Procès des jihadistes français en Irak

Par A.Gu. (avec agence), le 19 mars 2008 à 06h00 , mis à jour le 19 mars 2008 à 19h42

Le tribunal correctionnel de Paris juge depuis mercredi sept jeunes accusés d'avoir formé à partir de 2004 une filière de recrutement et d'envoi de jihadistes en Irak.

palais justice droit tribunal © TF1-LCI

Tout commence fin 2003/début 2004, par la révélation des abus commis par l'armée américaine en Irak, notamment dans la prison d'Abou Ghraib. C'est alors qu'une dizaine de jeunes musulmans parisiens en colère contre les agissements américains se fédère autour de Farid Benyettou, 23 ans à l'époque, qui fréquente une mosquée du XIXe arrondissement de Paris. Lecteur du Coran, doté d'un charisme certain à défaut d'une véritable légitimité religieuse, il regroupe autour de lui ses amis, qu'il connaît souvent depuis l'enfance, et leur fait partager sa révolte. Dans des salles discrètes ou des appartements, ils lisent de la propagande jihadiste sur internet, adoptent la tenue et les moeurs rigoristes des salafistes et se persuadent de la nécessité de partir mener le jihad anti-américain en Irak.
  
En février 2004, ils se font repérer par la police en organisant une prière collective dans la rue, lors de manifestations contre l'interdiction du voile islamique à l'école. Les enquêteurs ne les lâcheront plus. En septembre 2004, le corps de Redouane El-Hakim, jeune Français originaire du même quartier, est identifié à Falloujah, au nord de Bagdad, où il a péri deux mois plus tôt dans des bombardements américains. Si la plupart des départs vers Damas, officiellement pour suivre des cours d'arabe, sont repérés par les services français, certains passent au travers des mailles du filet et parviennent en Syrie, puis en Irak où ils sont intégrés aux bataillons étrangers de résistance anti-américaine. Deux autres Français perdront ainsi la vie.

Les 7 prévenus risquent jusqu'à dix ans de prison
 
L'un des sept jeunes mis en examen, Boubaker El-Hakim, frère de Redouane, est arrêté par la police syrienne à son retour d'Irak, et expulsé vers la France. Fin janvier 2005, les services antiterroristes estiment avoir accumulé contre eux assez de charges et passent à l'action. Ils interpellent le même jour Thamer Bouchnak et Cherif Kouachi, 22 et 23 ans, juste avant leur départ pour la Syrie, et celui considéré comme la figure centrale du groupe, Farid Benyettou. Nacer Eddine Mettai, un Algérien de 37 ans, est accusé d'avoir fourni de faux papiers aux volontaires. Saïd Abdellah, 39 ans, est soupçonné d'avoir apporté une aide logistique au groupe. En juin 2006, Damas expulse vers la France le septième mis en cause, Mohamed Elayouni, 25 ans aujourd'hui. Ce Français d'origine tunisienne a perdu un oeil et un avant-bras en novembre 2004 lors des terribles combats de Falloujah. Passé en Syrie après ses blessures, il est repéré par la police et rapidement emprisonné.
  
Poursuivis pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", les sept prévenus risquent jusqu'à dix ans de prison. Un autre Français soupçonné d'avoir suivi la même filière, Peter Cherif, 26  ans, qui se cachait en Syrie après s'y être évadé de prison en mars 2007, est rentré en France le mois dernier. Il a été arrêté à sa descente d'avion. Mis en examen pour le même chef, il sera jugé ultérieurement.

Par A.Gu. (avec agence) le 19 mars 2008 à 06:00
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