© AFP/Bertrand GUAYMercredi, Mme Debaine, 62 ans, a été acquittée par la cour d'assises du Val d'Oise. Cette mère avait reconnu avoir donné plusieurs cachets d'anxiolytiques à sa fille de 26 ans, gravement handicapée, avant de la plonger dans une baignoire pour la noyer, le 14 mai 2005 à Groslay.
| "Que vaut-il mieux : la culpabilité et le pardon, ou bien l'innocence ? |
| Dominique Coujard |
LCI.fr : Que pensez-vous de l'acquittement de Mme Debaine ?
Dominique Coujard, président de cour d'assises à Paris : Ce genre de décision est inquiétant. C'est pourquoi il faut lui donner le caractère de "décision d'espèce". Je n'y étais pas, mais on devine assez facilement ce qui a du se passer devant la cour d'assises du Val d'Oise. D'un côté nous avons un ministère public qui a demandé une déclaration de culpabilité parce qu'un homicide est un acte anormal, mais qui en même temps a requis une peine symbolique (ndlr : trois ans de prison avec sursis) pour ne pas punir cet acte. C'est la position habituelle dans ce genre d'affaire : la culpabilité et le pardon. Et puis de l'autre côté, nous avons la Défense qui a déclaré que la mère qui a tué sa fille n'était pas coupable et a plaidé l'acquittement. Le jury a du être très ému et, entre culpabilité et innocence, il a choisi l'innocence.
LCI.fr : Vous trouvez cela choquant ?
Dominique Coujard : Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne décision, mais on ne fait pas de droit aux assises, on décide ce que l'on veut. Le jury est souverain et à partir de là il n'y a rien à dire. Cependant, dans cette situation, je me demande ce qu'il vaut mieux : la culpabilité et le pardon ou bien l'innocence ? Dans une interview, Lydie Debaine a déclaré après le verdict qu'elle ne regrettait rien et en même temps que sa fille lui manquait. Je ne suis pas certain que l'acquittement n'ouvre pas encore plus grand le vide qu'elle découvre sous ses pieds. Pardonner un acte, c'est intégrer son auteur dans la société, alors que le déclarer innocent c'est dire que l'acte n'a pas eu lieu, qu'il n'existe pas. Cette dimension là n'a pas été prise en compte par le jury. Et, psychologiquement, je pense que ce sera plus dur pour cette mère.
| "Ne jamais autoriser a priori le meurtre, mais le pardonner quand il est justifié" |
| Dominique Coujard |
Dominique Coujard : Il y a deux choses qui l'expliquent. Avant la réforme du code pénal de 1994, le sursis n'existait pas aux assises. Il fallait condamner à de la prison ferme ou acquitter. Depuis 1994, le minimum de la peine c'est deux ans avec sursis pour un assassinat. Donc on n'est plus obligé d'acquitter en cas de circonstances atténuantes. Il suffit de dire "coupable" et de prononcer une peine de sursis symbolique. C'est pour cela qu'il n'y a plus eu d'acquittement depuis cette date.
Deuxièmement, le débat actuel sur la fin de vie a inévitablement joué. Je suis convaincu qu'avec un peu plus de réflexion, les gens comprendraient assez vite qu'il ne faut pas faire une loi sur l'euthanasie. Vous imaginez les débordements que cela pourrait avoir? Des gens qui avec toute leur bonne volonté vont se mettre à user de la piqûre pour une grand-mère dont on attend l'héritage, etc etc... en disant "mais elle était malade!". Il ne faut jamais autoriser a priori le meurtre, mais il faut le pardonner quand il est justifié.
LCI.fr : Pensez-vous que le parquet doive faire appel de ce verdict ?
Dominique Coujard : Je pense que c'est une décision d'espèce qui est un peu aberrante. Il est à souhaiter qu'elle ne se répande pas. Faire appel n'est donc pas forcément utile. Ce serait lui donner une dimension qu'elle n'a pas.
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