
Alors que le verdict est attendu pour mercredi après-midi, l'assassin présumé de Nelly Crémel a lancé un appel à ses juges. "Je veux être condamné pour la juste valeur de ce que j'ai fait, pas pour le concours de popularité qui a été fait de moi par la presse et par monsieur Sarkozy", a-t-il déclaré. Les faits remontent au 2 juin 2005, Nelly Crémel était enlevée alors qu'elle faisait son jogging à proximité de son domicile à Reuil-en-Brie, en Seine-et-Marne, et tuée de deux coups de fusil et plusieurs coups de rondins, pour vingt euros et une montre. Quelques jours plus tard, Patrick Gateau, 49 ans, et Serge Mathey, 27 ans, étaient interpellés et mis en examen pour enlèvement, séquestration sans libération volontaire avant le sixième jour et assassinat. Ils avouaient leur participation au drame tout en se rejetant la responsabilité des coups mortels.
Ce mardi, l'avocate générale a requis la réclusion criminelle à perpétuité à l'encontre des deux hommes, demandant en outre 22 ans de sûreté pour Patrick Gateau. Et refusant la thèse d'un assassin et d'un complice, elle a estimé que les deux hommes étaient co-auteurs du crime, même s'il demeure des "zones d'ombre" sur le rôle exact joué par Patrick Gateau. Si Mathey a reconnu avoir tiré et porté les coups, il a dit avoir agi sous la menace de Patrick Gateau. Celui-ci en revanche a contesté ce rôle, se bornant à reconnaître qu'il avait participé à l'enlèvement de la victime, tendu le fusil à Mathey, et qu'il n'avait pas empêché le crime.
Le lourd passé judiciaire de Patrick Gateau
L'avocate générale, Annie Grenier, a rappelé d'emblée que ce n'était "ni le lieu ni le temps de faire le procès de la récidive". Mais elle est nécessairement revenue sur le très lourd passé judiciaire de Patrick Gateau, 51 ans, dont une trentaine d'années passées derrière les barreaux. "Patrick Gateau a commencé sa vie de délinquant très jeune", en 1975, a-t-elle rappelé. Il avait alors été condamné, avec son père et son frère, pour vol avec effraction. Une dizaine de condamnations pour vols, violence, évasion, ont suivi. Patrick Gateau a en outre été déjà condamné deux fois par des cours d'assises : la première, en 1978, à cinq ans de prison, pour avoir imposé en réunion des fellations à des jeunes filles. La seconde, en 1990, à la perpétuité, pour avoir assassiné en 1984 à Chaponost, avec un ami, la maîtresse occasionnelle de celui-ci, au motif de lui prendre sa voiture.
Selon Annie Grenier, Patrick Gateau a bénéficié de "mesures de clémence", mais ne les a pas saisies, retombant constamment dans la délinquance : "Les sursis mises à l'épreuve, les libérations conditionnelles ont tous été révoqués". Elle a estimé, suivant l'analyse d'une éducatrice spécialisée entendue comme témoin, que Patrick Gateau, à la fois dans le "déni" de ses actes et "suradapté" à la prison, avait "réussi à manipuler beaucoup de gens", dont l'institution judiciaire, qui l'a remis en liberté en 2003. "Cette juridiction a décidé de donner une chance à Patrick Gateau", qui avait un avis favorable des psychiatres, et était considéré comme un détenu modèle par l'administration pénitentiaire. Le parquet, qui s'était opposé à cette remise en liberté, n'avait pas fait appel.
Remis en liberté, Patrick Gateau n'a pas tardé à "déraper", a rappelé Annie Grenier : dès septembre 2004, il s'était rendu chez son frère à Lyon, pour scier un fusil de chasse qui devait servir à tuer Nelly Crémel quelques mois plus tard. Elle a au passage récusé les critiques de Gateau, qui avait expliqué au premier jour de son procès que son suivi socio-judiciaire avait manqué de sérieux, après que son dossier eut été transmis de Mulhouse à Meaux. Gateau ayant déménagé en mai dans la région de Meaux, avait eu son premier contact avec un juge d'application des peines en décembre. "Croyez-vous que cela aurait changé quelque chose si vous l'aviez vu en octobre ou novembre ?"
D'après agence
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