Michel Fourniret © TF1/LCIJusqu'au dernier moment pourtant, ils ne savaient pas s'ils pourraient plaider. Michel Fourniret n'a pas seulement imposé à la cour et aux familles son silence. Il a aussi muselé durant tout ce procès ses avocats. Bouche cousue donc pour sa défense. Trois conseils commis d'office pendant l'instruction, récusés à la veille de l'audience et parce que c'est la loi, désignés à nouveau à l'ouverture des débats par le président de la cour d'assises. Il n'y pas en France de procès sans avocat.
Deux mois durant Maîtres Blocquaux, Bourbouze et Jumelin ont vécu une situation singulière et inconfortable. Réduits à ne rien dire. Pas de questions, ni aux témoins, ni aux experts, ni aux accusés. "Nous étions là au cas où il aurait changé d'avis, explique Maître Pierre Blocquaux, sinon pour défendre quelqu'un qui ne souhaite pas l'être, l'avocat doit être silencieux. Quand la parole lui est donnée, il se lève, explique qu'il ne peut rien dire et il se rassoit". Il en fut donc ainsi avec "un sentiment tragique d'inutilité" ajoute l'avocat.
"Nous avons demandé à Michel Fourniret si nous pouvions dire quelque chose"
Mais, mardi, entorse à la règle, Maître Blocquaux se lève et s'exprime, au nom du trio jusque là muet contraint et forcé. "Nous avons demandé à Michel Fourniret, si sans le défendre, sans trahir le mandat qu'il nous a donné, nous pouvions dire quelque chose". Réponse de Michel Fourniret : "Vous pouvez dire ce que bon vous semble pour servir ce que votre conscience vous dicte".
L'avocat s'interroge d'abord : "c'est quoi défendre Michel Fourniret ?" A ses yeux, une seule défense utile : l'arrêter, défendre au sens d'interdire, contre lui même. Mais qui le pouvait ? Qui aurait pu faire en sorte que le tandem criminel soit stoppé dans cette course à la mort ? "Ce n'est pas en notre pouvoir, ni en celui de quiconque", estime l'avocat. Une pause et il ajoute "quoique, quoique ... " Dans cette courte plaidoirie, il tient à rappeler les failles, les errements de la justice : les plaintes classées sans suite, les victimes laissées sur le bord du chemin, les cris d'alarme restés lettre morte. "Des fautes, des occasions tragiquement manquées, un ensemble d'incuries" que ce procès, exemplaire, lui, ne saurait masquer.
"Le silence de la compassion"
Défendre Michel Fourniret, c'est donc aussi comprendre comment il a si longtemps suivi la voix du crime sans être inquiété. Admettre qu'il n'y a pour lui désormais d'autre issue que la prison, ses barreaux pour toujours et "c'est normal" tranche l'avocat. Maître Blocquaux qui doté à nouveau de cette parole si chère aux cours d'assises se propose enfin d'offrir aux familles, comme une revanche sur l'accusé, "le silence de ceux qui ont habituellement pour fonction de parler". Mais pas "le silence terrifiant de Michel Fourniret, ni celui, froid, du cimetière, pas le silence glacé de la mort de ces enfants".
Si les avocats de Michel Fourniret choisissent à nouveau de se taire c'est avec "le silence de la compassion à l'égard de ce que les familles ont vécu et qui est irréversible, le silence du recueillement nourri de la mémoire et du souvenir des victimes". Et l'avocat égrène leurs prénoms : Isabellle, Fabienne, Jeanne-Marie, Elisabeth, Natacha, Céline, Mananya... ces sept jeunes filles mortes d'avoir croisées la route de celui qui n'a pas trouvé pour elles la moindre place dans les derniers mots grotesques qu'il a livré mardi à la cour.
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