clefs ?", s'interroge la présidente. Gilles : "Oui, je ne les ai pas enlevées de mon porte-clef." La magistrate poursuit ses interrogations. "Mais c'est qui ce copain à qui vous avez prêté votre voiture. Lui : "Un ami d'ami, je connais que son surnom..." Elle : "Alors, vous vous prêtez votre véhicule auquel vous tenez apparemment à un inconnu..." Gilles baisse les yeux sous le regard aimant de ses deux sœurs.
Leur frère a un problème avec l'alcool. Son casier judiciaire en témoigne. Gilles le reconnaît. "Ah ben oui, je le suis alcoolique. De toute façon, les faits sont là. Ça se voit", dit-il. Il explique qu'en buvant il essaye d'oublier ses soucis. Dernièrement, il a été licencié de son boulot d'électricien, difficile à exercer sans permis. "Vous avez des problèmes en particulier", s'enquiert la présidente ?" Silence. Gilles fixe ses pieds. "A part ma vie sentimentale ? Euh, je me sens un peu mal". Sa voix tremble, ses yeux s'embuent. Ses sœurs reniflent. Gilles a commencé un suivi, deux séances avec un organisme conseillé par le tribunal de Chambéry lors d'une de ses précédentes comparutions. "C'est pas normal d'être comme ça", explique un Gilles visiblement en souffrance.
"On a des hommes qui ont une histoire, faut pas l'oublier"
"J'observe qu'en dépit du fait qu'il dit avoir conscience de sa situation, il ne peut s'empêcher de prendre sa voiture, intervient le ministère public. En France, ce genre de comportement est à l'origine d'un nombre d'accidents non négligeable". S'adressant aux magistrats, elle poursuit : "Mon hypothèse, c'est qu'il a pris son véhicule pour aller boire à Chambéry, dans son audition, il a reconnu avoir traversé une intersection. C'est dangereux. A mon sens, il minimise beaucoup les choses. Il ne suffit pas de reconnaître qu'on a un problème d'alcool." Et la procureure de requérir trois mois ferme.
"Reconnaître, c'est déjà énorme, intervient l'avocate de Gilles. En général, les gens se présentent devant ce tribunal en niant. Là, mon client a conscience de la gravité de son cas et il veut s'en sortir." La défenseure poursuit son vibrant plaidoyer : "Il faut lui donner cette ultime chance. On a en face de nous des hommes qui ont une histoire. Il ne faut pas l'oublier". Gilles se frotte les yeux, ses lèvres tremblent. Ses sœurs se mouchent. L'avocate continue : "En prison, Gilles risque de tout perdre. Aujourd'hui, il a besoin d'être épaulé." Gilles est déclaré coupable et condamné à un mois de prison. La présidente insiste sur l'importance de son suivi à sa sortie. Un gendarme lui repasse les menottes. L'un de ses sœurs se lève : "Gilles, mon frère, je t'aime. On va te sortir de là, je te le jure". L'air dépité, Gilles sourit à sa famille et quitte le tribunal.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




