Le contrat de défense

Par Hélène LECOMTE, le 17 mai 2008 à 06h49 , mis à jour le 17 mai 2008 à 06h59

Sur place - Tant que Michel Fourniret parlait, les parties civiles espéraient encore en savoir un peu plus sur le rôle de Monique Olivier. Il l'a bien évoqué en réponse à certaines questions. Mais s'il secoue sa femme avec quelques coups de gueule, il ne l'enfonce finalement pas tant que ça.

Monique Olivier Ardennes Assises Fourniret Monique Olivier, l'épouse de Michel Fourniret, le premier jour du procès devant les assises des Ardennes © TF1/LCI

Toute l'actu du procès Fourniret

Il ne s'agit bien sûr pas d'une certitude, mais d'une hypothèse à laquelle, au fil des audiences, les deux accusés donnent de l'épaisseur : celle de la conclusion entre eux d'un traité de non-agression.

Officiellement, rien ne va plus dans le couple. Michel Fourniret n'a pas contre Monique Olivier une dent, mais, dit-il, "une molaire". Elle, elle ne supporterait plus sa proximité. Monique Olivier aurait même voulu assister aux audiences dans un box séparé. Dès le début de ce procès d'ailleurs, ils affichent leurs différences : Monique Olivier promet qu'elle va tout dire, répondre à chaque question. Lui, 24 audiences durant en tout cas, et à nouveau désormais, se tait.

Mais quand elle parle, elle n'ajoute rien à ses aveux de 2004. Sans douleur donc pour Michel Fourniret. Quant à lui, son silence, bien sûr, sert Monique Olivier puisqu'il ne permet pas d'éclairer son rôle. A tel point que très vite certains s'interrogent : et s'il ne s'agissait que d'une stratégie commune ? Et si au présumé pacte criminel conclu en 1987 s'était substitué un autre accord pour les besoins du procès : pas d'entente cordiale mais un contrat de défense très scénarisé dans lequel chacun tiendrait à merveille son rôle.

"Vous vous protégez gentiment"

Quand Michel Fourniret se met à parler par exemple. Symboliquement, il cogne sur sa femme. Scène de ménage dans le box : il l'insulte, l'humilie ... mais quoi d'autre ? Sur le fond, les faits, la participation de Monique Olivier, il ne dit pas grand-chose.  A peine fait-il mine de la charger, qu'elle dément. Et quand c'est elle qui accuse, il réfute. La cour dispose donc systématiquement de deux versions qui finissent pas se neutraliser l'une l'autre. Maître Didier Seban, l'avocat de la famille de Jeanne-Marie Desramault, la troisième victime du couple, résume : "Vous vous protégez gentiment".

Parfois même ils se disculpent l'un après l'autre. Prenons le cas Jeanne-Marie, justement. Monique Olivier accusait son mari de s'être livré sur elle à des attouchements post-mortem. Tout bien réfléchi, elle ne sait plus très bien : "J'ai interprété ces gestes comme tels". Ce dossier est le seul dans lequel elle n'est pas complice mais co-auteur. Et comme par hasard, quelques minutes plus tôt, Michel Fourniret explique : "Jeanne-Marie est morte de mes mains par étranglement, de la part de Monique il n'y a eu aucune action".

Et chacun reste à sa place : lui le dominant qui ne veut pas se faire voler son crime, elle la dominée, cette image qu'elle espère toujours donner à la cour pour atténuer la peine à venir. Quand il parle de ses crimes, Michel Fourniret aime les raconter comme des "films". Ce procès a peut-être été l'occasion pour lui d'écrire un dernier scénario, celui de la défense des Fourniret, sans changer la distribution :
          Acteur principal : Michel Fourniret
          Figurante indispensable : Monique Olivier.

Par Hélène LECOMTE le 17 mai 2008 à 06:49
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