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Par agence, le 05 juin 2008 à 19h15, mis à jour le 05 juin 2008 à 19:24
Le parquet de Paris considère qu'aucune preuve n'établit pour l'instant l'implication de l'ex 1er ministre dans l'affaire Clearstream, mais il demande aux juges d'éclaircir certains points troublants.
Villepin face à la presse après sa mise en examen dans l'affaire Clearstream (27 juillet 2007) © TF1/LCIDepuis le 27 juillet 2007, Dominique de Villepin est mis en examen notamment pour complicité de dénonciation calomnieuse dans l'affaire Clearstream. Les juges d'Huy et Pons le soupçonnent d'avoir tenté de participer à une machination visant à déstabiliser Nicolas Sarkozy en l'accusant avec d'autres personnalités de posséder des comptes occultes à la chambre de compensation Clearstream. Dans ce but, de faux listings bancaires avaient été adressés à la justice entre mai et octobre 2004, par Jean-Louis Gergorin, ex-vice-président d'EADS proche de M. de Villepin.
Pour le parquet, les charges "n'apparaissent pas suffisantes" en l'état pour justifier son renvoi devant le tribunal correctionnel : dans un réquisitoire supplétif de 136 pages que l'AFP a pu consulter jeudi, il considère qu'à l'issue de plus de trois ans d'instruction, l'enquête "n'apporte pas les éléments de réponse qui permettraient de lever le doute" sur sa connaissance de la manipulation. Le renvoi de Dominique de Villepin devant le tribunal "requiert que soient établis l'existence de l'ordre donné par ce dernier à Jean-Louis Gergorin de transmettre les informations calomnieuses à l'autorité judiciaire" et "la connaissance qu'il avait (...) du caractère fallacieux de ces informations", explique le parquet.
Pas de charge suffisante, mais encore trop d'interrogations
S'il n'existe pas de charge suffisante dans le dossier à son encontre, il considère toutefois que "le traitement singulier par Dominique de Villepin de l'affaire des listings de comptes Clearstream a jeté une lumière trouble sur ses motivations exactes et le but qu'il a poursuivi". Le parquet s'interroge ainsi sur le secret qu'il a maintenu autour de l'enquête confiée en début d'année au général Philippe Rondot, témoin-clé du dossier, alors qu'il n'était pas placé sous son autorité et sur sa "proximité avec l'acteur principal de la dénonciation calomnieuse Jean-Louis Gergorin".
Le parquet évoque également l'intervention qu'il aurait effectuée, selon Jean-Louis Gergorin et le général Rondot, en mars 2004 en faveur d'Imad Lahoud, falsificateur présumé des listings, alors qu'il était en garde à vue. Or Dominique de Villepin et Imad Lahoud ont toujours affirmé ne pas se connaître. Il s'interroge encore sur l'enquête officielle que demande M. de Villepin, alors ministre de l'Intérieur, début juillet 2004, à la DST, sans l'avertir des vérifications qu'il avait demandées au général Rondot dès le 9 janvier. Pour ses avocats, M. de Villepin avait toutefois demandé au général Rondot de se mettre en rapport avec le service de contre-espionnage.
Faute de preuve dans un dossier qui a bénéficié de moyens d'investigation humains et financiers extraordinaires, le parquet avait la possibilité de requérir le non-lieu pour l'ancien Premier ministre, selon des sources proches du dossier. Mais s'appuyant sur ces éléments troublants et invoquant "une meilleure manifestation de la vérité", il requiert la poursuite de l'enquête sur son rôle. Il demande ainsi aux magistrats de se pencher sur la connaissance qu'il pouvait avoir d'Imad Lahoud et du fonctionnement de Clearstream dès 2001, bien avant le déclenchement de cette affaire. "Ce réquisitoire est une énigme", a commenté un avocat du dossier. Jean-Marie d'Huy et Henri Pons ne sont pas tenus par les réquisitions du parquet et peuvent décider à tout moment de renvoyer M. de Villepin en correctionnelle.
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