Le tireur était un "indic"

Par , le 24 avril 2008 à 11h03 , mis à jour le 24 avril 2008 à 17h49

L'homme soupçonné d'avoir blessé par balles en 2007 l'avocat du grand banditisme Karim Achoui était à l'époque des faits un indicateur de la police. Il a été évincé ensuite par celle-ci en raison de sa dangerosité.

Karim Achoui, l'avocat des grands banditsKarim Achoui, l'avocat des grands bandits

Le 22 juin 2007, Karim Achoui quitte son cabinet boulevard Raspail (VIIe) pour gagner sa voiture lorsque le passager d'un scooter ouvre le feu à trois reprises. Cet avocat, qui a défendu notamment les frères Hornec considérés par la police comme des parrains du milieu parisien et le braqueur multirécidiviste Antonio Ferrara, est grièvement blessé. Le tireur présumé, Ruddy Terranova, 30 ans, et trois autres hommes,  soupçonnés d'être impliqués dans l'agression, ont été mis en examen vendredi par le juge Jean-Louis Périès pour "tentative d'assassinat en bande organisée" et écroués.
  
Selon une source proche du dossier, un rapport du SRPJ de Versailles joint au dossier d'instruction indique que M. Terranova était inscrit entre novembre 2006 et le 20 octobre 2007 au bureau central des sources du SIAT (Service interministériel d'assistance technique). Créé par décret en 2004, le SIAT est chargé de la formation des agents infiltrés, de l'assistance technique aux opérations d'infiltrations dans les réseaux du crime organisé. Leurs indics doivent être inscrits sur une liste auprès du chef de service qui les utilise.

Indic ou agent infiltré ?

A la suite de problèmes liés à son comportement et à des incidents répétés, précise le rapport, M Terranova a été radié des listes en novembre 2007 et fiché sur la liste noire d'Europol (Office européen de police). "Quel était le vrai rôle de M. Terranova : indic ou un agent infiltré?",  demande l'avocat de Me Achoui, Me Francis Szpiner. Interrogé par l'AFP, Me Szpiner a invité le ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, à saisir l'inspection générale des services (IGS, la police des  polices) de cette question et à accorder une protection policière à son client.
  
Me Achoui a expliqué pour sa part mercredi qu'il "se posait des questions sur le véritable mobile de M. Terranova". Début juillet 2007, l'avocat avait expliqué dans Le Monde qu'il soupçonnait la police judiciaire parisienne d'être impliquée dans son agression. "Pour certains flics, en particulier une frange de la brigade de répression  du banditisme (BRB), j'étais l'homme à abattre. C'est facile, pour eux, d'instrumentaliser des jeunes qui défilent dans leurs locaux ou de demander un  service à un indic", avait-il déclaré alors. La direction de la PJ avait aussitôt démenti et l'Intérieur menacé de le poursuivre en diffamation.
  
Ancien légionnaire, Ruddy Terranova, a été condamné en 2005 à trois ans de  prison pour avoir roué de coups en 2002 le président du Conseil des démocrates  musulmans (CDMF) à la sortie d'une mosquée. Selon une source proche du dossier, cet homme de main, qui a côtoyé le milieu islamiste, rêvait d'être admis dans celui du grand banditisme. Lors de sa mise en examen, il a contesté, devant le juge, les faits qui lui sont reprochés. En l'état de l'enquête, le mobile et les éventuels commanditaires de cette tentative d'assassinat restent inconnus.

Par Alexandra Guillet le 24 avril 2008 à 11:03
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1 Commentaires

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  • Jean Bonnot, le 24/04/2008 à 14h56

    "Le tireur était un "indic". Puisque le journaliste l'affirme avec le plus grand aplomb, il faut que la justice soit exemplaire. Nul ne comprendrait qu'elle fasse preuve de magnanimité envers un "tueur". On attend la condamnation avec impatience !

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