Catastrophe aérienne du Mont Sainte-Odile : la carcasse de l'A320 qui reliait Lyon à StrasbourgRelaxés. La cour d'appel de Colmar a décidé vendredi de ne retenir aucune sanction contre les six prévenus qui avaient comparu devant elle pour leur responsabilité présumée dans la catastrophe aérienne du Mont Sainte-Odile, qui a fait 87 morts et neuf blessés il y a seize ans en Alsace. Bernard Ziegler, ex-directeur technique d'Airbus et "architecte" de l'A320, poursuivi notamment pour l'ergonomie du cockpit, "n'a pas commis de faute civile", a par ailleurs jugé la cour d'appel dans son arrêt. "On s'est battus quinze ans pour ça, je ne peux qu'être satisfait. Il n'y a pas de machine parfaite. Mais cet avion était excellent", a déclaré à l'issue du prononcé un Bernard Ziegler très ému.
Colère des victimes
Les rescapés et proches des victimes, qui avaient réclamé pendant le procès en appel une nouvelle appréciation des dommages en produisant de nouvelles expertises, ont été déboutés de toutes leurs demandes.
Plus douloureux encore : alors que l'association des victimes Echo s'était vu reconnaître 500.000 euros en première instance au titre des frais d'avocats et de procédure, la cour a débouté vendredi l'association et les parties civiles de ce remboursement. Elle a en effet estimé que, s'étant pourvus dans le cadre d'une procédure pénale, ils ne pouvaient se fonder sur un article du code de procédure civile pour demander le remboursement des frais d'avocat.
A l'issue de l'audience, le président d'Echo, Alvaro Rendon, a laissé libre cours à sa colère. "Nous avions confiance dans la justice de notre pays. Et on nous refuse même les frais d'avocat", a-t-il explosé, les larmes aux yeux, devant la forêt des micros des médias. "C'est une honte, un scandale. C'est ça la justice de la France. C'est ça les paroles de notre Garde des Sceaux qui dit que les victimes seront entendues", a-t-il ajouté, en précisant qu'Echo allait se pourvoir devant la Cour de cassation.
Le pot de terre contre le pot de fer
"C'est le pot de terre contre le pot de fer", a commenté la soeur du pilote, Nicole Hecquet. "M. Ziegler m'a dit personnellement que mon frère s'était suicidé. Et c'est ça qui est reconnu", a-t-elle déploré. En réalité, la cour a simplement estimé qu'en dépit d'une "probabilité même forte", la thèse d'une descente involontaire des pilotes, imputable à un défaut d'ergonomie du cockpit, ne constituait pas une "preuve absolument certaine". Airbus avait au contraire défendu la thèse d'une descente volontaire, estimant que les pilotes morts dans l'accident avaient "grillé un feu rouge".
Comme en première instance, la cour n'a pas du tout suivi le parquet général qui avait une nouvelle fois réclamé des condamnations pénales. En novembre 2007, à l'issue de sept semaines de procès, le parquet avait requis des peines de 18 mois de prison avec sursis à l'encontre de Pierre-Henri Gourgeon, ex-directeur général de la DGAC et Claude Frantzen, ancien chef du contrôle technique de l'aviation civile, 12 mois contre l'ancien directeur d'exploitation d'Air Inter Jacques Rantet, et 9 mois à l'encontre du contrôleur aérien Eric Lammari.
L'Airbus A320 d'Air Inter, une ancienne filiale d'Air France, s'était écrasé de nuit, le 20 janvier 1992, sur une crête des Vosges située à 800 mètres d'altitude, près du Mont Sainte-Odile, alors qu'il s'apprêtait à atterrir sur l'aéroport de Strasbourg. L'enquête a permis d'établir que l'avion avait dévié de son axe et que les deux pilotes, morts dans l'accident, avaient enclenché un taux de descente quatre fois trop rapide.
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