Jérôme KervielC'est un nouveau rebondissement dans un dossier rocambolesque. Trois mois après l'annonce par la Société générale des 4,9 milliards d'euros de pertes provoquées par les opérations cachées d'un de ses jeunes traders, Jérôme Kerviel, de nouvelles pièces versées au dossier révèlent que le jeune homme avait engagé plus de 11 milliards d'euros en deux jours ! Selon l'avocat de la banque, maître Jean Veil, il a acheté des "futures", contrats à terme sur des indices boursiers européens, pour 8,15 milliards d'euros le 17 janvier et d'autres pour 3,09 milliards d'euros le lendemain. Le 18, ses positions ont été découvertes. Convoqué le samedi 19 par la direction, il a été mis à pied. L'affaire a été rendu publique le 23 janvier.
Cet élément de la procédure, révélé par le journal Le Monde dans son édition de samedi, est interprété de manière divergente par les deux parties. "Cela montre soit que Jérôme Kerviel était fou, soit qu'il voulait détruire la banque", a déclaré à Reuters Jean Veil. Pour lui, l'analyse de la psychologie du trader est fondamentale dans l'enquête judiciaire. Selon Christophe Reille, consultant en communication qui sert de porte-parole à Jérôme Kerviel, cet élément "n'apporte rien de nouveau". Le fait que le trader ait pris en deux semaines des positions d'un total de 50 milliards d'euros était connu et reconnu par lui, a-t-il expliqué à Reuters. Jérôme Kerviel admet que la limite théorique des engagements était de 125 millions d'euros, tout en expliquant que les franchissements étaient monnaie courante et tolérés.
Christophe Reille estime que les dernières manoeuvres du trader des 17 et 18 janvier ont été mises en exergue par la banque pour faire oublier les dépositions à charge de deux employés allemands du "gendarme" financier du marché des produits dérives Eurex, filiale des bourses allemande et suisse où Jérôme Kerviel avait pris des positions massives, mettent en cause la SocGen. Les témoins ont dit avoir alerté par écrit en vain la banque française sur les engagements à risque de son trader et avoir reçu des réponses volontairement trompeuses de la SocGen.
Libéré le 18 mars de prison après 38 jours de détention, Jérôme Kerviel est le seul mis en examen de cette affaire pour "faux, abus de confiance" et intrusion informatique. Il est employé depuis le début du mois comme consultant auprès de LCA, une société de conseil et d'expertise en informatique basée à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), contrôlée par Jean-Raymond Lemaire, expert judiciaire qui a soutenu le trader à titre personnel.
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