
Dans les années 80, de jeunes enfants trop petits ont contracté la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) après s'être fait injecter de l'hormone de croissance infectée. Les scientifiques auraient-ils dû connaître les risques encourus ? Deux décennies plus tard, 111 jeunes sont morts, quatre sont malades, des centaines redoutent de le devenir à leur tour et le tribunal correctionnel de Paris tente depuis début février de démêler les responsabilités. Ce mercredi, l'accusation va réclamer des sanctions contre les sept médecins et pharmaciens qui répondent devant la justice de ce scandale sanitaire.
Accusés d'homicide involontaire et/ou tromperie aggravée, pour avoir caché les risques aux parents, ils risquent de trois à quatre ans de prison, à l'exception de l'un d'entre eux qui encourt jusqu'à dix ans, parce qu'il est aussi soupçonné d'avoir touché des commissions occultes. Pour l'accusation, ils ont commis de "graves fautes d'imprudence et de négligence" dans la collecte, le conditionnement et la distribution à 1.698 enfants de cette hormone, dont l'association para-publique France Hypophyse avait le monopole. Et les débats ont mis en lumière des pratiques aux normes de sécurité très en deçà d'autres pays, notamment lors des prélèvements dans les morgues ou dans les méthodes de stérilisation du produit.
Les prévenus avaient-ils conscience des risques ?
Dès le premier jour début février, leurs avocats n'ont pas caché leur ligne de défense. "Les connaissances médicales, et la recherche, à l'époque, n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui", disait l'un d'entre eux. Pendant sept semaines, des dizaines d'experts ont multiplié les dépositions contradictoires sur l'état exact des connaissances scientifiques dans les années 80.
Pas moins de deux Nobel ont volé au secours de l'institut Pasteur, dont un laboratoire extrayait l'hormone, son ancien responsable étant prévenu. L'Américain Stanley Prusiner, découvreur du prion, l'agent infectieux de la MCJ, a assuré n'avoir réalisé le danger de contamination qu'en 1985.
Pour les familles de victimes, ces témoignages à décharge ne sont que l'illustration de la "solidarité des mandarins", dont ils n'ont cessé de dénoncer "la suffisance". Même lorsque Jean-Claude Job, ancien président de France Hypophyse, leur a "demandé pardon". Et ils leur opposent les propos de la vétérinaire Jeanne Brugère-Picoux, enseignante à l'école d'Alfort, selon qui "il y a eu beaucoup d'alertes sur les risques à partir de 1974".
Douleur des familles
Fin mars, ces arides débats scientifiques ont cédé la place aux larmes et à la douleur des familles qui, pendant six semaines, ont décrit la lente et douloureuse agonie des victimes. En évoquant la courte vie fauchée de leurs enfants, certains parents, lourds de culpabilité pour les avoir soumis à ce traitement mortel, ont parfois frôlé l'injure à l'égard des prévenus avant un rappel à l'ordre du président Olivier Perrusset.
Au risque de donner au tribunal un air de chapelle ardente, et de consacrer plus d'un tiers des débats à ces témoignages à charge, la justice a estimé que leurs paroles avaient toute leur place dans le prétoire, ne serait-ce que pour donner enfin aux familles l'occasion d'exprimer publiquement leur deuil. Les trois juges devront aussi décider des indemnisations à verser, même si la plupart des familles ont déjà touché de l'argent de l'Etat au nom de la solidarité nationale.
D'après agence
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