"Tais-toi sinon je te tue"

Par Alexandra GUILLET (avec agences), le 31 mars 2008 à 15h12 , mis à jour le 31 mars 2008 à 19h08

Marie, la dernière victime de Michel Fourniret, est venue témoigner lundi devant la cour d'assises des Ardennes. Le tueur en série présumé est resté impassible.

Michel FourniretMichel Fourniret (image d'archive) © TF1-LCI

"Je m'imaginais dans un film" : Marie*, la dernière victime de Michel Fourniret est venue témoigner lundi matin devant la cour d'assises des Ardennes. Elle a raconté par le menu sa terrible rencontre avec le tueur en série présumé. C'était le 26 juin 2003. Elle a 13 ans. Alors qu'elle part à pied faire une course à Ciney, en Belgique, Marie est abordée par l'accusé, au volant d'une Citroën C25, qui lui demande son itinéraire. Face à son insistance, l'adolescente monte à bord mais se retrouve rapidement à l'arrière, les pieds et mains liés.

Pendant qu'elle raconte sa mésaventure à la barre, la  jeune Belge d'origine burundaise, aujourd'hui âgé de 17 ans, est dos au public et aux journalistes, à qui la cour a finalement permis d'assister à la déposition dans la salle d'audience. Elle raconte qu'à bord de la camionnette, elle a résisté à son agresseur en criant et en priant à haute voix. "Il m'a dit 'tais-toi sinon je te tue' (...) tu dois me donner du plaisir,  si tu ne me donnes pas du plaisir tu ne rentreras pas", poursuit la jeune fille  d'une voix posée, précisant avoir subi des attouchements à la poitrine.
  
La jeune fille réussit à se défaire de ses liens et un bouton permettant d'ouvrir de l'intérieur la portière coulissante du C25 sera providentiel. "J'ai ouvert, je me demandais 'est ce que je saute ? Non ça va faire mal', et à peine je me suis dit cela il s'est arrêté à un stop". En remontant la route en courant en sens inverse, Marie est prise en charge par une automobiliste. Elles croisent le C25 qui a fait demi-tour. Marie  reconnaît son agresseur et l'automobiliste Stéphanie Janton, qui a également  témoigné à la barre, relève l'immatriculation, ce qui permettra l'arrestation.

Fourniret impassible

Pendant ce récit, Michel Fourniret est resté impassible dans le box. Il avait évoqué quelques minutes auparavant son intention de remettre un document avec un dessin à la jeune fille, maintenant son souhait de ne pas s'exprimer oralement sur les faits "Ce week-end la réflexion que j'ai menée m'a amené à confirmer ma position",  à savoir le souhait de garder le silence faute de huis clos, a-t-il déclaré en début d'audience, alors que le président Gilles Latapie lui demandait de s'exprimer sur ces faits précis. "Dans le cas d'un procès public, je ne parlerai que du bout des lèvres, il y  a donc quantité d'informations que les familles seraient assurées de ne jamais avoir", a-t-il ajouté.
  
Gilles Latapie tente à nouveau : "Vous n'avez donc rien à dire sur ces faits  du 26 juin 2003 ?".
"Je brûle d'envie de les commenter mais je ne le peux pas", rétorque  Fourniret qui comparaît au côté de sa femme Monique Olivier, 59 ans. A la suite du président plusieurs avocats des parties civiles se sont  relayés pour essayer de le convaincre de revenir sur son voeu de mutisme. "On peut imaginer que vous n'ayez pas envie d'exposer votre vie sexuelle devant tout le monde, mais aujourd'hui c'est votre procès (...), le train ne  passera pas deux fois", a lancé Gérard Chemla, avocat de plusieurs familles. Lundi, Michel Fourniret a accepté de venir au tribunal et n'y a pas été conduit sous la contrainte comme vendredi.

Le travail du policier Fagnard

Jacques Fagnard, le policier belge qui a confondu en 2004 le couple Fourniret et mis au jour les meurtres dont il répond aujourd'hui en France, a raconté lundi à la cour d'assises son enquête et les comptes criminels que les enquêteurs continuent d'égréner. Un an d'enquête parsemé d'auditions sous hypnose, d'espionnage des parloirs de la prison, de déplacements jusqu'en Pologne, des centaines d'auditions et de recherches tous azimuts furent nécessaires pour arriver au jour du 30 juin 2004 où Michel Fourniret a reconnu être un assassin, a-t-il dit. "Il a lâché les noms comme on lit une sentence : 'Isabelle à Auxerre, violée et étranglée, xx, pas violée, étranglée,...", s'est souvenu ce commissaire de 53 ans à la haute stature et aux épaisses moustaches blanches.

Fourniret reconnaît aujourd'hui sept crimes mais de nombreux autres pourraient lui être imputés, estime le policier. Les époux Fourniret étaient d'abord muets. "On avait en face de nous deux murs, aux façades différentes". Monique Olivier est "tremblante, parle avec la main devant la bouche". Michel Fourniret demeure les yeux fermés plusieurs minutes avant de répondre aux questions, pesant chaque mot. Dès son arrestation en juin 2003, le policier sait pourtant être en présence d'un criminel hors-norme. Ont été découverts à son domicile deux revolvers 357 magnum volés dans un commissariat, un engin explosif artisanal, 197 pièces d'or. Dans la camionnette, ont été trouvés des traces de sang, une jupe d'enfant, des ampoules d'éther et des liens.

Monique Olivier est entendue sous hypnose, en vain, tandis que les enquêteurs explorent chaque objet saisi, épluchent les comptes bancaires, les relevés téléphoniques, les ordinateurs, entendent tous les témoins en Belgique et à l'étranger. En mars 2004, des entretiens du couple en détention sont enregistrés en prison. "C'était une autre Monique Olivier" Ils élaboraient des stratégies de défense". Le 22 juin 2004, Monique Olivier se livre enfin au policier : "ce que je vais vous dire ne s'invente pas...".

*Le prénom a été modifié

Par Alexandra GUILLET (avec agences) le 31 mars 2008 à 15:12
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