Guet-apens tendu à la police : 5 jeunes aux assises

Par A. Gu. (avec agence), le 21 mai 2008 à 06h00 , mis à jour le 20 mai 2008 à 20h36

Accusés d'avoir pris part à un guet-apens tendu à la police en 2006 à Epinay-sur-Seine, ils encourent la perpétuité pour "tentative d'assassinat" sur trois policiers.

TF1 / LCI Epinay-sur-SeineEpinay-sur-Seine © LCI

Ils ont aujourd'hui entre 19 et 24 ans. Tous viennent de la cité d'Orgemont et tous encourent la perpétuité pour ce que l'accusation qualifie d'un caillassage "planifié" et d'une "extrême violence" s'apparentant à une "tentative de lynchage" contre trois policiers. Les assises des mineurs étant compétentes pour juger les majeurs présumés avoir agi avec un mineur, elles jugeront à huis clos l'ensemble des accusés,  incarcérés depuis un an et demi, à l'exception du mineur, sous contrôle judiciaire. Leur procès doit s'achever le 30 mai.
  
L'affaire avait suscité un vif émoi chez les policiers. Fomenté contre un policier de la Brigade anticriminalité (BAC)  d'Epinay-sur-Seine, en représailles à l'interpellation mouvementée d'un jeune en possession de cannabis, aujourd'hui sur le banc des accusés, ce guet-apens piègera trois de ses collègues. Le 13 octobre 2006, peu après 23 heures, une voiture de la BAC appelée pour un vol à la roulotte est prise en tenaille par deux véhicules poussés en travers de la rue de Strasbourg.
  
20 à 30 assaillants gantés et masqués

Les trois policiers sont mitraillés de pierres par 20 à 30 assaillants gantés, aux visages masqués. Pour les faire sortir de leur voiture, ils sont gazés à la bombe lacrymogène. Selon le témoignage d'un policier, un assaillant tire deux fois vers le ciel avec une arme de poing. Christophe Estèves, 30 ans, est blessé à la mâchoire par un jet de pierre (ITT de 44 jours).
  
Selon un témoin sous X, l'agression a été soigneusement préparée. Dans les heures qui précèdent, des "grands" ont recruté des volontaires dans la cité, des "munitions" ont été amassées en prévision. Sur la chaussée, trois sacs contenant  plus de 180 pierres de ballast seront retrouvés. Le choix d'une rue calme est fait pour ne pas éveiller les soupçons.
  
"Arrêtez de faire les cow-boys, vous allez manger"

 
L'enquête aboutit dès le 19 octobre à neuf interpellations, dont les cinq accusés mis en cause par le témoin sous X. "On va vous casser vos bouches dans  pas longtemps", "cela va faire très mal" ou encore "arrêtez de faire les  cow-boys, vous allez manger (...) il y aura des représailles": ces menaces explicites lancées les 9 et 12 octobre à des policiers d'Epinay par deux des accusés avaient déjà orienté les enquêteurs.
  
Au terme de l'instruction, seul un jeune a reconnu sa participation, un autre est revenu sur ses aveux. Leur ADN a été retrouvé sur un sac de pierres. Quand aux autres, localisés dans la zone par le bornage de leur téléphone portable, deux nient avoir été présents sur les lieux, le dernier dément y avoir pris part directement. Ouverte sur un chef criminel, puis requalifiée en "violences volontaires" par le juge d'instruction, l'affaire a été renvoyée devant les assises après  appel du ministère public. Faire mal ou tuer, le débat sur les intentions des assaillants devrait être vif entre l'avocat général et la défense.
 
Une loi en réponse à l'agression  

Après cette agression, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait  souhaité faire voter une loi pour que les agresseurs de "policiers, gendarmes et  pompiers soient renvoyés devant les assises", jusqu'alors réservées aux  atteintes les plus graves. C'est ce que prévoit la loi de prévention de la  délinquance du 5 mars 2007.

Par A. Gu. (avec agence) le 21 mai 2008 à 06:00
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