Dahina, rescapée de Michel Fourniret, témoignera à son procès © TF1/LCI![]() |
| Cliquez ici |
De toutes les questions que Dahina Sy-Le Guennan a pu se poser, une en particulier reste sans réponse et la taraude encore plus de vingt après : comment Michel Fourniret a-t-il réussi à passer entre les mailles du filet judiciaire? Elle a 14 ans quand en septembre 1982, sa route croise celle de son agresseur. Dahina se souvient qu'elle ne voulait pas porter plainte, elle cède à l'insistance de sa mère.
"Supprimer les défaillances"
En 1987, avec deux autres jeunes femmes, elle retrouve Michel Fourniret à Evry. Cette fois, il est dans le box et arrive à attendrir les jurés. Dahina lui rappelle ses promesses d'alors : son soi-disant désir forcené de se faire soigner, de redevenir un bon chef de famille. Le prédateur avait aussi écrit pendant l'instruction au procureur d'Evry pour lui expliquer qu'il était inoffensif. En 1984, il parlait même de courir chez un psychiatre pour "supprimer à jamais certaines défaillances".
Et cela marche. Même les experts sont bernés. Dans leurs conclusions, ils estiment qu'il n'est pas dangereux au sens psychiatrique du terme. Selon eux, Michel Fourniret est "curable et réadaptable". Il est condamné à 7 ans de prison dont 5 ferme. Sandrine était elle aussi au procès de 1987. Quand le verdict tombe, elle se souvient avoir questionné son avocat: "quand sortira t-il?", lui demande-t-elle. La réponse la laisse dans l'incompréhension la plus totale: "Il sera dehors dans quelques mois", lui répond son conseil. La peine prononcée couvre en effet presque totalement les mois qu'il a passé en détention provisoire.
Un casier judiciaire vierge
Ces deux femmes ne sont pas ici pour faire le procès de la justice. Mais elles s'interrogent. Comme aujourd'hui les familles des sept jeunes victimes de Fourniret entre 1987 et 2001. Car en 1987, la peine du violeur est assortie d'un sursis et d'une mise à l'épreuve de deux ans. Pourtant, dans ce laps de temps, Michel Fourniret aura affaire à la justice. Plus surprenant encore : quand il comparaît à Nantes en 1990 pour avoir brûlé des tableaux appartenant à l'ex-compagnon de Monique Olivier, pour les juges il n'est qu'un primo-délinquant. Il a bien été mis en cause dans plusieurs procédures dès 1966 mais son casier judicaire n'en porte pas de traces.
Les avocats des parties civiles pensent tenir une explication : la peine prononcée, disent-ils, était "illégale", impossible dès lors de l'inscrire au casier. Elle est considérée comme "non avenue". Ils ajoutent qu'il est aujourd'hui impossible de retrouver le rapport de mise à l'épreuve. L'avocat général, bien sûr, vole au secours de l'institution. La peine assure-t-il était tout ce qu'il y a de plus légale, prévue par le Code pénal de l'époque.
"Le look du coupable"
La cour et les jurés d'Evry ont décidé des dispositions du sursis : Michel Fourniret devait déclarer son adresse, il l'a fait, explique le magistrat. Il devait également répondre aux convocations du juge d'application des peines. Michel Fourniret aurait respecté ces obligations. Bref, la loi a été strictement appliquée, conclut-il. Le condamné n'a en outre pas bénéficié d'une libération conditionnelle, rappelle-t-il. En 1987, il sort de prison par le jeu des remises de peine et des grâces collectives.
Quelques semaines plus tard, Michel Fourniret, qui se disait si avide de réinsertion et de soins, enlève et tue Isabelle Laville à Auxerre. Il explique que malgré ses écrits, ses promesses aux jurés d'Evry, "la personnalité n'est pas quelque chose de monolithique mais de fluctuant". Ainsi, il pouvait un jour expliquer qu'il n'était pas dangereux et le lendemain penser exactement le contraire en se gardant bien de dévoiler ses turpitudes à ses interlocuteurs. Soucieux de leur offrir l'image d'un accusé pétri de contrition, qui n'avait pas, dit encore Dahina, "le look d'un coupable mais vraiment l'air vouloir se faire pardonner".
Retour MYTF1


Chargement en cours...




